Marché de l’art – L’Armory Show fait oublier la crise

Ena Swansea, courtesy ARNDT, Berlin

La semaine de l’art contemporain à New York a été une réussite. Inaugurée par Michael Bloomberg, maire de la mégapole, elle s’était ouverte sous les meilleurs auspices  : «  New York héberge une des communautés artistiques les plus riches et diversifiées au monde, et le succès de ses foires continue de grandir. Cette année nous attendons près de 44 millions de dollars d’activité économique autour de ces événements  », a-t-il expliqué en inaugurant la foire de l’Association des marchands d’art américains (ADAA). Un optimisme qui n’était probablement pas étranger à la déclaration faite par Thomas DiNapoli quelques jours plus tôt  : le commissaire aux comptes de l’Etat de New York avait alors annoncé que les sociétés de Wall Street avaient versé un total de 20,3 milliards de dollars (15 milliards d’euros) de primes en 2009, soit une hausse de 17  % par rapport à l’année précédente.

Pas moins d’une douzaine de manifestations, dont les très remarquées Pulse et Scope, étaient donc offertes au public tout au long de la semaine dernière. La plus réputée d’entre elles, l’Armory Show, était installée sur les quais 92 et 94, le long de l’Hudson, à l’ouest de Manhattan. Avec près de 300 galeries du monde entier (dont 17 galeries françaises), elle est, avec Art Basel, une des foires les plus emblématiques pour les marchands et les collectionneurs. En cinq jours, plus de 60 000 personnes, contre 56 000 l’an passé, ont arpenté ses allées, signant ainsi son record de visiteurs pour la plus grande joie des galeristes. «  Notre première participation à cette foire est excellente. Je pense que la simultanéité de l’Armory Show, de la biennale Whitney (ndlr  : qui court jusqu’au 30 mai), du New Museum Show et de la foire organisée par l’ADAA, a permis une affluence soutenue durant toute la durée de la foire, et ce, jusqu’aux dernières heures de dimanche  », témoigne Augusto Arbizo, directeur de la galerie new-yorkaise Eleven Rivington. Sans compter une météo plus clémente que d’ordinaire à cette époque-là de l’année et la venue de très nombreuses personnalités pour la remise des Oscars. Une conjonction d’événements qui a probablement participé au succès de la foire.

D. Firman, courtesy galerie Emmanuel Perrotin, Paris, photo c-monster.net
Grey Matters de Daniel Firman@ était présenté par la galerie@ Emmanuel Perrotin

Pour cette édition 2010, Berlin était à l’honneur et vingt galeries de la capitale allemande avaient fait le voyage. «  Nous avons voulu célébrer l’énergie de cette ville  », a expliqué Katelijne Debacker, la directrice de la foire. Exposer à l’Armory Show est un rêve qui lorsqu’il se réalise oblige à faire des choix. Les galeries berlinoises n’ont donc pas toutes abattu la même carte  : jouer la sécurité ou brandir un joker, chacun a mené sa partie selon son caractère. Elen Brown, directrice de la Johnen Galerie, a décidé pour sa part d’exposer des artistes encore inconnus à New York comme Robert Kusmirowski ou Victor Man. Tandis qu’André Buchmann préférait une valeur sûre et connue des New-Yorkais  : la photographe Bettina Pousttchi. Dès le premier jour, certaines ont fait un tabac. Ainsi ARNDT avait vendu, avant 17 heures, toutes les œuvres de l’Américaine Ena Swansea, unique artiste présentée par la galerie. Une information bientôt relayée par d’autres  : la galerie Upstream d’Amsterdam indiquait que toutes ses œuvres de David Haines avaient été vendues 35 minutes après l’ouverture des portes et la Lower East Side’s Rental gallery signalait, quant à elle, la vente de l’ensemble des œuvres présentées sur son stand en moins de deux heures ! Un engouement qui ne s’est pas démenti ensuite et a favorisé la vente de très belles pièces. Signalons que la galerie Thaddaeus Ropac (Paris, Salzbourg) a cédé, pour 350 000 dollars, Aperture VII, superbe sculpture du Britannique Antony Gormley, tandis que la galerie Sean Kelly (New York) en négociait une autre à 300 000 dollars ainsi que plusieurs œuvres de Marina Abramovic – le Moma proposera du 14 mars au 31 mai une rétrospective de son œuvre – pour des sommes allant de 81 500 à 129 000 dollars.

M. O’hEocha courtesy Mother’s tankstation
La galerie dublinoise@ Mother’s tankstation a vendu@10 peintures de Maired O’hEocha. Ici, Ballyedmond

Parmi les ventes d’artistes vivants les plus remarquées, notons celle d’une peinture récente de Damien Hirst cédée pour 4 millions de dollars par la London White Cube qui annonce également la vente d’une toile de Gabriel Orozco pour 250 000 dollars. Sa compatriote, la galerie londonienne Lisson a vendu une œuvre d’Anish Kapoor pour 758 000 dollars.

Non seulement les galeries se félicitent du bon niveau des ventes mais elles saluent aussi les rencontres, tant avec les collectionneurs qu’avec les représentants des institutions privées et publiques venus du monde entier. Ainsi pouvait-on croiser dans les allées ceux des musées d’art moderne de São Paulo, de Stockholm ou d’Amsterdam, ou encore de la Serpentine Gallery de Londres ou du Centre Pompidou. Gary Snyder de la galerie éponyme (New York) assure qu’un des grands intérêts de cette foire est la qualité des relations que l’on peut y lier et d’expliquer  : «  Nous avons eu des retours extraordinaires au sujet de l’œuvre de Sven Lukin que nous présentions.  » Un vrai coup de pub pour la prochaine exposition de l’artiste qui aura lieu à la galerie en septembre. Sentiment partagé par Ulrich Voges de la galerie allemande Voges (Francfort)  : «  L’Armory Show a été une excellente occasion de faire connaître Adrian Williams. Tous les conservateurs sont venus. Ceux de la Tate Modern de Londres, de la Haus Konstruktive de Zürich, de la Kunsthaus Graz, et je pourrais continuer… Je suis très impressionné.  » Le mot de la fin revient à Giti Nourbakhsch de la galerie du même nom (Berlin), qui présentait l’œuvre de la norvégienne Ida Ekblad  : «  Nous avons vendu beaucoup, et rencontré beaucoup de gens, des collectionneurs avertis mais aussi des jeunes. C’est exactement ce que j’attends d’une foire.  »

Ai Wei Wei, courtesy galerie Friedman Benda, photo c-monster.net
Une œuvre présentée par la galerie@ Friedman Benda (NY), accueillie au sein d’une grande collection, Ai Wei Wei

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