Joël Lorand – L’âme à vif

Comme surgis d’un entrelacement souple de branchages feuillus enracinés au tréfonds d’un monde peuplé d’animaux hybrides et de créatures fantastiques, ses personnages aux visages ronds et figés nous interpellent de leurs yeux implorants ou exorbités, nous étourdissent de leurs cris muets poussés à l’unisson. Sombre mais envoûtant, l’univers de Joël Lorand bouscule les repères, dévoile un imaginaire débridé, torturé, et fascinant. « Je me laisse guider par ma voix intérieure. Je fais vraiment confiance à mon subconscient », déclarait-il dans les pages de Cimaise au printemps 2008. L’artiste vient ainsi livrer sur la toile ses obsessions, doutes et appréhensions, que soulève la marche du monde.

S’attachant à explorer chacune des thématiques choisies jusque dans ses moindres replis, il aime tout particulièrement travailler sous forme de séries. Au côté de celle des Boucliers – armes passives, défensives, et pourtant ô combien redoutée –, celle des Personnages floricoles occupent le devant de la scène de sa créativité depuis quatre ans. Les règnes animal, végétal et humain n’y font qu’un, indubitablement liés par une histoire et un destin communs, réunis au sein d’une même matrice, fertile et féconde, à l’image de ces petits êtres au ventre rebondis et porteurs de vie qui émaillent ses toiles.

Joël Lorand
Personnages floricoles, Joël Lorand, 2009

Il est ici tout à la fois question de matérialité et de spiritualité, de beauté et de laideur, de vie et de mort, le tout s’entremêlant aux confins d’une contrée irréelle dont les codes ne nous sont pas tout à fait étrangers. Joël Lorand lance à sa manière un « message d’alerte pour une société qui court à sa perte, malade du risque technologique et du péril écologique. » Mais sans pouvoir se résoudre à s’abandonner totalement à la noirceur de sa représentation : « Parce que je suis un pessimiste qui espère, je parsème aussi des guirlandes de fleurs, des farandoles de cœurs pour rattraper le côté sombre de ma vision. »

De fait, s’il émane de ses compositions sophistiquées une évidente inquiétude, une forme d’avertissement, elles sont également le reflet d’une harmonie, accentuée par une symétrie régulière et appliquée, jouant sur les courbes et les arabesques, lignes douces, rondes et rassurantes. La minutie du trait et la précision du graphisme, l’apposition de couleurs aux pastels et crayons, viennent appuyer la lecture d’une œuvre grave et légère, dont la symbolique riche, subtile, n’a pas fini de nourrir nos réflexions, chimériques ou existentielles.

Joël Lorand
Sans titre, Joël Lorand, 2009

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