HL Bergey – Du fer rouillé au feu de la fusion

En découvrant le blog lesamisdecimaise.fr, le sculpteur HL Bergey ouvre d’instinct l’onglet « sculpture ». Il marque un temps d’arrêt. Aussitôt, il reprend : « Je vais passer après Charles Gadenne ? S’il y a un artiste d’aujourd’hui que j’admire, c’est bien lui ! » s’exclame-t-il. Comme un enfant, un grand enfant de cinquante ans qui se délecte des petits bonheurs d’une vie d’artiste. « J’ai connu le travail de Gadenne il y a quelques années dans des circonstances amusantes. Un homme est venu me voir dans mon atelier. Visiblement ému, il m’a dit qu’il reviendrait plus tard. Je l’ai en effet revu deux semaines après. Il avait un livre de Gadenne qu’il m’avait fait dédicacer par l’artiste en me faisant l’un des plus beaux compliments qui soient : « Il y a du Gadenne dans votre sculpture » », raconte, l’artiste tourangeau qu’un parcours d’autodidacte a mené de la céramique à la sculpture en passant par la peinture. « Je suis céramiste de métier, peintre et décorateur. J’ai travaillé à la manufacture de Sèvres. A l’âge adulte, je me suis libéré. J’ai remis à plat tout ce que j’ai appris pour casser et réinventer une technique de sculpture qui m’est propre. Dans mon atelier, je travaille les blocs de terre, je suis à la fois soudeur, découpeur, ferrailleur, je mélange les matériaux, j’aime être en contact direct avec la matière », proclame cet admirateur de Rodin – qui « a amené la poésie à la sculpture » –, et surtout de Léo Ferré pour son « indicible mélancolie ». Confiné dans son atelier, antre niché au fond de la cour de la maison familiale d’Azay-sur-Cher à quelques kilomètres de Tours, HL Bergey se protège du monde extérieur qu’il ne comprend pas toujours. Une posture de repli qui lui permet de se sentir « plus libre, plus proche de (son) monde. Je ne suis influencé par personne, par aucun courant, pas plus que par les critiques. » Un luxe. « J’ai le temps de réfléchir à autre chose qu’à la technique. »
HL Bergey
La Nymphe du Cher, 210 x 100 cm, HL Bergey, 2009

Cette liberté qui affleure lui a redonné le goût de la peinture, une discipline qu’il avait mise de côté au profit de la sculpture : « Je suis en phase avec ce que je recherchais. Les textes, qui accompagnent les œuvres tel un cahier des charges poétique, sont en adéquation avec ce que je fais. J’ai atteint une forme de plénitude ou de sérénité vis-à-vis de mon travail. Du coup, je me suis remis à la peinture avec plaisir. » HL Bergey est entouré d’une constellation d’objets : des figurines orientales – dont celle d’Omar Khayy?m, poète et astronome persan du XIIe siècle dont la dimension mystique le fascine –, des outils, un four, beaucoup de ferrailles rouillées récupérées de bric et de broc. De cette matière première rébarbative, parfois agressive, il extrait une essence sensuelle et enjôleuse. La « Nymphe du Cher », récemment exposée à la collégiale de Lamballe, où le sculpteur était l’invité d’honneur – à l’instar d’un certain Charles Gadenne, il y a quelques années – de la 19e édition de Regards sur les Arts, en est la plus belle illustration. Cette œuvre hors norme de 2,10 mètres en bronze rend hommage à la nature, sa plus fertile source d’inspiration. « J’idéalise la nature. Je me sens dans ces moments intimistes avec la terre, plus proche du metteur en scène que du sculpteur quand de l’acteur naît l’émotion », compare le sculpteur qui aime « suggérer le moment et surtout l’émotion. »
Rigoureux et perfectionniste malgré de faux airs de dilettante, HL Bergey a passé un cap. Dès lors il peut se lancer dans des projets d’une tout autre dimension : une œuvre mobile monumentale intitulée Donneur de temps, faite de tôle et ferraille rouillées conquiert l’espace au sein d’un grand jardin. « C’est un an de travail mais c’est exaltant ! » Son agenda est couvert d’autres commandes d’envergure comme trois grandes pièces végétales qui viendront embellir une propriété viticole de Saint-Emilion. Pour lui, ce n’est rien d’autre que « du bonheur ».

HL Bergey
Sans Titre, HL Bergey, 2009

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