Au Quai Branly à Paris – A fleur de peau

Destinée aux amateurs de cet art encore trop méconnu qu’est le tatouage comme aux curieux avides de nouvelles découvertes, une exposition inédite et fascinante est depuis quelques mois à l’affiche du Musée du quai Branly, à Paris. Mêlant repères historiques et sociologiques aux pratiques les plus contemporaines, Tatoueurs, Tatoués réunit plus de 300 œuvres provenant du monde entier. A découvrir jusqu’au 18 octobre.

Qu’il soit une marque de rituel, de punition ou encore de fierté, le tatouage a traversé les âges et les civilisations du monde entier : de Jérusalem à Tokyo, en passant par New York ou les îles de l’océan Pacifique, il peut être synonyme de différenciation, symbole d’une existence marginale, mais est le plus souvent un signe d’appartenance à une communauté. En Asie, par exemple, il incarnait autrefois la pègre et sa mauvaise réputation, alors qu’en Océanie il évoquait le prestige social. Aujourd’hui le tatouage connaît un phénomène d’expansion sans précédent – un Français sur dix est tatoué, apprend-on notamment – ; il est présent de manière récurrente dans la publicité, le cinéma ou encore la mode. Son univers reste cependant associé à une forme de mystère pour les non-initiés, sans doute parce qu’il est le fruit d’échanges exclusifs entre tatoueurs et tatoués, qui ont établi leurs propres codes et valeurs. Si elle accorde une large place à l’histoire et à la sociologie de la discipline, l’exposition entend mettre en lumière – et ce de manière inédite – le tatouage en tant que geste artistique. « Les choix de Tatoueurs, Tatoués contraignent à quitter l’observation scientifique pour pénétrer “le jus artistique” et célébrer la dimension créatrice, vivante, mouvante du tatouage, écrivent ainsi Anne & Julien, fondateurs de la revue Hey ! et commissaires de l’exposition. Aux côtés de la retranscription de l’ancienneté, de l’omniprésence et de la multivalence des pratiques de tatouage à travers le monde et depuis des millénaires, l’exposition rend hommage aux pionniers de l’ère moderne, “héros” responsables de sa mutation. » Une trentaine de tatoueurs contemporains internationaux – parmi lesquels le Français Tin-tin, le Japonais Horiyoshi III, le Suisse Filip Leu, l’Américian Jack Rudy, le Britannique Xed LeHead et le Polynésien Chimé – ont été conviés à réaliser une œuvre spécifiquement pour l’événement. Treize d’entre eux proposent chacun un « extrait » de corps, une empreinte en silicone moulée sur modèle vivant qu’ils ont piqué, à la machine ou aux outils traditionnels. « Pour une mise en abîme, des toiles vierges ont été confiées à 19 autres tatoueurs, précisent Anne & Julien, dans l’application dite classique du “body suit”, ici devenu “projet de tatouage” formulé à l’encre, acrylique, aquarelle, mine de plomb ou encore au feutre. » L’occasion pour le visiteur d’appréhender les dernières tendances d’un paysage artistique méconnu qui s’inspirent, notamment, des motifs issus de la culture numérique, de la 3D, mais aussi de l’abstraction. Chaque tatoueur crée de façon unique, parfois reconnaissable à l’école stylistique particulière dont il se réclame ; certains s’imprègnent de références historiques, culturelles et traditionnelles quand d’autres recherchent l’équilibre d’un métissage des genres, voire inventent ni plus ni moins de nouveaux codes. Une diversité et un éclectisme dont Tatoueurs, Tatoués se fait l’écho de la plus belle des manières.

Filip Leu, courtesy Musée du quai Branly

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