Su-Min Do à Paris – Le maître geste

Su-Min Do

Elle cite les danseurs Pina Bausch, Trisha Brown ou encore Vaslav Nijinski pour évoquer son travail, lequel tout entier s’articule autour du geste, du mouvement du corps et de son rapport au support comme à l’espace. Tout juste diplômée des Beaux-Arts de Dijon, Su-Min Do est la lauréate de la première édition du Drawing Award, prix de dessin initié dans le cadre de la New Art Fair. S’adressant aux publics les plus variés, cette toute nouvelle foire, dont ArtsHebdo|Médias est partenaire, se tient du 11 au 13 janvier, à l’Espace Cardin à Paris. Les travaux de la jeune Coréenne y sont présentés en avant-première. Rencontre.

«  Dansez, dansez, sinon nous sommes perdus  », disait Pina Bausch. En traçant un parallèle avec les mots de l’étoile disparue, Su-Min Do entend confier combien le dessin est pour elle fondamental, vital. Depuis les pages du journal intime qu’elle illustrait enfant, puis adolescente, jusqu’aux travaux monumentaux d’aujourd’hui, il est devenu le fidèle complice d’une quête à la fois esthétique et personnelle. Originaire de Busan, deuxième ville de Corée du Sud posée sur la côte méridionale du pays, l’artiste se souvient avoir aimé la présence de la mer  : «  C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles j’apprécie tant travailler l’eau, élément avec lequel je me sens particulièrement à l’aise.  » D’un caractère dynamique, sportive, elle affectionne les jeux de ballon et partage davantage les goûts et intérêts de son frère, d’un an son cadet, que de sa sœur née trois ans avant elle. Le père dirige une entreprise d’orfèvrerie, la mère s’occupe du magasin attenant. «  Lorsqu’il était jeune, mon père rêvait de devenir peintre, mais la réalité de la vie a eu raison de ses aspirations  : il a dû très tôt trouver un travail pour subvenir aux besoins de sa famille.  » Sa passion, l’homme l’assouvit donc en amateur, dès qu’il a un peu de temps. Ses toiles, qui ornent les murs de la maison familiale, s’ancrent dans la mémoire de sa fille. Et lorsque celle-ci, qui s’est longtemps interrogée sur son éventuel devenir d’artiste avant de prendre de l’assurance sur les bancs du département Beaux-Arts de l’université Kyung-Sung, s’affirme prête, diplôme en poche, à se lancer, il deviendra son plus fervent soutien tout en l’incitant à élargir encore son horizon.

Nous sommes en 2005, Su-Min Do a 24 ans et part découvrir la culture européenne à travers quelques grandes villes du Vieux Continent durant un mois. Séduite par la France, elle décide d’y suivre un nouveau cycle d’études. A la rentrée 2007, la jeune femme s’inscrit en Langue et Civilisation françaises à La Sorbonne, à Paris  ; au mois de septembre suivant, elle rejoint Dijon où elle a passé avec succès le concours d’entrée à l’Ecole nationale supérieure d’art. Son diplôme coréen lui permet d’accéder directement à la deuxième année. Débutent alors quatre ans de recherches intensives et minutieuses, qui voient la jeune femme s’appuyer d’abord sur le portrait et l’étude du visage, thèmes de ses premières expositions présentées dans son pays natal, avant de se consacrer, peu à peu, à l’étude de la ligne, trace originelle aux possibilités infinies.

Su-Min Do
Su-Min Do
Su-Min Do
365 jours de dessins, crayon sur petit cahier@(20 x 15 cm par feuille), Su-Min Do, 2011
De petit ou très grand format, toile ou papier, le support est successivement posé à plat sur une table, déroulé au sol, ou encore dressé à la verticale jusqu’à huit mètres de hauteur  ! Eau, craie, marc de café, acrylique, encre de Chine sont parmi les matières expérimentées. «  Aujourd’hui, je me sers essentiellement du fusain, du crayon et du papier. J’aime l’alliance de leur simplicité et de leur potentialité.  » Au fil des mois, l’artiste prend conscience de l’importance du corps, le geste et l’action se glissent au premier plan de sa réflexion. «  J’ai commencé à m’intéresser au processus davantage qu’au sujet et à la forme. C’était plus excitant que la trace elle-même.  » La répétition, du geste comme du motif, devient centrale. Elle lui permet de consacrer toute son attention à la relation, au «  dialogue  » entre le mouvement du corps – «  source d’énergie  » – et le support, mais aussi sur le rapport du geste au temps et à l’espace.

Plusieurs fois, Su-Min Do entreprend de «  vivre  » avec le dessin, s’attelant 24 heures durant à la tâche ou bien menant un travail sur sept jours, voire 365, consécutifs. «  Chaque dessin est à la fois différent et fait partie d’un tout. Ce type d’expérimentation temporelle est pour moi un peu comme écrire un journal.  » Le motif devenu récurrent est le rond. Une forme simple et régulière qui symbolise à ses yeux le visage, mais aussi le temps. «  Elle est également une aide précieuse à la concentration. J’aime tout particulièrement y avoir recours sur très grand format  : il y a là quelque chose de complet, car cela me permet d’utiliser tout mon corps.  » Pour sa série Cercle, constituée de sept grands diptyques tracés au fusain sur fond blanc, elle se sert de ses deux bras, faisant de son corps tout entier «  un outil de travail  ». «  Lorsque je suis seule face au papier, j’ai l’impression de pouvoir me dépasser, de me rapprocher d’un état de méditation. C’est comme si nous ne faisions qu’un.  » Incitée l’année dernière par des amis à expérimenter la vidéo, afin d’exprimer davantage encore cette prééminence du corps, elle prend plaisir à exploiter les qualités de ce média. «  Le son – en l’occurrence le bruit de la craie, ici utilisée, et la respiration – s’est avéré être un élément important  », précise-t-elle. De là à explorer les possibilités de la performance il n’y a qu’un pas, qu’elle ne désire pas encore franchir  : «  Je préfère suggérer plutôt que montrer l’importance du corps.  »

Su-Min Do s’est installée à Paris tout début janvier, avec pour projet de s’y «  poser  » quelque temps, avant d’entreprendre, peut-être, d’autres pérégrinations  : «  Pour le moment, je n’imagine pas me fixer définitivement quelque part. J’aimerais pouvoir vivre dans différentes villes et pays afin de continuer à assouvir ma curiosité des autres.  »

Su-Min Do
Sans titre, fusain sur papier, Su-Min Do, 2011

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