Kate Atkin à Colomiers – L’étrange force de la nature

Kate Atkin

Diplômée en 2005 du Royal College of Art de Londres, où elle est installée, Kate Atkin se sert de la photographie comme d’autres d’un carnet de croquis pour développer un travail du dessin à la frontière avec les univers de la gravure comme de la sculpture  ! La jeune femme participe actuellement à l’exposition collective Etrange nature, proposée par le centre d’art Le Pavillon Blanc à Colomiers, près de Toulouse, qui réunit quatre artistes – Kate Atkin, Cécile Beau, Emilie Benoist et Hicham Berrada – utilisant la nature comme référence, matière ou motif de leur travail. Chez Kate Atkin, le répertoire formel infini de cette dernière nourrit une œuvre en noir et blanc puissante et sensible.

Depuis son enfance – elle est née en 1981 – passée dans la région rurale de New Forest, sur la côte Sud de l’Angleterre, jusqu’à sa passion pour les ouvrages d’explorateurs de contrées et paysages méconnus, Kate Atkin a toujours été fascinée par la nature, son incroyable force vitale et sa capacité à (re)prendre le dessus. «  Je m’intéresse à une nature légèrement torturée, confiait-elle en janvier dernier lors de la préparation de l’exposition Etrange nature, présentée au Pavillon Blanc à Colomiers. Elle peut être recouverte de béton ou coincée au milieu de quelque chose, se battre parce qu’elle n’a pas assez de lumière ou d’eau  ; j’aime les formes un peu grotesques qu’elle adopte alors.  » Lorsque l’une d’elles retient son attention, elle la photographie, puis tourne et retourne le cliché «  jusqu’à ce qu’un motif fasse sens et donne naissance à une nouvelle forme dans son imaginaire, explique la galeriste londonienne Luce Garrigues. Une racine va par exemple devenir une bouche, un monstre, etc. C’est un peu comme quand on regarde les nuages et qu’on y discerne des silhouettes et objets divers.  » Pour Kate Atkin, la photo est une sorte d’esquisse, de levier qu’elle va utiliser pour construire son dessin. La deuxième étape est constituée d’études de formats modestes, dont elle va choisir un détail, une orientation pour développer un travail de grande dimension. «  J’utilise des matériaux très simples, précise l’artiste. Le papier, toujours le même, est assez épais, presque spongieux. Du coup, quand on appuie très fort avec un crayon sec comme du 9H, le plus sec existant, ça crée de petites entailles dans le support. Dans un second temps, j’interviens avec un crayon 9B très gras. Il ne rentre pas dans les creux  ; ça donne une sorte d’impression en négatif, comme en gravure.  » Jouant sur les contrastes, les sensations, Kate Atkin a toujours cherché le volume, sur la feuille, mais aussi à travers l’utilisation depuis quelque temps de découpes de bois ou d’aluminium recouvertes de gesso avant d’être parées de dessins. «  Je l’ai toujours considérée un peu comme un sculpteur, raconte Luce Garrigues, car elle travaille le graphite en pensant au vide et au plein  : son crayon est un outil qui lui sert autant à dessiner qu’à enlever de la matière.  » Face à ses grands formats, à leurs titres évocateurs – généralement empruntés à la littérature, ils fonctionnent un peu comme des cadavres exquis –, le regardeur est plongé dans un univers fantastique et invité à mettre en action son propre imaginaire. «  Les titres comme les dessins sont volontairement ambigus. Ce dans l’espoir que lorsqu’on regarde l’une de mes œuvres, plusieurs lectures viennent à l’esprit.  »

Kate Atkin
The Umbrella of the Gardener’s Aunt@is in The House, aquarelle et crayon sur gesso, structure en aluminium, Kate Atkin, 2012
Kate Atkin
Nostrils, crayon sur papier (61 x 50 cm)., Kate Atkin, 2007
Kate Atkin
It is very hot. The colour dazzles you, crayon sur gesso appliqué@sur contreplaqué de bouleau@(227 x 79 x 1.8 cm), Kate Atkin, 2012

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