Shira Igell – L’image en ses miroirs

« Je souhaite jouer avec celui qui regarde mes images en créant une série qui pourrait lui faire reconsidérer la rencontre qui s’opère entre lui et celle-ci. » Un tel credo dans un dossier de presse intrigue ; perplexe, on pense que la jeune artiste ne manque pas d’ambition… Lorsqu’on jette un regard circulaire sur les trente-neuf photographies exposées à la galerie de L’Escale, certes de bonne facture, on se dit que la petite ne manque pas de culot… Mais si l’on se plante devant n’importe laquelle de ses images, on comprend alors que Shira Igell a eu raison de nous. Mais oui, c’est bien sûr : on avait oublié que la série s’intitule In memory of  ! Shira Igell, tel un Petit Poucet malicieux, a semé sous chaque cliché – du quotidien banal à première vue – un titre magique, redoutablement efficace. Un exemple ? Sculptée en relief sur une stèle blanche, une foultitude de soldats soviétiques clonés, fusils au poing, décroît comme des poupées russes, sous le portrait impérial de Lénine. Titre : En mémoire d’une perspective. Cela ne vous rappelle-t-il rien ? Autre association fulgurante : deux gamins allongés l’un près de l’autre sur une plage semblent jouer innocemment dans leur coin, chacun avec sa pincée de sable, tandis que les parents papotent non loin de là. Titre : En mémoire de la simple présence au monde. N’est-ce pas le genre d’image chargée de sens, amusante ou inquiétante qui trouve écho en chacun de nous ? « Je vois le cadre photographique comme une scène. Une petite scène en deux dimensions qui aurait pour but de révéler une vérité intrinsèque de la grande scène du réel. » Par infimes touches, détails imperceptibles, Shira Igell pose une tension rarement de bon augure (« quelque chose ne va pas »), au cœur de ses jeux de piste. Même si toutes ses énigmes ne se dévoilent pas au premier coup d’œil, le ressort qui catapulte le spectateur dans ses propres souvenirs, lui, fonctionne à merveille. D’ailleurs le jury du Prix photographique de Levallois-Epson ne s’y est pas trompé en décernant à l’unanimité la plus haute récompense à cette artiste israélienne de 27 ans. Juste après avoir reçu son enveloppe (10 000 euros), la jeune femme au visage adolescent s’est empressée d’entraîner quelques amis derrière un mur de soutènement où, à l’écart des autres, trônait la quarantième image de l’exposition : un Christ en or, les yeux fermés et la bouche triste, posé sur une gigantesque grille couverte de vitraux, et légendée ainsi : La Rançon de la Gloire. Ce titre qu’il fallait oser ne peut laisser personne indifférent ! « Le Christ en or est une porte qui communique avec mon travail In Memory of. Elle peut s’ouvrir sur d’autres chemins et articulations. Au choix, j’ai trois projets en cours où j’interroge l’image et la pratique photographique. » Intelligente et douée comme elle l’est, ne doutons pas que cette major de l’école israélienne d’art de Beit Berl, diplômée de l’université d’art et de design d’Helsinki (où elle vit), et qui a déjà exposé dans plusieurs pays, revienne en France nous surprendre. Shira Igell, un nom qui évoque l’aigle, quelle promesse d’envol<sp> !
Shira Igell
In memory of a vaguely knowledge, Shira Igell, 2009

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