Fort de Condé – L’art en chassé-croisé

Le concept est né de la communauté de communes du Val de l’Aisne et s’est concrétisé par la première Biennale Traces, inaugurée au Fort de Condé sous le haut parrainage d’Arnaud d’Hauterives, secrétaire perpétuel de l’Académie des beaux-arts de Paris. Près de 800 personnes étaient présentes au vernissage où, avant les traditionnels discours officiels, le commissaire de l’exposition, Jean-Marc Brunet, accompagné par les artistes qui se sont prêtés au jeu de la présentation de leurs œuvres, a proposé une visite guidée.

Le succès rencontré est à la hauteur du courage qu’il a fallu pour convaincre et imposer une sélection de peintres et de sculpteurs confirmés qui travaillent en France depuis des décennies, mais peu connus du grand public : Nicolas Alquin (né à Bruxelles en 1958), François Arnal (né en France en 1924), Giancarlo Bargoni (né à Gênes en 1936), Albert Bitran (né à Istanbul en 1931), Michèle Destarac (née en France en 1943), Charles Gadenne (né en France, en 1925), Moris Gondard (né en France en 1940), Mélois (né en France, en 1939), Denis Rivière (né en France en 1945), Jean Rustin (né en France en 1928), Jean Pierre Umbdenstock (né en France en 1950), enfin Oswaldo Vigas (né en 1926 au Venezuela). A travers cette sélection, Jean-Marc Brunet s’est imposé un double défi : présenter dans sa région les œuvres de peintres et de sculpteurs parisiens et faire partager la liberté avec laquelle chacun d’entre eux s’exprime et célèbre la beauté de la peinture et de la sculpture.

L’intérêt du projet ne s’arrête pas là. Le souhait le plus cher du tandem François Rampelberg, vice-président de la communauté de communes et de Jean-Marc Brunet était l’accession des scolaires à l’exposition. Le titre de la biennale trahit la volonté de prolonger autrement l’inscription du lieu dans les mémoires et de transmettre les « traces » des artistes présentés aux générations futures. Un projet pédagogique d’accompagnement des classes de primaires de la région a été mis en place et a profondément séduit les écoles puisque – avant même l’ouverture de l’exposition – 2 500 enfants étaient annoncés pour la visite. A ce jour, le Fort a enregistré plus de 2 700 entrées.

Jean-Pierre Umbdenstock
Deux encriers parlants, Jean-Pierre Umbdenstock

L’exposition nous invite à déambuler dans les galeries et salles voûtées du Fort de Condé où la rencontre avec les œuvres se produit comme par magie. Rencontre dans un haut lieu de mémoire, à vocation militaire, érigé après la guerre de 1870 et situé non loin du tristement célèbre Chemin des Dames. François Rampelberg, coupable de l’invasion de l’art en ce lieu, avoue s’être posé la question d’une telle cohabitation, transformée sous nos yeux, en communion. Question à laquelle répond Arnaud d’Hauterives dans la préface du catalogue : « Je ne peux être que profondément touché, comme toutes les personnes sensibles à l’histoire, de voir ce lieu militaire et évoquant de tels drames trouver une vie nouvelle à travers l’art et la culture. Non qu’il s’agisse de vouloir effacer de telles pages […] mais parce que l’art symbolise en lui-même la capacité infinie de l’homme de réinventer ses horizons. »

Bernard Mélois
Une soutane pour un Soutine, Bernard Mélois, 2001

Les artistes sont volontairement représentés par un nombre limité de pièces pour inviter au recueillement qu’impose naturellement l’architecture puissante et dépouillée du Fort. La sélection est pourtant gourmande, attrayante, haute en couleur. Les œuvres présentées comptent parmi les plus représentatives de ces talents, témoins du plaisir de peindre et de sculpter. Jean Marc Brunet confie qu’il souhaitait les faire découvrir là où on ne les connaissait pas : « Ces artistes sont bien vivants et travaillent encore, en dépit de leur âge. Ce choix était pédagogique, destiné au grand public et aux enfants. Je crois qu’au bout d’un certain nombre d’années de travail, dans la solitude de leurs ateliers et par la force des choses, ils sont allés au-delà des volontés de séduction à visées commerciales, des tentations de se fondre dans les lieux communs, la mode et ses attentes programmées. Ce sont des œuvres sincères et de grande maturité, d’artistes qui se situent aujourd’hui entre le ciel et la terre. »

Annick Venet, présidente de la communauté de communes, et François Rampelberg reconnaissent l’ambition du projet : « dans le choix des artistes confirmés et qui sont reconnus au-delà de nos frontières […] dans la diffusion, avec l’édition d’un livre qui leur est consacré […] dans la prise en charge complète des classes de primaire du territoire […] dans le temps, avec la mise en place prochaine de résidences d’artistes et la volonté d’être reconnu comme un centre d’art. » Et de conclure : « Autant d’ambitions, qui laisseront à leur tour des traces, dont les pierres mais aussi les hommes, se souviendront. » Le catalogue de 128 pages, édité par Fragment International, présente les artistes distinctement servis par Olivier Kaeppelin (Arnal), Paul-Louis Rigny (Alquin), Gérard-Georges Lemaire (Bitran), Bruno Vouters (Gadenne), Georges Dilly (Umbdenstock), Françoise Monin (Destarac), entre autres belles plumes.

Une confirmation : le Fort de Condé a vu naître une association de bienfaiteurs désireux de ramener nos artistes à la vie publique et à tous les regards. Peinture et sculpture représentatives des trente dernières années du XXe siècle prouvent, s’il en était besoin, l’attraction et la fascination qu’elles exercent au présent, gage de leur succès.

François Arnal
Les grandes migrations, François Arnal, 1986, (3,90 x 1,95 cm)

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