Emmanuelle Amsellem – Avec la bénédiction du Maître

« Le noir est une couleur qui abolit le temps », disait le peintre Serge Labégorre. Ce soir-là, la galerie Marie-Alexandrine Yvernault est l’écrin d’une onde qui balaie les cimaises. Six toiles et un triptyque pour un voyage en éternité. Habillée de son sourire et… d’un tailleur blanc, Emmanuelle Amsellem expose sa Collection Noir. Tout parcours s’éclaire à la lumière des étapes. Au commencement est une vision, celle de l’«  infiniment bleu  ». En 2007, Emmanuelle Amsellem cède à la tentation de l’absolu du monochrome. Deux années de travail sur la lumière, les pigments, la matière…  Quand cette période prend fin, l’artiste s’interroge et caresse l’idée d’explorer le blanc. Au même moment se tient à Paris une exposition de Soulages qui éveille chez elle l’idée d’un possible. Puis deux collectionneuses passent commande, elles veulent un damier et un labyrinthe, noirs bien sûr. Emmanuelle Amsellem se prend au jeu et se lance dans l’aventure du noir ou plutôt des noirs.

Leurs noms sont noir de vigne, noir de bougie, noir de pêche, noir d’ivoire, noir de mars. Chaque toile compte trois de ces pigments. Suivant une technique qu’elle a mise au point pendant sa «  période bleue  », Emmanuelle Amsellem travaille la matière au couteau et à main levée. Un geste immémorial et une précision qui évoquent le labeur méticuleux de la dentellière. A cet instant, la magie entre en scène et la peinture devient œuvre sculptée. Les pigments capturent et renvoient la lumière avec une infinie précision. Suivant l’endroit où se place le spectateur, les toiles semblent traversées par une vibration secrète, parcourues d’un intime frémissement. Damier et labyrinthe sont une douce invite à écouter la mélodie d’une narration abstraite. Ultime illusion, au plus près de l’œuvre s’impose l’image du grain de la peau. Au fil d’un parcours méditatif et spirituel, l’art rejoint alors sa mission première, celle de transfigurer la réalité. « Ceux qui ne voient que du noir ont du noir dans la tête  », constatait Pierre Soulages.* Soulages évidemment. Comment ne pas évoquer le créateur de l’«  outrenoir  » ? Emmanuelle Amsellem a tenu à présenter son œuvre au peintre. « C’était pour moi une question de respect. Je n’aurais pas pu faire d’exposition publique sans sa bénédiction. » Généreusement, simplement, le maître la lui a donnée.

* Soulages, le noir transmuté, Cimaise n°293.

Yves Sarrans
Noir/Variations 6, Emmanuelle Amsellem, 2010

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