Biennale Figures de l’interactivité – Au détour de la mémoire

Dans la cour de l’école, un petit auvent abrite le cœur battant de l’œuvre, un ordinateur. Sur la façade de l’établissement, des formes en rotation sur elles-mêmes se déploient, se rétractent, avancent sans fin vers le public : architectures en mouvement, séquences de films, plans qui frappent l’imaginaire, tout nous renvoie à l’histoire du cinéma. Et tout corbeau, s’il n’évoque un chef-d’œuvre du cinéma français réalisé par Henri-Georges Clouzot en 1944 qui à l’époque fit scandale, s’associe, plus près de nous, à Alfred Hitchcock. Ici, ils sont d’abord une image fugitive avant de battre des ailes en un ballet dupliqué à l’infini. TopoMovies est une création de Sliders (www.sliderslab.com), laboratoire de recherche en art créé par l’Ecole européenne supérieure de l’image (EESI), pilier de la biennale Figures de l’interactivité qui s’est déroulée fin novembre à Poitiers.

Pour sa deuxième édition, la manifestation a fait plancher artistes, chercheurs, enseignants et autres scientifiques sur le thème de la mémoire, celle que l’on acquiert, que l’on conserve et que l’on perd. Quelle est-elle ? Que devient-elle quand l’ordinateur semble s’y substituer ? Est-elle plurielle ? Histoire, individu, amnésie, navigateur, neurologie, architecture, base de données, souvenirs… Autant de mots et de questions autour desquels s’est constitué un programme alliant la réflexion aux actions, proposant sur dix jours concert (Ars Nova), performances (Christophe Brunot, Peter Sinclair, Julien Gachadoat), colloque et master classes (« Introduction à la création de jeux vidéo », « Mar3D, la restitution du relief », « Emancipation et dérives autour des outils informatiques dans l’art », « Le logiciel libre Processing, une introduction »…). L’événement porté par l’EESI et soutenu par la ville de Poitiers et son université a été orchestré par Jean-Marie Dallet, son directeur scientifique et artistique. « L’objectif de cette biennale est non seulement de faire connaître l’EESI dans le secteur des nouveaux médias, mais surtout d’arriver à constituer un réseau d’échanges d’idées et de moyens. » Pour cet ancien élève des Beaux-Arts de Paris, qui aujourd’hui partage son temps entre création, enseignement et organisation d’événements, Figures de l’interactivité doit permettre de « tisser des liens », de ceux qui donnent du sens. Liens entre les artistes et les scientifiques venus partager des expériences singulières pour mieux en comprendre la portée et en débattre. Liens entre des spécialistes et des néophytes avides d’appréhender les nouvelles technologies à travers différentes dimensions. Un pari réussi pour cette deuxième édition qui a fait le plein pour chacune de ses conférences et master classes et a attiré, malgré un automne classé « à ne pas bouger de chez soi », un public fourni lors des performances. En 2012, la mémoire sera de nouveau à l’honneur et le programme devrait s’enrichir d’une exposition d’œuvres numériques accessibles durant toute la durée de la biennale. Rendez-vous est donc pris.

A noter : à Beaune, le 7 janvier 2011, Sliders présentera, à l’occasion d’une exposition autour d’Étienne J. Marey, deux « meubles » interactifs qui permettent pour l’un de naviguer à l’aide d’écrans tactiles dans la collection d’images de Marey, pour l’autre de faire l’expérience de la synthèse du mouvement.

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