Ai Weiwei à San Francisco – La liberté défie Alcatraz

Ai Weiwei, photo Jan Stürmann courtesy For-Site Foundation

Tour à tour forteresse au XIXe siècle, prison militaire puis fédérale de haute sécurité au XXe siècle – jusqu’en 1963 – et témoin des revendications amérindiennes – par le biais d’une occupation de l’île entre 1969 et 1971 –, le site d’Alcatraz est aujourd’hui géré par le National Park Service des Etats-Unis. Il accueille jusqu’au 26 avril prochain @Large, une exposition exceptionnelle d’œuvres créées spécifiquement, bien qu’à distance, pour les lieux par Ai Weiwei, dans le cadre d’un projet initié par la Fondation For-Site – qui a à cœur de favoriser des dialogues entre art et environnements culturel et naturel. Quatre bâtiments de l’île sont ainsi dévolus au travail de l’artiste Chinois, qui met en exergue comme à son habitude les notions de liberté d’expression et de droits de l’homme, lesquelles trouvent ici un écho particulier puisque, faut-il le rappeler, Ai Weiwei est toujours interdit de quitter son pays. Dans les anciens ateliers de la prison se déploie un immense dragon – symbole du pouvoir impérial passé – constitué d’une kyrielle de cerfs-volants multicolores (With Wind) portant des citations signées de militants aussi célèbres que variés, parmi lesquels Nelson Mandela, Edward Snowden et Ai Weiwei lui-même. Pour ce dernier, le dragon symbolise ici la liberté individuelle, «  le pouvoir de tout un chacun en la matière  ». Une installation sonore investit une douzaine de cellules du Block A. Le visiteur est invité à pénétrer et s’assoir un moment dans chacune d’elles pour y écouter des paroles, de la poésie et de la musique (Stay Tuned) écrites par des personnes emprisonnées justement pour avoir fait passer leurs opinions à travers diverses formes d’expression artistique. Des lavabos, baignoires et cuvettes de toilette de l’ancien hôpital sont par ailleurs emplis de délicates petites fleurs blanches en céramique (Blossom)  ; évocation de bouquets adressés à des patients ou allusion ironique à la campagne des Cent Fleurs qui vit en 1957 la Chine vivre quelques mois de relative tolérance en termes de liberté d’expression  ? A chacun son interprétation. Dans la salle qui servait autrefois de réfectoire, des cartes postales sont mises à disposition des visiteurs (Yours Truly)  ; toutes sont pré-adressées à des prisonniers actuellement retenus à travers le monde pour leurs opinions. «  Si vous tentez de contraindre la liberté, a dit Ai Weiwei, celle-ci s’envolera pour aller se poser sur un rebord de fenêtre.  » Haut lieu d’observation des oiseaux de la baie de San Francisco – Alcatraz tient son nom du mot espagnol «  alcatraces  » qui signifiait à l’époque pélicans –, le site héberge par ailleurs le plus vieux phare en activité de la côte Ouest des Etats-Unis. Avis aux amateurs de métaphores  !
Ai Weiwei, photo Jan Stürmann courtesy For-Site Foundation
With Wind (détail), Ai Weiwei, 2014
Ai Weiwei, photo Jan Stürmann courtesy For-Site Foundation
Stay Tuned, Ai Weiwei, 2014
Ai Weiwei, photo Jan Stürmann courtesy For-Site Foundation
Blossom, Ai Weiwei, 2014
Ai Weiwei, photo Jan Stürmann courtesy For-Site Foundation
Blossom (détail), Ai Weiwei, 2014
Ai Weiwei, photo Jan Stürmann courtesy For-Site Foundation
Yours Truly (détail), Ai Weiwei, 2014

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