Le Peintre Anonyme à Paris – Le phare de Virginia

A Montparnasse, la galerie Granville accueille actuellement le Peintre Anonyme. L’artiste entraîne le visiteur dans des contrées inconnues, où il pourra faire la connaissance de la muse et de l’aventurier ou emprunter une selle pour partir galoper dans la pampa  !

Il a écrit en haut de son dessin  : «  Tu sais à ton âge, ou les carottes sont cuites, ou c’est le succès d’estime, ou…  ». Le Peintre Anonyme a encore frappé  ! Ou devrions-nous écrire  : le Peintre Masqué  ? Il court, il court… de la Seyne-sur-Mer, à Issoire, à Lyon, à Shanghai, à Paris  ! C’est à la galerie Granville, non loin du boulevard du Montparnasse, que vous pouvez actuellement retrouver une douzaine de ses œuvres. Peintures, photos, textes dialoguent comme à leur habitude. «  Demain, s’il fait beau, nous irons au phare, promettait sa mère chérie à l’enfant. Le père, impossible comme tous les pères, oiseau de mauvais augure, ajouta “mais tous les vents sont à l’ouest. Le soleil s’éloigne”. Il songea à son enfance sur fond de guerre. Les parents préoccupés par d’autres urgences leur laissaient une grande liberté de mouvement pendant les très longues vacances de cet été quarante-quatre, où leur école fut d’abord occupée par les allemands, puis par le maquis. Ils allaient par bandes en maraude…  » Et surtout aller au bout de la lecture pour savoir que les phrases entre guillemets sont tirées de La promenade au phare de Virginia Woolf.Au mur, voici ce dernier dressé pour éviter aux bateaux de s’échouer et aux marins de mourir. La mer s’est retirée dans un coin de l’immense toile. Ses bleus, ses gris forment un manteau rapiécé, «  rafistolé comme un fabuleux vêtement de travail  », indique l’artiste.Des photos de famille

A l’entrée de la galerie, un portrait photographique, datant de quelques années déjà, le montre face à un chevalet, pinceau dans la main droite, palette dans la main gauche. Qu’est-ce donc que cette bizarrerie de montrer son visage, sans vouloir dévoiler son nom  ? A bien y regarder, une petite croix apparaît entre deux dates inscrites sur le cliché. Est-ce à dire que quelqu’un est mort  ? Le peintre au chevalet, celui que sa famille avait identifié en tant que tel dès son enfance  ? «  A 7 ans, je peignais déjà, alors à 30, j’étais devenu un vieux peintre ! J’avais essayé beaucoup de choses. Je ressentais une très grande insatisfaction et ne voyais aucune solution, aucune possibilité d’apporter quelque chose de différent. Je me faisais l’impression du petit garçon qui se rêvait aviateur et termine boucher. Il me fallait lâcher la peinture mais je n’arrivais pas à avouer cet échec à mon entourage pour lequel, depuis toujours, j’étais “Le peintre”. A l’époque, mes enfants étaient petits.  Je les observais jouer, se raconter des histoires, déplacer des choses… Tout ça était assez magique. J’ai commencé à photographier ces déplacements de branches, de cailloux…  Les premiers clichés sont de simples photos de famille. Il y avait une faille. Je n’étais plus le peintre et je ne savais pas encore que j’étais devenu un artiste contemporain. Rapidement, ces photos se sont retrouvées dans les envois postaux, puis dans des cahiers, ceux-là même qui seront exposés à La Documenta en 1972 dans la section “Mythologies individuelles”. Un intitulé qui fut à terme une révélation. Encadré par le Land art et l’art conceptuel, mon travail trouvait là une définition  », expliquait l’artiste à ArtsHebdo|Médias en novembre 2012 (suite de l’entretien). Pour la fin de l’histoire, il faudra y aller voir !

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