Art Up ! 2015 – La carte jeune

Skwak, photo Stéphanie Clarisse courtesy galerie Art to Be

«  Capter les publics, qu’ils soient collectionneurs, acheteurs ou simples curieux  ; les former  ; faire cohabiter les différentes chapelles et personnalités de l’art actuel  ; soutenir les nouvelles galeries et les jeunes talents.  » Tel est le credo de la foire d’art contemporain lilloise Art Up  !, défendu par son directeur Didier Vesse. Lieu de rencontre, de découverte et de partage, la manifestation, dont la huitième édition ouvre ses portes ce jeudi 12 février et réunit une centaine de galeries, entend être un rendez-vous toujours plus diversifié et foisonnant. Des conférences, un focus sur l’abstraction géométrique, des installations et expositions spécifiques, des performances et lectures de portfolios ou encore des ateliers à destination des petits et grands animeront durant quatre jours les allées d’une foire affichant plus que jamais son attachement à la jeune création. En voici un avant-goût et quelques illustrations.

«  Revelation by Art Up !  » Pour la deuxième année consécutive, le public aura l’occasion d’appréhender, au cœur d’un espace dédié de 100 m2, les travaux d’une sélection de cinq artistes en début de carrière – choisis sur dossier, ils ont entre 23 et 30 ans –, tous représentés par des galeries participant à la foire. Peinture, installation, photographie, vidéo, sculpture et dessin sont leurs médiums de prédilection. Bilal Bahir (Gery Art Gallery) a recours aux uns comme aux autres pour développer une démarche s’appuyant sur les notions d’origines, de racines. Né à Bagdad en 1988, le jeune homme puise son inspiration dans son histoire personnelle, évoquant avec sensibilité l’exil – il vit aujourd’hui à Namur, en Belgique – ainsi que le déracinement culturel et familial. La photographe Anaïs Boudot (Les Bains Révélateurs) est pour sa part originaire de Metz, où elle est née en 1984. Ancienne élève de l’Ecole nationale supérieure de la photographie d’Arles et du Fresnoy, à Tourcoing, elle explore inlassablement le processus d’apparition de l’image, la relation existant entre fixité et animation, ainsi que les interstices nés du rapport entretenu par le temps et le mouvement. Un travail à la fois étrange et troublant qui se joue de nos perceptions tout en titillant notre imagination. Fasciné par la Chine, qu’il a découverte en 2011 lors de séjours à Shanghai et Beijing, Etienne Cail (Twenty Two gallery) a entrepris de revisiter d’importants moments, personnages et chefs-d’œuvre de l’histoire occidentale d’un «  point de vue  » asiatique. A 23 ans, le benjamin de la sélection – né à Chambéry, il est installé à Lyon – dévoile une peinture subtile et puissante, inventive et non dénuée d’humour. Luc Leblanc (L’Espace du Dedans) a vu le jour à Lille en 1989. Formé sur les bancs de l’Ecole supérieure des arts Saint-Luc de Tournai, en Belgique, il développe depuis lors un étonnant et touchant travail pictural, axé sur la pratique du collage  : ce à partir d’objets de récupération avec lesquels il noue des liens intimes et privilégiés, se les appropriant pleinement avant de leur offrir une nouvelle raison d’être. Cinquième invitée de Revelation by Art Up !, Elodie Wysocki (galerie Anne Perré) s’intéresse avant tout aux questions liées à la mémoire et à la trace du temps. Dans ses propositions, l’homme, l’insecte et d’autres animaux s’entrecroisent autour des notions d’origine, de mutation, d’évolution et de cycle. Née à Laon en 1985, la plasticienne explique expérimenter et développer «  de nombreuses techniques de création en lien avec la répétition  : celle d’un même geste, d’un ensemble de gestes ou d’une forme. Tout mon travail s’articule autour de collections. »

Bilal Bahir, courtesy Gery Art Gallery
Œuvre signée Bilal Bahir
HeeWon Lee, photo HeeWon Kim
Lee Infinity II, installation vidéo, HeeWon Lee, 2012
Carte blanche à Stéphane Corréard. Rendez-vous incontournable de la scène émergente française, le Salon de Montrouge, commune située au sud de Paris, célèbre cette année son soixantième anniversaire. Une occasion qu’ont saisi les organisateurs d’Art Up  ! pour convier son directeur artistique à concevoir une exposition spécifique pour la foire d’art contemporain de Lille. Un monde léger et profond est l’intitulé choisi par Stéphane Corréard. «  C’est un titre en forme d’illusion sémantique, comme on parle d’illusion d’optique, précise-t-il. Car il s’agit d’un faux paradoxe. Léger n’est pas le contraire de profond, c’est lourd, et superficiel celui de profond. Il doit donc être possible de s’avérer simultanément léger et profond.  » Invité à présenter des artistes ayant participé au salon parisien depuis qu’il a été nommé en 2009 – on en dénombre près de 400 –, le commissaire en a sélectionné douze, partageant «  une forme particulière d’esprit qui peut leur permettre d’élaborer une œuvre, dans la durée  ». Economie de moyens, délicatesse, malice, tous font par ailleurs «  confiance à une forme de légèreté pour explorer le(s) monde(s) en profondeur  ». Sont réunis Ivan Argote, Farah Atassi, Florent Audoye, Pauline Bazigan, Nathalie Boutté, Carine Brancowitz, Michel Devaux, Richard Marti-Vives, Julien Salaud, Rosa Marie Unda Souki, Stéphane Vigny et Qingmei Yao-Bruceling.

Des installations à expérimenter. Environnement Chromointerférent est une installation signée du Vénézuélien Carlos Cruz-Diez, héritier de l’abstraction géométrique – mouvement mis à l’honneur par Art Up  ! cette année – et pionnier de l’art optique. L’intention est ici de créer grâce au mouvement et dans l’espace une situation d’immatérialité, de «  transfiguration  » et d’ambigüité de la couleur. Concrètement, des événements chromatiques constamment en évolution sont projetés sur les visiteurs et les objets environnants, provoquant des effets de transparence et perturbant la perception visuelle. Fixez votre regard sur les ombres portées au mur, vous aurez l’impression de vous déplacer dans le sens contraire à la progression des lignes de couleur… Le Fresnoy – Studio national des arts contemporains installé à Tourcoing – offre quant à lui de découvrir Infinity II, un espace immersif imaginé par l’une de ses anciennes étudiantes sud-coréenne, HeeWon Lee, qui vit aujourd’hui à Paris. Là, le flux ininterrompu d’une chute d’eau invite à la contemplation. A l’étonnement, aussi, dès lors que l’on s’aperçoit que son cours est inversé  ! L’artiste mêle avec brio réel et virtuel, environnement majestueux et nature fantasmée. Le tout accompagné d’une bande-son créée par l’Allemand Ulf Langheinrich.

Michel Devaux
Les autres, huile sur toile (146 x 97 cm), Michel Devaux, 2014

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