Fotofever 2014 – Heureuse contagion

Taufenbach

Plus d’une centaine de galeries françaises et internationales participent à la cinquième édition de fotofever, déployée du 14 au 16 novembre au Carrousel du Louvre à Paris. Dédiée plus particulièrement à la jeune photographie contemporaine, la foire – qui s’est tenue à deux reprises à Paris comme à Bruxelles depuis 2011 – a pour ambition affichée de favoriser la découverte, encourager et soutenir les artistes par l’acquisition de leurs œuvres et de susciter de nouvelles vocations de collectionneurs. Parallèlement à la distribution d’un petit guide conçu à cet effet sur le thème « Comment et pourquoi acheter », un parcours spécifique, baptisé Start to collect, a été imaginé à travers les allées de la manifestation dont le cru 2014 s’annonce foisonnant et éclectique. En voici un aperçu.

« Catch the fever, collect photography ! » (« Laissez-vous gagner par la fièvre, collectionnez la photographie ! »). Le slogan dynamique et enjoué de fotofever est à l’image d’un événement qui voit cette année le nombre des galeries invitées passer d’une soixantaine à 106, venues des quatre coins de l’Europe – 44 sont françaises –, mais aussi d’Asie – Chine, Corée, Japon – et du continent américain – Colombie, Etats-Unis, Pérou – et sélectionnées pour la première fois sous l’égide d’un comité composé de Baudoin Lebon – représentant, en tant que co-président, l’Association des galeries d’art parisiennes – et de la collectionneuse belge Galila Barzilaï Hollander.

Philippe Soussan courtesy galerie Intuiti
Perruque avec miroir, Philippe Soussan.

Parmi les nouveaux venus de cette cinquième édition de la foire, figure par exemple la galerie parisienne Intuiti. Séduit par la volonté des organisateurs de mettre en exergue la photo plasticienne, ainsi que « par l’énergie et les moyens mis en œuvre pour aller jusqu’au bout du projet », son directeur Christophe Gratadou a décidé d’y présenter deux artistes de générations différentes : Philippe Soussan nous invite à (re)penser notre perception du réel, tandis qu’Edouard Taufenbach explore les notions de trace et de mémoire. « Le premier, connu et reconnu, est l’artiste avec qui nous avons construit la galerie et avec lequel nous enregistrons de très grands succès en France comme en Europe. Le second est un jeune créateur très actif dans la vidéo et la photo. Comme son aîné, il travaille l’image d’une façon plasticienne et conceptuelle et c’est ce que nous apprécions chez Intuiti. »

Alchimie, Germain Plouvier.
Alchimie, Germain Plouvier.

Le galeriste lillois Stéphane Bicocchi – Art to Be gallery – met quant à lui en avant les images grand format de Germain Plouvier dont il loue notamment « l’œil, la vision architecturale de la ville et l’histoire imaginaire que crée chaque photo ». Réalisée à Berlin, Londres et Paris, la série Métropolis – débutée en 2009 – témoigne de la fascination exercée sur l’artiste par les ambiances nocturnes « qui exaltent l’inconscient et l’imaginaire ». « Je ne cherche pas à décrire quelque chose, précise Germain Plouvier, mais plutôt à montrer autrement, que ce soit ce que l’on voit ou ce que l’on ressent. » L’option du solo show est également celle retenue par Nathalie Béreau, dont la galerie nomade fait elle aussi pour la première fois étape sur la foire parisienne pour y promouvoir le travail du Français Jean Pierre Favreau. Depuis des décennies, celui-ci « trace une route, arpentant le bitume à la rencontre des autres, en s’interrogeant essentiellement sur notre place dans la ville et, par là même, dans la vie, explique la galeriste. Ses images en noir et blanc – et plus récemment en couleur – sont rigoureuses, construites, peu bavardes mais universelles. Elles résultent d’une observation lente et juste. » Est exposée ici une série réalisée au Japon au cours de plusieurs séjours. De manière originale, Nathalie Béreau partage son stand avec l’établissement espagnol Mondo Galeria, qui présente « en dialogue » avec le travail de Jean Pierre Favreau celui d’un autre photographe français, Nicolas Guiraud, qui n’a de cesse d’explorer, à travers ses portraits et paysages singuliers, la frontière parfois si ténue entre réel et imaginaire.

Bau #3156, Takashi Suzuki, 2012.
Bau #3156, Takashi Suzuki, 2012.

Après une première participation bruxelloise, la galerie belge Begramoff rejoint le « versant » parisien de fotofever en faisant le choix d’y montrer l’œuvre de l’artiste d’origine polonaise Robert Cebulski. Un jeune artiste « vraiment singulier », relève Anne Mandenoff, conseillère du propriétaire de l’établissement Guy de Vleeschouwer. « Son excellence technique, son originalité et son univers étrange, qui évoquent ses propres questionnements existentiels – qui sont souvent les nôtres – » seront ici notamment mis en exergue à travers une étonnante série mettant en scène, au cœur d’un même décor dépouillé, divers personnages de tous âges. Intitulée Taboo, elle est présentée en exclusivité et dans son intégralité. Tout comme la Belgique, le Japon est représenté par dix galeries. Parmi elles, la tokyoïte Kana Kawanishi joue sur l’effet de contraste en offrant de découvrir les empilements acidulés d’éponges sur fond noir de Takashi Suzuki au côté des portraits flous et empreints de mystère de Naoko Tamura. Effet plus accentué encore sur le stand de sa concitoyenne, la Emon Photo gallery, qui réunit pas moins de six photographes – Kiiro, Hideo Kobayashi, Motoki, Ryo Ohwada, Hiroshi Yamazaki et Noriaki Yokosuka – aux approches esthétiques, conceptuelles et techniques les plus variées.

En regard des travaux éclectiques de la jeune garde internationale et comme pour célébrer une continuité de la créativité photographique placée sous le double signe de l’exigence et du renouvellement, le studio Harcourt vient exposer et proposer de manière exclusive à la vente, à l’occasion de ses 80 ans, une série de portraits – certains des plus connus, d’autres inédits – de personnalités françaises et étrangères. Par la magie de la photographie, et l’intermédiaire d’un photomaton spécialement installé à cet effet, le visiteur pourra, le temps d’un cliché, se glisser dans les habits d’une star. Avant de reprendre le fil de ses pérégrinations de stand en stand et, qui sait, se laisser surprendre par un heureux coup de cœur au détour d’une cimaise. Bonne découverte !

Le fotoprize à Laure Fauvel

Laure Fauvel
Série Cévennes, Laure Fauvel.

Destiné aux étudiants et jeunes diplômés d’écoles d’art françaises, le prix fotoprize récompense cette année le travail de Laure Fauvel, et plus particulièrement sa série Cévennes, dont la maîtrise de la lumière, le rapport à la peinture et l’atmosphère onirique ont séduit le jury. Réuni en juin dernier, celui-ci était composé de l’artiste Philippe Assalit, Guy Boyer (directeur de la rédaction de Connaissance de Arts), Jean-François Camp (PDG du laboratoire Central Dupon Images) et Nathalie Gallon (directrice du prix Carmignac). La jeune femme – née en 1991 dans le Nord-Pas de Calais – s’est vue offrir une carte blanche pour exposer à fotofever et proposer au public « une plongée sensible et poétique au cœur du “sentiment d’existence” », pour reprendre les mots de Philippe Assalit au sujet de Cévennes et de son auteur qui, « sans psychologisation, s’implique par sa simple présence au monde ».

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