Du Morbihan à la Haute-Savoie – L’impétueuse vitalité du vert

Alors que le parc du domaine de Chaumont-sur-Loire s’enrichit de nouvelles œuvres monumentales, Vendôme met, comme chaque été, la photographie à l’honneur ; à Vassivière, les artistes sont invités à agir dans le paysage, tandis qu’à Aurillac, carte blanche est donnée à un quatuor d’amis venus livrer leur vision de l’art. A l’image du maillage dense et éclectique qui caractérise les institutions et espaces culturels disséminés dans nos campagnes et petites villes, voici quelques propositions estivales à butiner au gré de vos envies.

Le maître de la terre au Musée de Céret

On dit de lui qu’il est un « artiste pariétal », tant son intérêt est grand pour la préhistoire et l’art des civilisations les plus anciennes. Renommé pour sa peinture, l’Espagnol Miquel Barceló a également engagé, depuis les années 1990, sa créativité dans l’art de la céramique. Il a commencé à s’y intéresser à la suite d’un voyage au Mali, dans le pays Dogon, dont l’architecture devient source d’inspiration. De retour à Majorque, Miquel Barceló s’engage dans un apprentissage technique. Des années de formation et de recherche plus tard, l’artiste réalise le manteau de céramique de la chapelle de la cathédrale de Palma de Majorque, son chef-d’œuvre, en 2007. L’exposition du Musée d’art moderne de Céret s’intéresse aux travaux les plus récents de l’artiste dans ce domaine. Si l’autoportrait est un thème récurrent, d’autres pièces ont des formes plus communes, de vases et de récipients notamment, auxquelles s’ajoutent des briques traditionnelles. Parcourues de lignes de faille, ces œuvres semblent au bord de la rupture. Et, en attendant de redevenir poussière, elles nous éclairent humblement sur la vanité de toute chose.

Jusqu’au 12 novembre

Miquel Barceló, photo François Halard, ADAGP
Sans titre, Miquel Barceló, 2012

Art et jardins, le mariage heureux de Chaumont-sur-Loire

Connu mondialement pour son Festival des jardins, le domaine de Chaumont-sur-Loire ouvre ses portes, pour la sixième année consécutive, à l’art contemporain. Depuis le mois d’avril, et jusqu’au 11 novembre, huit plasticiens et quatre photographes et vidéastes ont investi le château et son parc. Les artistes sélectionnés ont créé spécifiquement pour le domaine – quelquefois même avec des éléments pris sur ses terres. David Nash et Armin Schubert ont ainsi utilisé tous les deux des arbres et des branches pour concevoir leurs sculptures. Klaus Pinter a, quant à lui, tiré parti de l’architecture des écuries pour y installer une délicate sphère dorée, parée de feuilles de magnolias. Ainsi va la création au domaine de Chaumont. Les artistes interagissent avec le lieu, les bâtiments et la nature pour y apporter une nouvelle dimension. Les photographes ne sont pas en reste pour enchanter les lieux. Les images de jardins japonais réalisées par Claude Lefèvre, les paysages de Loire de Nicolas Lenartowski, les incroyables fleurs peintes par Jacques du Sordet ouvrent ainsi la perspective vers de nouveaux horizons. Enfin, le domaine accueille, jusque fin 2013, 72 vitraux créés par Sarkis spécialement pour le château.

Armin Schubert, photo Eric Sander courtesy Domaine de Chaumont-sur-Loire
Objets sphériques, Armin Schubert, 2013
L’engagement au long cours des Capazza

« On ne peut prétendre s’engager si ce n’est pas dans la durée. » C’est par ces mots que Gérard Capazza définit la relation qui le lie à ses artistes. Avec sa femme Sophie, il a fondé la galerie qui porte leur nom en 1975. Et c’est depuis une aventure au long cours qui se joue à Nançay, en Sologne. Pour la saison d’été, trois expositions personnelles sont au programme. Honneur tout d’abord à Matei Negreanu, remarqué par les Capazza dès 1985, un sculpteur qui impose au verre de savantes et délicates arabesques. Si sa série de vagues fait aujourd’hui partie des classiques, l’artiste a pris le risque au fil des années de faire évoluer son vocabulaire plastique vers plus de liberté. Il soumet aujourd’hui le bloc à la dictature de la scie diamantée, du burin et du marteau pour en révéler une élégante géométrie. Les œuvres présentées à Nançay ont toutes été créées pour l’occasion. De subtiles vibrations s’élèvent des toiles de Coco Téxèdre. Ses Epiphanies de l’herbe résonnent d’un bruissement incertain, d’une sourde mélopée dont on ne sait si elle est joie ou souffrance. La céramiste Daphné Corregan met en exergue, quant à elle, le paradoxe de l’incroyable liberté de ses têtes immenses et du champ fermé de petites pièces cloisonnées. Ces trois expositions personnelles ne font cependant pas disparaître les autres artistes – ils sont près de 80 – représentés par la galerie, dont les œuvres sont exposées en parallèle.

Jusqu’au 15 septembre.

Daphné Corregan, photo Denis Durand courtesy galerie Capazza
Daphné Corregan, Black Head

Entre rêve et souvenir à la fondation Salomon

Installée près d’Annecy, à Alex, la fondation Claudine et Jean-Marc Salomon expose le peintre Marc Desgrandchamps dans son château revisité. Au fil d’une cinquantaine de toiles réalisées ces vingt dernières années, dont des inédites, le parcours conduit à la rencontre d’une œuvre produisant une expérience visuelle captivante. Un sous-bois, une femme nue dans la nature… On sillonne des lieux aux espaces mouvants, traversés par des figures géantes évanescentes et une lumière qui s’infiltre là où on ne l’attend pas. Les tonalités sont douces, la matière picturale presque translucide tant elle est légère, les formats quasi à l’échelle. Ces œuvres ne se contentent pas de ravir l’œil, elles nous enveloppent dans un étrange rapport au temps. La sensation serait proche de celle éprouvée devant un Seurat, de l’intimité sous-entendue par un Bonnard, si la grande liberté prise avec la vraisemblance ne nous embarquait au-delà. De la figure naît une narration fragmentée, nous laissant flotter entre rêve et souvenir, avec de multiples possibilités d’interprétation. En sortant, prolonger l’enchantement par une promenade dans le parc de sculptures.

Jusqu’au 29 septembre.

Virginie Barré, photo Stéphane Cuisset courtesy L'art dans les chapelles
Le dragon rencontre les nuages, chapelle de la Trinité à Bieuzy, Virginie Barré, 2013
Ames sensibles ne pas s’abstenir !

Avec Ames sensibles, de nombreux visages de l’humanité s’exposent aux Ecuries des Carmes, à Aurillac. Enfants du Cantal, Ghislaine et Sylvain Staëlens ont une particularité qui ne laisse de surprendre les autres artistes : ils créent à quatre mains. Leurs sculptures énigmatiques, poudrées de poussière rouge, convoquent chasseur ou guerrier, chevalier ou bergère à une sarabande endiablée. Cette assemblée hétéroclite parade en compagnie des œuvres de Joël Lorand. Le dessinateur déploie sur la toile un univers organique et foisonnant. En suivant les chemins que l’artiste a tracés, on pénètre, pour mieux s’y perdre, dans le monde complexe des Freaks, les bien nommés. Le troisième invité sculpte des incarnations d’âmes errantes. Jean-Yves Gosti travaille la pierre depuis toujours. Il cherche dans le granit la figure qui y est enfouie, totem ou ange tutélaire. Il laisse aussi le métal guider sa main vers des terres plus spontanées, plus poétiques aussi. Cette exposition placée sous le signe de l’amitié confronte trois visions fortes et exclusives de l’art de créer.

Jusqu’au 31 août.

L’art au pays des chapelles

Marc Desgrandchamps, photo Annik Wetter
Sans titre, Marc Desgrandchamps, 2011
Ces dernières années, les initiatives pour allier patrimoine et art contemporain se sont multipliées en France. Les précurseurs de ce mouvement se trouvent en terre de Bretagne, et plus précisément dans le pays de Pontivy. Depuis 22 ans, L’art dans les chapelles invite chaque année des artistes à investir dix-huit chapelles du XVe et du XVIe siècle. Les œuvres sont choisies et pensées spécifiquement pour les lieux, la plupart faisant l’objet d’une production particulière. Certaines sont réalisées in situ dans le cadre d’une résidence. « La rencontre de l’art contemporain avec les chapelles pose des questions qui ne peuvent être expérimentées qu’ici : que produit, en termes sémantiques et formels, un saut visuel de cinq siècles ? Comment un artiste peut-il s’insérer dans un édifice qui, fondamentalement, n’a pas besoin de lui ? Des échanges de regards sont-ils possibles entre les fidèles qui ont un usage religieux de la chapelle et les visiteurs qui vont y voir d’abord un lieu d’exposition ? Dans quelle mesure l’œuvre est-elle influencée, ou non, par cet espace singulier, ces matériaux, ces images, ces histoires ? », s’interroge Karim Ghaddab, codirecteur artistique de la manifestation. Autant de questions que le public est invité à se poser au fil de quatre circuits balisés, reliant pêle-mêle le paysage à la chapelle, la peinture contemporaine à la sculpture polychrome, l’architecture religieuse à l’art d’aujourd’hui.

Jusqu’au 15 septembre.

Christian Lamontagne
Mars en Arctique, Christian Lamontagne
Les artistes passent à l’action à Vassivière

Peu de lieux d’art disposent d’un emplacement aussi exceptionnel. Le Centre international d’art et du paysage est situé sur l’île de Vassivière, dans le Limousin, au beau milieu d’un lac de 1 000 hectares. Le bois de sculptures qui l’entoure permet d’admirer, entre autres, des œuvres d’Adel Abdessemed, Marco Boggio Sella ou Michelangelo Pistoletto. Cet été, l’exposition collective Agir dans ce paysage rassemble huit artistes. Leurs œuvres traduisent la présence humaine dans une nature déjà largement conquise et exploitée. Anne-Lise Seusse présente deux séries photographiques qui enregistrent, de manière énigmatique, l’activité humaine dans le paysage. La sculpture monumentale d’Anita Molinero, Porcelaine blanche, polystyrène blanc, mêle pour sa part, en une rencontre improbable, la technique de la porcelaine émaillée et le polystyrène. Pendant sa résidence sur l’île l’hiver dernier, Julie Chaffort a tourné un moyen-métrage. Le film met en scène en une succession de saynètes des situations absurdes dans la forêt de l’île enneigée et sur le lac gelé. Invité lui aussi en résidence, Julien Dubuisson a réalisé au printemps une empreinte en plâtre d’un tronc d’arbre entier qu’il présente déployé. Une autre sculpture, Ghost Dance, révèle dans l’argile les traces d’une danse rituelle circulaire. Pierre Redon, quant à lui, offre à l’écoute une œuvre sonore. Dominique Petitgand, Reto Pulfer et Mélanie Blaison participent également à cette exposition qui reflète, à travers l’art, différentes manières d’intervenir dans le paysage.

Jusqu’au 29 septembre.

Joël Lorand
Série Freaks, Joël Lorand, 2013
Le meilleur de l’image à Vendôme

A quelques encablures de Paris, la petite ville de Vendôme présente la neuvième édition de ses très belles Promenades photographiques. Tout au long de l’été, les plus beaux lieux de cette cité du Loir-et-Cher servent d’écrin à 23 expositions réunies autour du thème « Etre humain ». Cette année, parmi les rendez-vous à ne pas manquer, le Suisse Peter Knapp nous invite à rencontrer les familles de la région, tandis que le Hongrois Gabor Szilasi donne à voir le Canada des années 1960. Jean-François Rauzier, lui, fait partager ses Arches fantastiques ou sa vision futuriste de la Genèse, alors que la Québécoise Doreen Lindsay photographie la nature à la façon d’un peintre. Les Promenades de Vendôme sont aussi l’occasion de découvrir les jeunes talents du prix Mark Grosset, qui promeut des artistes sortant d’écoles et proposant des travaux artistiques ou documentaires. Un conseil : prendre son temps pour savourer la balade autant que les clichés.

Jusqu’au 15 septembre.

Julie Chaffort
Hot Dog, projet de résidences de recherches@au château de Vassivière, Julie Chaffort, 2013
Ulysse comme point de départ

Initié par le Frac Paca dans le cadre de Marseille-Provence 2013, capitale européenne de la culture, le projet Ulysses rayonne sur le territoire provençal et ailleurs, tel un récit épique qui aborde l’usage des images et leurs effets. Ulysse Pirate transforme ainsi, par exemple, le pont du Gard en un navire imaginaire signé par Sophie Dejode et Bertrand Lacombe. Moyen de perdition et/ou fabuleux instrument pour tenter fortune, l’installation tente et embrouille le bon Ulysse. Une quinzaine d’œuvres – parmi elles, celles de Paul McCarthy, Jimmie Durham, Urs Fischer et Daniel Firman – lui font écho (jusqu’au 31 décembre). Au château Grand Boise, à Trets dans les Bouches-du-Rhône, l’association Voyons voir a proposé à quatre artistes – Colin Champsaur, John Deneuve, Alain Domagala, Liselot van der Heijden – de réfléchir aux notions de transformation et de métamorphose partant du principe qu’Ulysse, de retour dans son Ithaque natale, était devenu méconnaissable. John Deneuve choisit de s’emparer du personnage de Nono le petit robot, compagnon de Télémaque – le fils d’Ulysse – dans le dessin animé télévisé Ulysse 31. L’icône de métal de toute une génération apparaît ici démembrée et les restes déjà rouillés de son corps sont visibles au bord de l’étang du château, situé au pied de la montagne Sainte-Victoire. Pour l’artiste, l’usure de son œuvre, No hay camino, hay que caminar, reflète celle de notre esprit critique qui lutte en vain, tel Ulysse face aux dieux, contre la vacuité de la culture de masse (jusqu’au 31 décembre). Non loin, au Musée Arteum de Châteauneuf-le-Rouge, il est temps de rentrer dans Le chez soi et l’ailleurs avec les œuvres d’une vingtaine d’artistes – de Gilles Aillaud à Tatiana Trouvé, en passant par Valérie Jouve, Mathieu Mercier ou Martin Parr – qui prennent la mesure des limites géographiques et mentales du territoire. Dans le parc, une commande spécifique d’œuvre architecturale, sous forme de dispositifs ponctuels, a été confiée au collectif d’artistes Cabanon Vertical. L’installation Au risque de se perdre entraîne le visiteur sur un parcours à rapprocher de celui du héros de l’Odyssée et l’invite à décider de son propre cheminement ou à accepter d’être dérouté (jusqu’au 27 juillet).

Par Armelle Bajard, Carine Bel, Corinne Callebaut et Charles DannaudRetrouvez cet article et quelque 300 événements estivaux d’art contemporain, sélectionnés par notre rédaction en France et en Europe, dans le numéro spécial Eté 2013 de l’e-magazine pour tablettes numériques ArtsHebdo|Médias. Téléchargez à cet effet gratuitement notre application sur l’Appstore ou sur Google Play.

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