Art O’Clock à Paris-La Défense – L’art à l’entreprise

Yannig Willmann

Pour sa deuxième édition, qui se tiendra du 19 au 21 septembre prochains, Art O’Clock reprend ses quartiers au cœur de La Défense, dans le bâtiment emblématique du Cnit. La manifestation, qui entend être un lieu privilégié de rencontre et d’échange entre le grand public, le monde l’art contemporain et celui de l’entreprise, accueille cette année une quarantaine de galeries venues de partout en France, mais aussi de Belgique, de Corée ou encore de la Caraïbe. Une sélection «  à taille humaine  » pour une programmation exigeante, qui met en exergue une série de projets singuliers. En voici un avant-goût.

«  Plus grande, plus visible, plus ambitieuse en contenu et plus connectée à son environnement  », telles sont les visées affichées par Art O’Clock 2013. Si elle double en effet sa surface – en s’étendant sur 2 800 m2 – et passe de 25 galeries participantes à 37, la dynamique jeune foire d’art contemporain n’entend pas pour autant entrer dans une course au nombre d’exposants  : «  Nous n’avons pas la pression d’actionnaires qui nous imposent de la rentabilité, rappelait Matthieu Dubuc, co-fondateur de la manifestation avec Cyril Schlesser, lors d’un entretien en mai dernier. Nous voulons faire grandir la foire harmonieusement, en respectant des principes de choix artistiques et d’événementiel qui servent à la fois les entreprises partenaires et les galeries.  »

Qu’elle s’appuie sur l’emblématique établissement parisien de Baudouin Lebon, déjà présent l’an dernier, ou sur la toute jeune galerie Nicole Evin, basée à Mérignies, village du nord de la France, et à découvrir au sein d’un espace «  Emergence  » dédié à une nouvelle génération de galeristes, la sélection se veut représentative de la scène actuelle de la création française comme étrangère. Quatre focus thématiques – chacun se matérialisant par une surface d’exposition agrandie – ont été déterminés et témoignent de l’éclectisme comme de l’esprit de curiosité caractérisant la programmation. L’un d’eux est le fruit d’un travail mené par la galerie Talmart, depuis plus d’un an, au côté du collectif tunisien Politiques. «  Je ne voulais pas participer de manière neutre, je voulais vraiment proposer un projet très précis, un concept  », explique Marc Monsallier, directeur de la galerie parisienne. Les premiers échanges datent de 2011. «  Je suis allé leur rendre visite, après la révolution, et leurs travaux m’ont vraiment passionné.  » Photographie, peinture, dessin, céramique et vidéo sont les modes d’expression de ce groupe constitué d’une quinzaine d’artistes tunisiens, mais aussi français, sénégalais et palestiniens, tour à tour invités à faire un bout de chemin avec le collectif. «  Tous partagent une forme d’affinité, d’engagement plastique, une exigence qui confèrent à l’ensemble une réelle cohérence.  » Sept artistes, dont cinq Tunisiens – Nidhal Chamekh, Ymène Chétouane, Maher Gnaoui, Malek Gnaoui et ismaël –, le Français Matthieu Boucherit et le Palestinien Shadi Alzaqzouq seront représentés à Art O’Clock. «  Ils ont en commun un lien avec Politiques, soit par le présent, soit par le passé.  » La plupart des pièces présentées ont été spécifiquement pensées pour la manifestation parisienne.

Ymène Chétouane, courtesy galerie Talmart
Reality, céramique et peinture, Ymène Chétouane, 2012
Le rendez-vous de La Défense sera aussi l’occasion de mieux connaître Uprising Art, qui rassemble un portail d’information, une revue en ligne d’actualité et une galerie virtuelle dédiés à la promotion des artistes de la Caraïbe, «  une région qui reste mal connue, en tout cas pour son domaine artistique  », explique Claire Richer, l’initiatrice du projet amorcé en décembre 2011. «  Compte tenu de l’éloignement géographique de cette région des grandes capitales culturelles, et de l’éclatement de cette multitude d’îles qui ont chacune leur spécificité, Internet nous a semblé être un bon support et un bon moyen pour à la fois regrouper en un même lieu l’ensemble de l’offre artistique et toucher un public le plus large possible.  » Uprising présente à Paris les travaux picturaux, photographiques et de dessin de sept artistes d’origine cubaine*, ceux du peintre et sculpteur haïtien Edouard Duval-Carrié et les toiles de la Dominicaine installée en Martinique, Luz Severino. «  Cuba a des artistes plutôt en vogue, avec une école d’art très technique, très à la pointe, et notre sélection pour Art O’Clock s’en ressent.  » Cette participation à la foire parisienne est une première pour la jeune entreprise dont l’objectif, en attendant d’avoir un espace «  en dur  », est de «  prendre la parole et de montrer physiquement des œuvres ».

C’est une expérience inédite également qui sera menée sur le large stand de Photo District Marais, communauté de galerie centrées sur la photo – toutes installées non loin de la Maison européenne de la photographie –, créée en février 2012 et réunissant aujourd’hui Basia Embiricos, Photo 12 et la galerie Binôme. «  Notre participation commune à Art O’Clock est quelque chose de très fort, note ainsi Valérie Cazin, directrice de cette dernière, puisque pour la première fois nous faisons disparaître nos identités individuelles. Sur un seul stand, on mélange nos artistes et on rend commune une activité qui est en général très personnelle.  » La sélection proposée s’appuie sur une vision transversale des trois catalogues, qui ont chacun une identité, un fil rouge propre – «  C’est pour cela aussi qu’on s’entend bien  : on ne s’est jamais senties concurrentes mais complémentaires  !  » – et développe plusieurs thèmes  : l’architecture, le paysage et l’urbain. Mustapha Azeroual, Muriel Bordier, Laurent Cammal, Clark & Pougnaud, Marc Harrold ou encore Christopher Thomas sont parmi la dizaine de photographes mis en avant pendant la foire.* Adrián Fernández, Kcho, Ibrahim Miranda, Frank Mujica, René Peña, Mabel Poblet et Niels Reyes.

M. Chat, courtesy galerie Berthéas-Les Tournesols
Je te vois, M. Chat
Rebelote pour Olivier Waltman

«  Quand on croit à un événement, il faut le soutenir dans la durée, en tout cas plus qu’une seule fois  », souligne le galeriste parisien Olivier Waltman, séduit dès l’année dernière par le concept «  un peu différent, tourné vers le monde de l’entreprise  » proposé par Art O’Clock. «  L’idée étant de ne pas forcément attendre que ses acteurs viennent à nous, galeries. C’est une démarche que j’ai trouvée assez originale, novatrice et décomplexée. Le format modeste de la foire permettant par ailleurs un contact plus humain avec le public.  » Des photographies du Français Jean-Pierre Attal et du jeune Catalan Aleix Plademunt – témoignant respectivement d’un travail sur le groupe humain, la notion d’identité, et d’un regard critique sur notre monde – côtoieront sur le stand de la galerie plusieurs pièces de design signées NoArt, dont le prototype d’une toute nouvelle installation lumineuse intitulée Drum. Le peintre britannique Jonathan Huxley et le plasticien d’origine cubaine Jorge Enrique seront également évoqués.

Jean-Louis Sarrans, courtesy galerie Binôme
La Voie Lactée – L’hiver, Jean-Louis Sarrans
Enfin, l’univers du grafitti bénéficiera d’un éclairage particulier à travers le Grafitti Group Show composé par la galerie stéphanoise et vichyssoise Berthéas-Les Tournesols avec la complicité de Quik, M. Chat, JonOne, Psyckoze, Benjamin SPaRK, Miss.Tic, Speedy Graphito et Zalez. Des graffeurs internationalement reconnus, sinon emblématiques, comme des jeunes talents que Yann Berthéas «  défend depuis des années  ». Plusieurs d’entre eux seront présents durant la foire, certains interviendront dans le cadre de performances. «  Les pièces présentées sont pratiquement toutes des œuvres inédites, précise le galeriste. Même M. Chat a travaillé une thématique particulière pour la foire, a priori sur la ville de Paris.  »

Outre ces quatre focus singuliers, plusieurs temps forts ponctueront les trois jours. Le vendredi 20 septembre sera dédié à l’« Art de la démocratie » et aux fondations d’entreprise, en partenariat avec la Fondation de France et Radio Nova, qui diffusera une émission en direct depuis le Cnit. La soirée sera l’occasion de tables rondes réunissant les principales fondations d’entreprise soutenant l’art contemporain, afin d’échanger sur l’enjeu de leur action au sein de la société civile. L’une d’elle sera consacrée à une ambitieuse initiative de la Fondation de France : celle des Nouveaux commanditaires, qui permet à des citoyens d’être à l’origine d’une commande faite à un artiste contemporain. Tout un programme qui promet bien du plaisir  !

Aleix Plademunt, courtesy galerie Olivier Waltman
Espectadores, Aleix Plademunt
Nathalie Béreau en attente d’alchimie

Directrice de la galerie nomade éponyme – basée à Chinon –, Nathalie Béreau voit Art O’Clock – à laquelle elle participe pour la première fois – et son lieu d’implantation comme «  peut-être l’occasion de stimuler les entreprises de La Défense  » en vue d’une action avec des artistes et des galeries contemporains. «  Beaucoup de sociétés de grande envergure agissent déjà à travers des fondations, mais il reste encore beaucoup à faire pour décomplexer le mécénat d’entreprise vis-à-vis des jeunes artistes.  » Elle présentera pour l’occasion le travail de gravure de Muriel Moreau, ainsi que des sculptures d’Isabelle Tournoud et de Béatrice Arthus-Bertrand. Trois démarches différentes mais partageant un questionnement relatif au rapport de l’homme à la nature et à son environnement. «  J’ai réfléchi à un ensemble qui soit stimulant pour le visiteur – trois jours, c’est court ! Un stand, c’est comme une exposition, il faut parvenir à créer sa propre histoire, avoir envie de la raconter aux visiteurs, aux collectionneurs  ; c’est donc une alchimie qui se crée.  »

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