Kamel Khélif à Paris – Marcher sur un ciel constellé d’étoiles

Né à Alger en 1959, devenu Marseillais à l’âge de 10 ans, le peintre et dessinateur Kamel Khélif puise son inspiration dans le croisement des cultures. La galerie parisienne Béatrice Soulié présente jusqu’au 30 mars une série de ses travaux sur papier.

Ses dessins qui creusent l’espace en harmonisant des perspectives contradictoires font émerger, entre ombres douces et lumières noyées, des figures chimériques comme issues de contes sans âge. Le résultat est féerique. « Le papier que j’utilise est recouvert d’une fine couche de peinture, ce qui me permet de peindre à l’huile  ; une huile très diluée sur laquelle je reviens avec du White spirit pour faire des taches, a confié l’artiste marseillais à Florence Laude, sur son blog Images en tête. Et de poursuivre  : «  Je mélange des couleurs d’ocre et de marron, auxquelles j’ajoute un peu d’or pour donner un aspect satiné à la matière. »

Les apparitions de Kamel Khélif, qu’il s’agisse de portes, d’HLM, de rochers, de coupes axonométriques, de personnages ou de groupes de muses dignes des artistes italiens de la Renaissance, se situent entre un ciel inversé constellé d’étoiles et une Terre en planisphère comme couvre-chef. Dans cette œuvre au récit singulier, le monde possède une dimension décorative arabisante et se pare d’un imaginaire qui entrecroise les cultures méditerranéennes, quel que soit le nombre de siècles qui les sépare.

Kamel Khélif habite Marseille depuis 1969  ; il avait alors 10 ans. C’est la vision de l’œuvre de Vincent Van Gogh qui le fait basculer, à l’adolescence. Il est peintre et dessinateur, notamment de BD. L’exposition A l’aveuglette, traits, points et taches résume en son titre l’étonnement d’à première vue, ce qui pourrait caractériser cette part de l’œuvre. C’est en s’approchant de chaque pièce que la couleur et le trait apparaissent, que la déchirure se laisse entrevoir, qu’un corps ou une feuille se profilent, peuplant dans le silence ces espaces poétiques. A travers cette série de dessins, Kamel Khélif nous livre peut-être le récit d’un voyage sans autre but que celui de voir et d’observer, de rêver enfin les mondes traversés et de tenter, par la grâce de la peinture sur papier, d’en livrer les éternels enchantements. Tout comme dans ses travaux de bande dessinée, au-delà du réel et des motifs d’immeubles, de palissades, de grues et de chantiers, le regard s’élève pour oublier la tristesse de certains jours et accéder à la poésie d’un regard algérien sous le ciel français.

Kamel Khélif, courtesy galerie Béatrice Soulié
Sans titre, technique mixte sur papier, Kamel Khélif, 2012

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