JonOne – Comme un arbre dans la ville

Nul hasard si deux objets surprenants, mais ô combien symboliques, sont exposés parmi les œuvres de JonOne à la galerie Magda Danysz. Dans la vaste salle du rez-de-chaussée, près des lumières de la rue, un cheval monté sur ressort – comme il y en a dans les jardins d’enfants – renvoie aux premiers âges de la vie et témoigne d’une capacité exceptionnelle à rester dans l’axe malgré des assauts répétés ! Au sous-sol, une vraie cellule de prison renfermant un tableau blanc entièrement couvert du nom de son auteur, rappelle ce qu’il en coûte de défier la loi en tagant son identité sur la propriété d’autrui… Artiste graffeur et peintre, John Andrew Perello, alias JonOne, d’origine dominicaine, est né à New York en 1963. Fils de Harlem, il s’est fait la main en bombant des trains et des immeubles de son quartier. Autodidacte, il n’a jamais cessé de faire des allers-retours entre les murs et la toile – support grâce auquel il est connu à travers le monde (Berlin, Tokyo, Monaco, Paris, New York, Hong Kong, Bruxelles…) –, signant des œuvres nourries au hip hop, à la culture de rue et à la peinture contemporaine. Dans un style éblouissant, ses pièces prônent la liberté de son « freestyle », credo personnel qui ne lui impose aucune limite. Son exposition le prouve : des jaillissements de couleurs au feutre réalisés au Pakistan voisinent avec des acryliques sur bois au pinceau représentant des démons, des « chrome sur chrome » au tampon qui se jouent du relief, des toiles surchargées, évoquant la gestuelle d’un Pollock et débordant de sa rage d’exister. Comme un arbre dans la ville, l’œuvre de JonOne s’enracine dans le béton. Que son nom inonde la toile, se cache au dos du châssis ou se pose académiquement au bord du tableau, il confirme la loi que l’artiste américain, qui vit en France depuis 1987, s’est donnée : « Mon art est égocentrique » ! Il n’en dira guère plus, sinon que la disparition de Michael Jackson l’attriste profondément, avant d’enfourcher son scooter pour livrer des dessins à la Fondation Cartier. Son casque d’argent, en filant devant les graffitis qui inondent les murs de la rue Amelot, étincelle au soleil de juillet.

JonOne, courtesy galerie Magda Danysz
L’artiste en action

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