Biennale de Busan 2014 – Impressions de voyage

Pour la 8e Biennale d’art contemporain de Busan, en Corée du Sud, Olivier Kaeppelin, son directeur artistique, a proposé une sélection précise et avisée d’œuvres qui font écho au thème choisi  : «  Habiter le monde  ». Installée au Busan Museum of Art, la manifestation présente le travail dequelque 80 artistes, dont une vingtaine de Français. Ces dernières semaines, l’historienne de l’art Charlotte Waligòra nous a emmené à la découverte des pièces présentées par Damien Deroubaix, Fabrice Hyber, Anish Kapoor, Damien Cabanes, Djamel Tatah, Chiharu Shiota, Assan Smati et Peter Soriano. Pour conclure cette série, nous vous proposons d’embarquer pour un parcours dans la cité coréenne qui vous mènera tant au Centre culturel de la ville que dans un entrepôt duquel de drôles de poulets tentent de s’échapper. Attention, ça balance pas mal à Busan  !

Une fois n’est pas coutume  : cet article ne parlera pas seulement d’art. Il est des pays qui, quand ils deviennent une destination, suscitent un fort intérêt et une avalanche de questions. La Corée du Sud en fait partie. Repousser les murs du musée, regarder le monde avant de l’habiter, n’est-ce pas ce que font tous les artistes  ? Alors, pourquoi pas nous  ! En route donc pour un moment de découverte effrénée. Tout commence au terminal 1 de l’aéroport de Roissy. Le vol Asiana Airlines est à l’heure. Onze heures et un premier bibimbap* (1) plus tard, vous voilà sur le territoire de la tentaculaire Séoul sans pour autant l’appréhender. Un autre vol attend, dans un autre aéroport de la capitale. Route ou rail, le second a la cote parmi les Français rencontrés au contrôle des passeports. Le train est plus régulier, c’est certain, et le trajet probablement plus insolite. Nous circulons en ligne droite sur un terrain qui semble meuble et abandonné aux hommes par la mer. Le vol de la compagnie Air Busan est lui aussi à l’heure. On dit de la Corée du Sud qu’elle est la Suisse de l’Asie. Une «  navette  » atterrit ou décolle toutes les heures pour la ville côtière. Là-bas, des pick-up nous attendent. Il est à peine 18 h, mais la nuit tombe déjà. A Busan, l’air est doux et la circulation intense. Le nez collé à la vitre et les yeux au paysage, 90 minutes nous séparent du musée où se déroule la 8e Biennale de la ville, confiée à Olivier Kaeppelin, le directeur de la Fondation Maeght. Les tours d’immeubles défilent  : 101, 102, 103, 104…

Derrière la colline, les mêmes architectures avec la même numérotation. Poussées là comme des champignons. Des practices enrubannés d’un filet vert ponctuent le tissu urbain. Le golf est un sport populaire en Corée du Sud. Une multitude de lumières apparaît. Le néon est roi et transforme la ville en une immense constellation. Des croix rouges ou blanches dressées sur des bâtiments modernes rappellent que le pays compte une communauté active de chrétiens. L’enchevêtrement d’échangeurs autoroutiers donne le tournis. Louer une voiture semble osé. Au Busan Museum of Art, c’est le coup de feu  ! Dernière ligne droite avant la présentation demain à la presse. L’équipe organisatrice est mobilisée. Les salutations d’usage sont échangées, mais le moment est à la concentration. Un tour rapide des salles indique déjà la qualité de la manifestation, mais il ne serait pas séant de s’attarder. Quel grand chef admettrait ses invités alors même qu’il est encore en train de peaufiner son menu  ? Certaines œuvres ont malgré tout eu le temps de s’immiscer jusqu’à notre rétine. Citons les valises suspendues d’émotion de Chiharu Shiota, l’incroyable table de lecture de Nathalie Elemento, l’apparition d’un homme debout peint par Denis Castellas, la maison flottante de Kyungwoo Han, les toiles chargées de traces de Lawrence Carroll, les ellipses infinies d’Elias Crespin et l’écriture du vent de Bernard Moninot. Pour l’instant, leurs mystères accompagnent la rêverie d’avant sommeil.

* Mets très populaire en Corée du Sud souvent composé d’un mélange de riz, de viande, de légumes et d’un œuf sur le plat relevé par du piment habituellement servi séparément.

Photo MLD
Vue de la Biennale
Denis Castellas, photo MLD
Sans titre, Denis Castellas

Le ressac est à peine perceptible. Le long de la plage d’Haeundae, les badauds se croisent. Assis face à la mer, les touristes imaginent le Japon à une heure de bateau. Le café est servi aisément à l’américaine. Muffins et autres cakes sont légions. La tranquillité matinale des rues contrastes avec la saturation lumineuse et musicale du soir. Busan, industrieuse le jour, aime se dévergonder la nuit tombée. Le métro est le moyen de transport le plus commode et le plus rapide. Ici comme ailleurs. La ville est très étendue et possède d’immenses ponts impressionnants, comme le Gwangan et son petit air américain. En taxi, les trajets sont instructifs, mais souvent aléatoires. Savoir où l’on veut aller et s’y rendre sont deux choses différentes qui, quand elles deviennent irréconciliables, se terminent à la station de train la plus proche  ! Un bon conseil  : ayez toujours une carte bilingue avec vous. Le Busan Museum of Art est installé en face du Bexco, centre de conventions et d’expositions qui abrite chaque année le Festival international du film de la ville – considéré comme le plus important en Asie –, et non loin du Shinsaegae, réputé être le centre commercial le plus grand du monde avec ses 300 000 m2. Un quartier très fréquenté aux allures strictes et aux nuances de gris.

Photo MLD
L’entrée de la Biennale

Dans le musée, de spacieuses salles sont distribuées à partir d’un large escalier central et attribuées en fonction des sept sujets développés pour faire vivre l’intitulé de la manifestation  : «  Inhabiting the world  », «  Habiter le monde  ». Olivier Kaeppelin fait sienne la manière qu’avait Michel de Montaigne d’appréhender ce dernier, «  à sauts et à gambades  », et propose ainsi une promenade en sept temps, sept bonds. Le nombre parfait. Celui de la création dont Hippocrate pensait qu’il «  maintient dans l’être toutes choses  » et «  dispense vie et mouvement  ». Un mouvement qui se trouve être le premier thème à découvrir. Pour nous guider sur ce chemin aux accents transcendants, une très énigmatique signalétique au sol sert de repère. Tapis noir pour Plano Flexionante 4 d’Elias Crespin. La pièce composée de plusieurs dizaines de tiges en aluminium, reliées entre elles et au plafond par des fils en nylon, ondule. Le Vénézuélien, installé à Paris, imagine des chorégraphies millimétrées aux vertus hypnotiques. A quelques mètres, Circuconcentricos Blanco se déploie en de multiples cercles tournant sur eux-mêmes. Installée dans un angle, la sculpture mobile projette sur les murs deux fascinants jeux d’ombres qui font écho à l’infinie variation des formes. A l’entrée d’une salle, deux artistes ont joué, face à face, la difficile partition du travail in situ. D’un côté les courbes de Christian Bonnefoi, de l’autre les lignes de Peter Soriano. D’un côté, des formes aux allures organiques vibrent dans l’immensité du blanc, de l’autre règne la rigueur géométrique de hiéroglyphes contemporains. Autre saisissement  : la peinture de Lawrence Carroll accrochée en regard de celle de Jonathan Lasker. La première, intériorisée, s’exprime avec puissance et discrétion  ; matière irradiante de traces et de sutures retenues par la transparence de la cire. Plus extravertie, la seconde joue avec la planéité d’enchevêtrements monochromes et le relief d’aplats de couleur aussi épais que de la pâte à modeler.

Photo MLD
Vue de la Biennale
Lawrence Carroll, photo MLD
Sans titre, Lawrence Carroll

La thématique suivante est une métaphore qui utilise le ciel et le cosmos pour évoquer l’espace de l’art. Elle perpétue l’idée du mouvement tout en privilégiant un élan vertical, celui qui pousse l’homme à lever les yeux vers l’infini de l’univers. L’étonnant travail de Recycle Group (Andrey Blokhin et Georgiy Kuznetsov) attire l’attention. Fixé au mur, un morceau de roche circulaire – en réalité du polyuréthane – présente une forme composée de quatre éléments gravés. A intervalles réguliers, ils sortent de leurs «  gonds  » pour venir former une sculpture minimaliste. L’esprit, occupé à s’interroger sur la signification de l’œuvre, peut mettre un certain temps à reconnaître ce qu’il identifie aisément ailleurs  : le signe inventé pour indiquer la présence de wifi  ! Le duo est passé maître dans les alliances improbables, les évocations décalées. On se souvient alors de cette poubelle d’immeuble sur roulettes repeinte en blanc et flanquée de bas-reliefs à l’esthétique antique. Dans une salle à part, plusieurs dessins du vent de Bernard Moninot sont projetés. L’œuvre initiale inscrite dans du noir de fumée – 20 dessins capturés avec un instrument inventé pour enregistrer les tracés des mouvements de l’air et installé dans les arbres – avait été réalisée sur le mont Paradis à Etival dans le Jura, commune dans laquelle séjourna Marcel Duchamp avec Picabia et Apollinaire en 1912. A Busan, les projections rendent encore plus tangible cette écriture de l’invisible. Message sans cesse renouvelé de la beauté persistante du monde.

Bernard Moninot, photo MLD
Le vent Paradis II, Bernard Moninot

Toujours en suivant la signalétique au sol, vous abordez d’un pas alerte les différents espaces dédiés à l’architecture et aux objets. Le plus vaste est une superbe réussite qui avant d’être scruté, œuvre après œuvre, peut s’apprécier dans son ensemble comme une partition qui aurait su donner à chaque note la meilleure place. Certaines se détachent malgré tout, comme celles de Nathalie Elemento. Prenons Weight of Culture (le poids de la culture). Cette table, ce bureau, qui plie sous le poids de plusieurs livres est une matière sensible. Elle cède sous le fardeau d’une pensée désincarnée déposée dans un livre abandonné là. Ouvert sur la fin d’un texte traitant de psychanalyse, la position de l’ouvrage évoque l’absence, son contenu la passivité. Une œuvre pétrie de temps et d’attente. A quelques mètres, humour et facétie sont au rendez-vous. Julien Berthier présente sa version du «  mouvement perpétuel  ». Un chat empaillé et une tartine tournent dos à dos. Qui retombera sur ses quatre pattes ou sur sa face beurrée  ? Telle est la question à jamais posée  ! Un cordon à hauteur de tibia empêche d’avancer. L’installation de Kyungwoo Han est épatante. L’artiste sud-coréen propose un trompe-l’œil en 3D. Entrer dans la réalisation serait briser la magie de l’installation. Green House est une pièce emplie d’eau dans laquelle des meubles flottent. Tout est faux, sauf l’œuvre. Avant de poursuivre la visite, difficile de ne pas citer – au moins – la table en parfait équilibre de Farsen-Schöllhammer (Ninna Farsen et Isabel Grupp-Schöllhammer), les visions urbaines de Pierre Laniau, les Twin Towersde Lucy + Jorge Orta, l’horizon métallique de Yazid Oulab et le scooter déjanté de Stefan Rohrer.

Nathalie Elemento
Weight of Culture, Nathalie Elemento
Kyungwoo Han, photo MLD
Green House, Kyungwoo Han

A l’étage supérieur sont réunis les quatre autres thématiques abordées par la biennale. La première, relative à l’identité, met en valeur une quinzaine d’artistes dont Gilles Barbier, Damien Cabanes, Denis Castellas, Vincent Corpet et Djamel Tatah. Attardons-nous sur l’exceptionnelle pièce présentée par ce dernier. Imaginez une pièce rectangulaire aux murs blancs percés d’une seule et mince ouverture. Une vaste étendue de parquet évoque une salle de bal. Vingt-et-une toiles de 220 x 160 cm sont accrochées bord à bord et à dix centimètres du sol. Sur chacune, un homme jeune, mains dans les poches, porte un pull, une veste et un pantalon de même couleur (noir ou marron). Son visage, à la même hauteur que le vôtre, ne vous fait pas face. Il regarde ses pieds en dehors du champ de la peinture. Jaune, rouge, rouge, bleu, jaune, bleu, bleu, jaune… Les fonds colorés s’affichent en alternance imprévisible. Imperceptiblement les expressions du personnage changent. A défaut de posséder une manivelle qui mettrait en route cette «  lanterne magique  », on se prend à imaginer tourner sur soi-même de plus en plus vite pour le voir s’animer. Il y a du cinéma dans cette peinture-là. A propos d’images en mouvement, une mention spéciale pour la vidéo de Trine Lise Nedreaas, Forget Me Not 3. L’artiste norvégienne a filmé un avaleur de nourriture. Visage buriné par les ans mais impassible, le vieil homme en veston et cravate arbore à la main gauche une lourde bague couleur argent et des tatouages, qui sans être complètement lisibles, évoquent l’univers carcéral ou l’appartenance à un gang. Posé devant lui, un plat d’une trentaine de saucisses environ – type Francfort – et un verre d’eau. Durant plus d’une minute, le spectateur assiste à l’avalement des denrées. Jusqu’à la dernière et jusqu’à écœurement. Lui est prêt à recommencer. Vous, pas forcément. Fascinant tableau devant lequel Olivier Kaeppelin a pris soin de disposer l’impénétrable Rui Rui de Jaume Plensa. Tête de femme sculptée, aux yeux fermés.

Pilar Albarracín, photo MLD
Asneria, Pilar Albarracín

Nous voilà désormais en compagnie d’œuvres qui interrogent notre relation à l’animal. Au centre de l’espace principal, l’installation de Pilar Albarracín a toujours autant de succès. Réalisée en 2010, elle montre un âne en train de lire installé sur un tas de livres. Sans savoir ce que l’artiste aurait à en dire, il est tentant d’imaginer cette pièce comme une allégorie de l’ignorance forcenée de l’homme, qui nous conterait combien ce dernier demeure un «  âne  » malgré la connaissance qu’il a des turpitudes de l’histoire. Au mur, les visions quasi chamaniques de Gloria Friedmann fonctionnent comme des aimants. Un hennissement déconcentre pourtant le visiteur. Dans la salle d’à côté, une vidéo et différents autres témoins exposent le travail d’Art Orienté Objet – Marion Laval-Jeantet et Benoît Mangin – autour de plusieurs expériences tendant à découvrir comment l’animal peut vivre en nous. Il s’agit ici de s’insérer dans le monde de ce dernier et de voir en quoi cela peut changer les rapports entretenus avec lui. En s’éloignant, impossible de ne pas jeter un œil amusé sur les poulets nus et iconoclastes de Chan Kai-Yuen. Du côté de l’histoire et de la guerre, l’extraordinaire installation de Chiharu Shiota remporte toutes les attentions. Présentée avant l’été à la galerie Templon, à Paris, elle prend ici une dimension tout à fait inédite. Ces valises anciennes, chacune reliée au plafond par une corde rouge, sont mues par le flot de l’histoire et convoquent en un millième de seconde tous les déportés, déplacés, réfugiés de l’humanité souffrante. L’efficacité de l’œuvre n’a d’égale que sa sensibilité et la discrétion de l’artiste. Debout dans la salle durant des heures, elle a patiemment répondu aux sollicitations du public. Dernière thématique  : la nature. Et là encore, des artistes chevronnés. On citera Fabrice Hyber, Ange Leccia et Jean-Luc Moulène. David Claerbout y présente Travel. Une remarquable vidéo qui se regarde comme un poème se lit. Au gré de paysages à la végétation mystérieuse et hypnotique. Avant de retrouver le tumulte de la ville, dans le hall d’entrée du musée, une série d’écrans diffusent des films en boucle. Celui de Bertille Bak – Faire le mur – est un délice d’humour tendre et grinçant à la fois.

Chan Kai-Yuen, photo MLD
Muret, Fontaine-Urinoir/@Urinoir/Fontaine, Je pense donc je suis, Chan Kai-Yuen
Fabrice Hyber, photo MLD
Au premier plan, une installation interactive@de Fabrice Hyber, Vue de la Biennale

A la nuit tombée, de très nombreux restaurants, échoppes et terrasses accueillent les amateurs de poissons – notamment crus – et de fruits de mer – comme les oursins. Busan est réputée pour ses mets à base des produits de la mer. La cuisine y est somptueuse. Les innombrables banchan (accompagnements servis dans de petits plats), dont le célèbre kimchi à base de chou, transforment la table en une palette colorée. Rien n’est servi de manière ordinaire et le plaisir des yeux va toujours avec celui des papilles. A signaler, les assortiments de tempura – beignets légers, de crevettes, par exemple –, les raviolis farcis à la viande ou aux légumes, les poissons élégamment grillés. En dessert, il existe une alternative au hobbang, ce très répandu chausson aux haricots rouges  : le hotteok, petite crêpe à la cannelle et aux cacahuètes. Une merveille.

Photo MLD
Tempura

Mais revenons à l’art. La biennale possède deux extensions qu’il serait dommage de manquer. D’une part, la Biennale Archive installée au Centre culturel de la ville. Cette exposition, sous la houlette de Lee Kenshu, revient sur cinquante ans d’art contemporain coréen à travers les biennales internationales et déploie une vaste réflexion sur le rôle qu’elles ont pour lui. Un espace est consacré à la documentation et rassemble de nombreux témoignages écrits et photographiques, tandis que plusieurs salles réparties dans deux bâtiments voisins accueillent les œuvres d’une cinquantaine d’artistes. Parmi elles, signalons la surprenante petite tortue de Hyun Mi Yoo (2011), les «  boucliers  » bleus de Noh Sang-Kyoon (2008) et l’inénarrable vidéo Departure Songs de Kyungwoo Chun (2008). Une petite demi-heure de bus plus tard, un bâtiment industriel fait son apparition. Devant l’entrée parée de rideaux rouges, un accueil est installé dans un container bleu façon Documenta. L’entrepôt a été en partie vidé des câbles en acier, qui ont fait la réputation de son propriétaire, Kiswire, pour y installer l’Asian Curatorial, terrain de jeu de quelques jeunes commissaires d’exposition asiatiques. Une quarantaine d’artistes – essentiellement coréens, chinois et singapouriens – exposent ici près de 70 œuvres qui ne peuvent attendre aucun secours de cet environnement sans concession. Les visiteurs y circulent comme dans une brocante en mesurant la distance qui les séparent d’un objet ou d’un autre.

Photo MLD
Vue de la Biennale Archive

Dans ce maelstrom, quelques pièces arrivent malgré tout à retenir l’attention. Au bout d’un couloir qui ne mène nulle part, une apparition. Le corps d’une fillette à la tête de lapin se tient comme allongé alors même qu’il est à la verticale. Auréolé de lumière, cet être hybride arbore une robe jaune évanescent et des socquettes d’un bleue pâle. Le charme étrange et inquiétant de la sculpture de Joyce Ho opère. Changwon Lee de son côté propose deux installations inspirées par les volailles – et peut-être par les différentes difficultés sanitaires rencontrées par certains élevages en Asie. D’une part, On a journey, sorte de grand huit pour œufs et, d’autre part, One way trip, une colonie de poulets animés installée à l’extérieur. Faisant le mur en quelque sorte. Très remarqué, le char dégonflé de He Xiangyu. Montrée à Londres à la galerie White Cube en début d’année, la pièce monumentale en cuir a toutes les qualités requises de la pièce idéale pour biennales ou foires internationales. Finissons donc par l’installation de Dong Yuan. Grandmother’s House reconstitue trois pièces de la maison de la grand-mère de l’artiste. Tous les détails d’architecture ou de décor sont représentés sur des toiles de différentes tailles. La nourriture dans les assiettes, le calendrier, le téléphone, le paysage par la fenêtre, une statuette, un buffet… La peinture est réaliste avec un côté désuet comme ce que l’on perçoit de l’intérieur évoqué. Les toiles se superposent les unes aux autres. Il doit y en avoir une centaine environ. Un travail sentimental et tangible. Il y aurait encore beaucoup d’autres choses à partager – et notamment la visite du temple de Beomeosa ou l’épisode du serveur cracheur de feu – mais il est grand temps de se quitter et de laisser le mot de la fin à Olivier Kaeppelin : «  L’art n’est pas un discours, mais des impressions, des sensations.  »<br>

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Asian Curatorial

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