Robert Delpire – Tant qu’il y aura des feuilles

Robert Delpire

Le photographe et éditeur Robert Delpire nous révèle une œuvre singulière au château de Chambord : près de 80 herbiers poétiques totalement inédits, composés avec la complicité de son ami André Martin, qui constituent un éblouissant jardin secret.

A 84 ans, l’éditeur Robert Delpire n’aurait jamais imaginé que les herbiers qu’il s’amuse à composer le soir et le week-end, comme un loisir du dimanche, feraient un jour l’objet d’une exposition. Lui, le photographe, s’est donc livré à un travail qui relève de l’encyclopédie à la Buffon, cet intendant du jardin du roi, naturaliste et auteur d’une monumentale Histoire naturelle en 36 volumes. Jean d’Haussonville, directeur général du site de Chambord a été ému par cette œuvre « cachée ». « Tout était dans sa cave. Certains herbiers étaient encadrés, d’autres pas. Pour lui, ce divertissement ne présentait pas d’intérêt particulier. Il avait tort. » Cartier-Bresson disait : « On ne prend pas une photo, c’est elle qui vous prend. » Delpire compose ses herbiers dans cet esprit. « Il y a peut-être un regard, une direction, des choses que je ramasse comme une balade », expliquait l’artiste lors du vernissage.

Les murs du château se sont métamorphosés là en jardin à la « française », ailleurs en parc anglais aux couleurs automnales ou encore, pour nous surprendre, en une terre sauvage regorgeant d’espèces rares. Grands formats et petites pièces mènent un ballet aux multiples approches – conceptuelle, sensible, ésotérique – et elles prennent tout leur éclat sous ce tufeau de Touraine qui absorbe non sans magie la lumière naturelle. « On reste sur un créneau contemporain. » Cette œuvre « sensible et accessible » parle à tous les publics. « Nous avons beaucoup de visiteurs étrangers : asiatiques, brésiliens, américains… et ce travail à la dimension universelle touche, dit quelque chose de la beauté du monde », explique le directeur général de Chambord.

Sarah Moon
Robert Delpire et André Martin@à Jonquières, Sarah Moon

L’exposition Tant qu’il y aura des feuilles découle des longues échappées de Robert Delpire dans la forêt de Compiègne, le plus souvent seul, mais parfois aussi avec sa compagne, la photographe et réalisatrice Sarah Moon. Glaner feuilles, plantes ou fleurs est une activité qu’il pratique depuis toujours dans les champs et les bois de France mais également au cours de ses voyages. Il rapporte ainsi indifféremment plumes et herbes sèches de contrées lointaines et se fait aider… « Grâce à la collaboration de Charlotte Boyer, à partir des archives végétales collectées avec André Martin, il a pu faire ces herbiers, avec un sens de la feuille tout à fait rare, une méticulosité, une exigence remarquables », souligne, admiratif, Jean d’Haussonville.

Aux côtés de ces œuvres inédites, sont présentées des photos d’André Martin, Sarah Moon, Marc Riboud, Nicolas Bruant et des projections sur écran de vieux clichés signés William Henry Fox Talbot qui constituent une seconde exposition intitulée Fragment d’une Histoire Naturelle. Une manière délicate de rappeler l’importance de Delpire dans l’histoire de la photographie contemporaine, lui qui édita, dès les années 1950, Cartier-Bresson, Brassaï, Doisneau ou Lartigue. « On a choisi d’associer des photos pour évoquer le contexte dans lequel les herbiers ont été réalisés. Les uns comme les autres émanent du même œil, celui du photographe. »

Avant de convaincre l’artiste qui, dans les années 1960, avait réalisé un livre de photos sur Chambord, Jean d’Haussonville a pu admirer son travail à maintes reprises. Un coup de cœur, une évidence en phase avec l’histoire du domaine. « Le fait est que Chambord est lié à la nature par la chasse. Ce qu’on sait moins c’est qu’il s’agit aussi d’un refuge, d’un lieu de retraite. Delpire est un promeneur solitaire, un Rousseauiste. Ce lieu était fait pour lui. »

Nicolas Bruant
Le chêne, Nicolas Bruant

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