Art Garden à Singapour – L’art comme un jeu

Initiée en 2009 par le Musée d’art de Singapour (SAM), Art Garden est une exposition collective, ludique et interactive, destinée à mettre l’art contemporain à la portée du jeune public. Une dizaine d’œuvres et d’installations monumentales sont présentées dans le cadre de la quatrième édition de la manifestation, parmi lesquelles celles de deux Français  : Stéphane Blanquet et Julien Salaud.

Sur la pelouse extérieure du Singapore Art Museum, un gros lapin blanc gonflable annonce la couleur  : le SAM joue cet été la carte de l’humour et invite chacun à ne pas se prendre trop au sérieux. Walter est cependant une œuvre à double lecture  : si le drôle d’animal attire les enfants et fait sourire les adultes, il a, aux yeux de sa créatrice, une autre fonction. Depuis deux ans, la jeune Singapourienne Dawn Ng l’a en effet fait surgir en divers points de la cité-Etat, au beau milieu d’espaces si familiers qu’ils «  passent souvent inaperçus  », dans le but de proposer aux passants de «  redécouvrir  » leur environnement quotidien. Un projet qui rejoint une démarche développée depuis dix ans par l’artiste autour des notions de paysage, de foyer et de mémoire. A l’intérieur du bâtiment, le visiteur pénètre dans La Ville du Jardin enchanté (The Enchanted Garden City), installation picturale réalisée in situ par Sandra Lee. La plasticienne, elle aussi singapourienne, y revisite des contes et légendes occidentaux avec force clins d’œil à la culture asiatique  : le petit Chaperon rouge est ainsi vêtu d’une kebaya et d’un sarong – blouse et jupe portées à Singapour et en Malaisie – et son panier empli de ang ku kueh, petits gâteaux locaux. Eux aussi habillés de costumes malais traditionnels, Hansel et Gretel évoluent dans un décor à l’architecture typique du Sud-Est asiatique.

Plus loin, Stéphane Blanquet invite à déambuler comme dans un rêve éveillé au cœur de Glossy Dreams in Depths, où un lit disparaît derrière une paroi pivotante tandis qu’une créature monstrueuse tente d’en barrer le chemin. Savoir vaincre ses peurs, ses a priori, et s’adapter à des situations inattendues sont pour l’artiste français des atouts de taille pour pouvoir devenir le héros de sa propre existence. Les choses ne sont pas toujours telles qu’on les attend. Tant mieux, rappelle-t-il, c’est l’occasion de vivre une aventure sans cesse renouvelée, pleine de surprises et d’émerveillement. Un point de vue entièrement partagé par Vicente Delgado. Explorant également des univers oniriques, l’artiste espagnol joue sur la perception et crée une pièce entière faite de trompe-l’œil et de motifs semant joyeusement le trouble et invitant à débrider son imagination.

Julien Salaud
Stellar Cave II (détail), installation, Julien Salaud, 2013
Sandra Lee, courtesy Singapore Art Museum
The Enchanted Garden City, installation, Sandra Lee, 2013
L’illusion d’optique est à la base du travail proposé par le duo d’artistes, tous deux installés à Singapour, Mojoko et Shang Liang. Ils présentent ici The Incredibly Magical Expanding Room, une installation multimédia et lumineuse évoluant au son de la voix du visiteur  : selon le ton de celle-ci, un fascinant jeu d’optique donne l’impression que les murs, couverts de tubes de néon rose, s’écartent ou se resserrent. Point de murs dans La Grotte Stellaire de Julien Salaud, mais un savant tissage de fils parcourant le plafond et qui, éclairés d’une lumière ultraviolette, dessinent les figures primitives de la grotte de Lascaux. Le Français s’inspire de l’ethnoastronome Chantal Jègues- Wolkiewiez – pour laquelle les troupeaux peints sur certains murs de Lascaux évoqueraient le dessin des constellations – et imagine ainsi une interprétation, éminemment poétique, de la grotte et de ses peintures présumées astronomiques. Une jolie fable sur la naissance des astres et des animaux dans nos consciences. Le Singapourien Sun Yu-li a, quant à lui, travaillé avec pas moins de 750 enfants, âgés de trois à douze ans, pour constituer Love. Revolve the world, une création picturale monumentale illustrant toute la diversité du cosmos et rappelant le caractère universel – cher à l’artiste – du langage de l’art.

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