Dinard – L’art et les bleus à l’âme

C. Lévêque / ADAGP, Paris 2010. Courtesy de l’artiste et Kamel Mennour, Paris

Rêvez  ! intime l’enseigne lumineuse de Claude Lévêque à la sortie de l’exposition Hope  ! à Dinard. C’est par cette injonction de tous les possibles que se clôt un voyage initiatique original qui explore le thème de l’espoir à travers une soixantaine d’œuvres au Palais des Arts et du Festival de la ville. Le parcours s’organise en quatre temps  : la genèse, l’exode, l’apocalypse et la grâce. Le premier volet affiche minimalisme, rigueur et parfois même froideur matérialisés par la sphère en acier de Richard Serra, le tableau blanc lacéré au rasoir de Lucio Fontana, ou la peinture exploratrice des paradoxes de la création de Bernard Frize. L’Homme qui marche de Giacometti ouvre avec panache le deuxième volet où il est question d’exil, de réfugiés et de liberté. Fahrad Moshiri y livre un fragment de sa fuite d’Iran, pièce de puzzle dessinée où il se représente sur un tapis volant, tandis que les photographies d’Alfredo Jaar témoignent du génocide au Rwanda et de l’utilisation des images de cette tragédie dans les médias. Le sublime, évoqué comme un ressort de l’existence, s’inscrit dans l’installation en bronze de Matthew Day Jackson, réalisée à partir d’un vrai bateau de sauvetage de la NASA qui a servi à recueillir les cosmonautes américains à leur retour sur terre dans les années 1970. Et c’est le soleil décharné, éclaté, de l’installation d’Ugo Rondinone qui dit le mieux le refus de l’anéantissement et la volonté de vivre par-delà les épreuves.

Kolkoz. Courtesy Galerie Emmanuel Perrotin.
Kolkoz tower, Miami : Four season view,, Kolkoz, 2006

La troisième section de l’exposition plonge le visiteur dans les cataclysmes et les crises. Reza Aramesh reconstitue des images de guerre appartenant à l’agence de presse Reuters. Les scènes sont jouées et photographiées, ainsi celle reconstituant dans une salle de musée anglais une photographie prise après l’explosion d’une bombe à Bagdad. L’artiste coréen Do-Ho Suh invite, quant à lui, à la mobilisation collective avec son imposante sculpture en tissu  : des milliers de personnages jaunes et orange, les uns assis sur les épaules des autres, forment une gigantesque tornade, offrant une flamboyante représentation karmique de l’humanité. Nous pénétrons ensuite dans la dernière partie de l’exposition. Entre émerveillement et effroi, Damien Hirst ouvre un nouvel âge du vitrail en utilisant des ailes de papillons morts comme d’aucuns travailleraient le verre. Plus loin, Pierre et Gilles invitent, par leur art naïf et sensible, à réfléchir à une société plus fraternelle et égalitaire et l’immense portrait d’Obama de l’artiste Yan Pei-Ming personnifie le dernier rêve américain et les promesses de changement. Face à lui, le miroir du noir américain Rashid Johnson tagué d’une immense Terre promise (Promised Land) fait écho au désir de réconciliation sociale, à la reconnaissance de l’égalité raciale. A travers ces représentations symboliques, une question fondamentale demeure  : au-delà des drames et des cataclysmes, l’art peut-il transcender les fêlures de l’humanité  ?

Courtesy Ali Khadra.
Action 44, Baghdad September 10, Reza Aramesh,, 2004-2008

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