Bernard Langenstein à Lille – L’esthétique de la balle

Bernard Langenstein

C’est reparti pour une nouvelle édition d’Art Up  ! La foire d’art contemporain lilloise ouvre demain au grand public les portes d’une huitième édition placée sous le signe de la découverte et de la diversité. Une centaine de galeries – dont seize emmèneront plus particulièrement le visiteur à la rencontre de l’abstraction géométrique – et d’éditeurs ont apprêté leurs cimaises, deux expositions d’envergure sont dédiées à la jeune création, des ateliers offrent de mieux appréhender les techniques de gravure, une série de conférences décline le thème de la collection… Des rendez-vous prometteurs. Les galeries GNG, Nicolet et Castang Art Project ont par ailleurs choisi d’unir leurs forces pour mettre en exergue, sur un espace commun, un de leurs artistes  : Bernard Langenstein. Auteur d’un singulier travail tout entier consacré aux balles d’ensilage – ballots de paille enveloppés de plastique –, celui-ci revient avec nous sur son parcours.

La photographie, le Lyonnais Bernard Langenstein baigne dedans depuis sa plus tendre enfance  ! «  Mon grand-père et mon père étaient photographes, confie-t-il. J’ai donc connu très jeune la discipline sous toutes ses formes.  » Et c’est tout naturellement qu’il rejoint lui aussi la profession à la fin des années 1970, dirigeant son propre studio à partir de 1985. Il s’est cependant toujours consacré parallèlement à des projets personnels jusqu’à ce qu’en 2009, année de sa première exposition à Lyon, sa pratique commence à «  basculer doucement  ». Un an plus tard, la démarche artistique a définitivement pris le pas sur le reste jusqu’à l’occuper à temps complet. Elle s’articule autour d’un thème exclusif et insolite, un objet devenu «  quotidien  » du paysage agricole  : la balle d’ensilage. «  J’ai commencé à m’intéresser à ces balles emballées – auparavant, elles étaient empilées à l’état brut, en un amoncellement de cubes de paille – il y a une douzaine d’années. Sans but précis, il s’agissait d’une simple attirance esthétique. Puis, j’ai rencontré tout à fait par hasard une galerie qui a eu envie de les exposer… Le désir d’approfondir le travail engagé est parti de là  !  »

Depuis, l’artiste sillonne les régions d’élevage – «  La région lyonnaise, le Massif central, le Sud-Ouest, notamment, mais aussi la Suisse.  » –, particulièrement propices à l’exploration de son sujet. Un sujet à la fois banal – «  Le voyageur qui prend le TGV entre Lyon et Paris peut en voir plein par la vitre, mais il y prête rarement attention.  » – et source d’une étonnante variété esthétique, qui s’est affirmée au fil du temps. «  Au début, je travaillais sur ces formes, ces accumulations un peu monumentales qui s’inscrivaient dans un paysage. Puis, au fur et à mesure, je me suis rapproché. Les images les plus récentes témoignent d’un exercice davantage abstrait, sur les brillances, sur ce que ces balles renvoient du paysage environnant. Elles sont pour moi comme autant de miroirs.  »

Bernard Langenstein
Les noires dans le ciel, Bernard Langenstein
Si le lieu géographique n’a pas de réelle importance, l’agencement des ballots de paille et la lumière sont pour leur part essentiels. «  La plupart du temps, ce sont des photos prises dans des conditions de luminosité difficiles  : dues à la pluie, au ciel couvert… Plus les nuages sont lourds, chargés, plus cela me convient. Et si par chance ils sont traversés par quelques rayons de soleil, c’est encore mieux  ! Comme souvent, d’ailleurs, dans la photographie de paysage et d’architecture.  » Ce n’est cependant pas une règle immuable  : plusieurs photographies exposées à Lille ont au contraire été réalisées des jours de plein été, où la lumière «  très violente  » favorise les contrastes et les jeux de couleurs.

D’un thème photographique, les balles d’ensilage sont devenues pour Bernard Langenstein le cœur d’une démarche plastique élargie. S’il a ainsi développé, par exemple, une technique de tirage sur des tôles d’aluminium anodisé – qui ensuite sont vernies, permettant une tenue dans le temps importante – c’est avant tout «  pour retrouver la brillance  » de son sujet. «  Avec ce support, il n’y a pas de blanc, comme on peut en avoir autour d’un tirage sur papier, précise-t-il. Toutes les parties non encrées sont rendues par l’aluminium. La surface de l’image, relativement réfléchissante même si elle n’est pas éclairée, lui confère une présence particulière.  »

L’exposition de Lille a aussi été pour lui l’occasion de pousser plus avant son projet vers… la troisième dimension  ! «  Depuis le départ, je caressais l’idée d’en appeler à la sculpture. Cela a mis énormément de temps mais, pour Art Up  !, j’ai enfin pu passer à la phase pratique.  » A partir d’un bloc de polystyrène sculpté par ses soins en une interprétation d’une balle à taille réelle – soit 1,20 m de haut sur 1,20 m de diamètre –, puis recouvert de plastique par une enrubanneuse, a été créé un moulage destiné à produire une série de pièces en résine. Une étape qui pourrait bien constituer un tournant dans la pratique artistique de Bernard Langenstein. Mais ceci est une autre histoire… A suivre  !

Bernard Langenstein
Vaches dans le miroir, Bernard Langenstein

GALERIE

Contact
Crédits photos