Cameroun – La Bandjoun Station de Barthélémy Toguo

|Bandjoun Station, Cameroun|

A 3 km de Bafoussam, sur les hauts plateaux de l’Ouest du Cameroun, se trouve un lieu tout à fait singulier dédié à la promotion de l’art contemporain en Afrique. Dans cette ville distante de 300 kilomètres de la capitale Yaoundé, l’artiste camerounais Barthélémy Toguo a décidé de bâtir la Bandjoun Station, véritable aventure artistique en soi, composée de deux bâtiments, l’un dédié à un centre d’art pour accueillir des expositions temporaires, et l’autre aménagé en douze ateliers-studios conçus pour recevoir des artistes et favoriser la réalisation d’œuvres in situ. «  J’ai tout d’abord décidé de créer une vitrine pour rendre compte de la richesse du travail des artistes du continent africain mais je souhaite également que Bandjoun Station devienne, comme certaines villes européennes, un lieu de référence. Il faut aussi que les Camerounais puissent créer des partenariats avec d’autres pays africains comme le Sénégal et le Bénin  », nous dit ce touche-à-tout de talent, exposé en mars dernier au Salon du dessin contemporain au Carrousel du Louvre (*). Le peintre, dessinateur, photographe et sculpteur a également décidé d’exploiter les trois hectares de terrain alentour pour créer une pépinière caféière afin de démontrer aux visiteurs que l’on peut croire en l’agriculture en Afrique  ; militant farouchement, en amoureux de la terre, pour l’autosuffisance alimentaire.
Galerie Praz-Delavallade/Paris/CNAP
Barque-miroir, Marc Couturier, 2002

Dans cette structure innovante et engagée pour stimuler la création et les échanges, est présentée Passions, une exposition de vidéos consacrée à des artistes contemporains tels Christian Bolstanski, François Morellet, Daniel Buren, Jean Tinguely ou encore Wang Du, troisième volet d’un événement original mis en œuvre par le Centre national des arts plastiques (CNAP). En effet, jusqu’à la fin du mois, ce principal opérateur de la politique du ministère français de la Culture et de la Communication – dont l’une des missions principales consiste à diffuser en France et à l’étranger les œuvres du Fonds national d’art contemporain –, investit trois lieux culturels camerounais à l’invitation de l’ambassade de France  : le centre d’art Doual’art’ relooké pour l’occasion, le centre culturel français à Yaoundé et l’ambitieux édifice de Barthélémy Toguo. Une installation d’Hugues Reip, les vidéos de William Kentridge, ainsi que les dessins de Béatrice Cussol, Barthélémy Toguo et Pascale Marthine-Tayou abordent, dans le premier lieu, le thème des rêves et des cauchemars de l’homme dans son environnement  ; une exposition de sculptures et de vidéos, dans le second lieu, révèle des œuvres qui se jouent de l’écart entre le sujet abordé et sa réalisation (Philippe Caza, Olivier Leroi). Après Bamako au Mali et Kinshasa en République démocratique du Congo (RDC), le pays de Manu Dibango, qui n’avait jamais connu une telle initiative, noue un dialogue fort avec les artistes de culture internationale. Sans nul doute, ces partenariats actifs devraient porter la voix d’une Afrique en mutation, inspirée à la fois par ses traditions et ses réalités urbaines, et, souhaitons-le, enrichir le Fonds national d’art contemporain doté de 90 000 œuvres, de créations d’art africain subsaharien, pour, espérons-le, réitérer en France d’aussi belles manifestations que l’exposition Africa Remix organisée au Centre Pompidou en 2005.

Galerie Anne de Villepoix, Paris/CNAP
Nyankassa, Barthélémy Toguo, 2001

(*) À l’occasion de la Biennale de Dakar, la galerie Le Manège de l’Institut français invite l’artiste sénégalais Soly Cissé et le Camerounais Barthélémy Toguo à confronter leurs œuvres. Jusqu’au 30 juin.

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