Promenades photographiques de Vendôme – Au fil du Loir et des images

Sebastião Salgado / Amazonas images

La petite cité de Vendôme, au cœur du Loir-et-Cher, vous convie jusqu’à mi-septembre à ses Promenades photographiques, un festival alliant une grande qualité de programmation au cadre bucolique et séduisant du patrimoine des bords de Loir.

Des Rencontres d’Arles au Visa pour l’image perpignanais, en passant par le Varois Photomed, les amoureux de l’image disposent, comme chaque été, d’un éventail toujours plus étendu de festivals dédiés à la photographie. Mais pour ceux qui souhaitent s’éloigner des sentiers battus et de la foule, rendez-vous est donné à Vendôme. Jusqu’au 16 septembre, cette charmante petite ville du Loir-et-Cher propose, pour la huitième édition de ses Promenades photographiques, 22 expositions d’une qualité remarquable et entièrement gratuites.

A quelques centaines de mètres du marché couvert, où se fait l’accueil des visiteurs, le Manège abrite notamment quelques petits bijoux de photographies réunis autour du thème de la main de l’homme. Une belle occasion pour les organisateurs du festival de montrer des travaux peu connus de Sebastião Salgado. Le célèbre photographe brésilien a voyagé dans plus de cent pays en prenant pour modèle des travailleurs manuels. A travers des portraits, des gros plans de mains, des plongées dans les regards, Salgado nous emmène dans des contrées lointaines et hors du temps. La beauté de certaines de ses photos – sur les champs pétroliers notamment – hypnotise au point qu’il est difficile de s’arracher à leur contemplation.

Non loin, une autre belle découverte attend le visiteur  : Farm Security Administration (FSA), la couleur des années noires. Durant la grande dépression, Roosevelt entreprit de faire installer les fermiers les plus pauvres sur des terres plus fertiles. Un département photographique fut créé afin de documenter cette initiative. Les images exposées à Vendôme vont toutefois bien au-delà de l’aspect simplement documentaire – elles dévoilent l’histoire, peu connue, du monde rural américain –, certaines se révélant d’une grande puissance esthétique, véritables chefs-d’œuvre parfois très en avance sur leur temps.

Jean-François Rauzier, l’illusionniste

La rue du Change a comme un air de vacances  : une exposition collective y regroupe des scènes de villégiature qui, ce jour-là, éclairent le ciel un peu blanc de Vendôme. Sur la gauche en montant, la chapelle Saint-Jacques accueille Panthéons, une série d’œuvres spectaculaires de Jean-François Rauzier. Cet adepte de la photographie numérique et du montage sur ordinateur crée des architectures extraordinaires avec les détails de milliers de prises de vue d’un même lieu. Ces visions extravagantes tout droit sorties d’un pays des merveilles sont magnifiées par l’élégance et la luminosité des lieux. Par l’entremise d’une vidéo, l’artiste explique l’Hyperphoto, concept qu’il a mis au point voici dix ans. Véritable puzzle numérique dont les pièces se greffent les unes aux autres, chaque montage fait naître l’illusion. En mezzanine, les amateurs peuvent découvrir les «  portraits de famille  » de Claudia Imbert et les espaces fragmentés d’Alexis Cordesse, habilement composés d’images réalisées en Israël et dans les Territoires palestiniens. M.-L. D.

Jean-François Rauzier, photo MLD
Série Panthéons, vue d’exposition, Jean-François Rauzier, 2012
Beaucoup d’autres travaux exposés au Manège accrochent le regard, telles les dizaines d’images prises via son téléphone portable par le Syrien Mulham al Jundi, à Homs, sa ville natale. Celui-ci livre la vision terrible d’une ville défigurée par les balles et les armes lourdes que seul un habitant pouvait ainsi restituer. A noter également, le travail du collectif Babel sur la ruralité en France et celui sur l’Albanie de plusieurs photographes, parmi lesquels Gilles Roudière et Andreas Pein, deux talents très prometteurs.

Une mamie super héroïne

Au sortir du Manège, une visite au musée voisin s’impose. Sur le chemin, pensez à garder le nez en l’air pour découvrir, sur les murs extérieurs des Ecuries Nord, les photos fantasques représentant Mamika, une grand-mère aux allures de super héroïne mise en scène et en image par son petit-fils, Sacha Goldberger. Un peu plus loin, à l’extérieur de la Cour du cloître, ce sont les prises de vue de Détenus, des hommes qui retiennent l’attention. Un appareil photo a été donné à des prisonniers qui s’en servent pour s’exprimer en images sur leur lieu et conditions de vie. Un travail tout en sensibilité qui mérite assurément le coup d’œil.

Parvenu au musée, voici que les Héliotropes de Laurent Villeret nous invite au voyage. Par un procédé de transfert polaroïd, l’artiste métamorphose le cliché en effaçant légèrement ses contours, ce qui a, d’une part, pour effet de brouiller les repères spatio-temporels et, d’autre part, de donner une impression d’image peinte, rappelant une aquarelle. Ses photos semblent sortir tout droit d’un vieux tiroir oublié ou d’un poème de Baudelaire.

Vendôme mise aussi sur les jeunes talents et leur offre une place de choix aux Ecuries Sud, où plusieurs écoles sont représentées. Certains attirent particulièrement l’attention, à l’instar de Mathilda Le Fur, qui s’interroge sur la nudité originelle (lire notre encadré), ou encore Kai Löffelbein, qui livre ici un très beau travail de photojournalisme sur les e-déchets au Ghana.

Bien d’autres lieux et belles surprises photographiques attendent les promeneurs de Vendôme. Une cité où il faut se laisser aller, flâner et apprécier tout ce que ce petit coin de campagne offre généreusement. Si les Promenades photographiques ne sont pas un grand festival par la taille, on en ressort heureux et rassasié. Rien de mieux par une jolie journée d’été.

Le paradis retrouvé de Mathilda Le Fur

Thomas Louapre, collectif Babel
Babel (Chroniques agricoles), Thomas Louapre
Les bras le long du corps et la chevelure tombant librement sur les épaules, la jeune femme arbore un regard lointain, comme absente à la nature qui l’entoure. Si l’on ne distingue pas ses pieds plantés dans les herbes folles, il n’en va pas de même pour son pubis, son nombril et ses seins qui, malgré la présence d’une jupe et d’un petit haut, apparaissent tout simplement. «  Les yeux de l’un et de l’autre s’ouvrirent, et ils connurent qu’ils étaient nus  »  : de ce verset de la Genèse, Mathilda Le Fur a fait son miel. «  Il paraît qu’au début nous étions nus. Il paraît aussi qu’on dormait dans les arbres. Quelle est cette faute de goût originel qui a fait que l’Homme dort dans des cubes de béton, porte des vêtements synthétiques et cueille ses fruits aux supermarchés  ? Ce n’est pas pour une histoire de pomme qu’on va se priver de cette vérité  : dans la nature sans artifice, un peu tout nus, un peu tout seuls. On est bien  », explique la jeune photographe, lauréate du Grand Prix de l’ETPA 2011. Avec Hors d’Eden, elle tend au visiteur un miroir. Du jardin d’Eden perdu ou paradis retrouvé, les apparences sont forcément trompeuses. M.-L. D.

Aux Ecuries Sud – Quartier Rochambeau, espace réservé aux écoles internationales de la photographie.

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