Art is Hope 2015 – Les artistes s’engagent contre le sida

Lutter contre le sida demeure une cause. Pour ceux qui pensent que le VIH n’est plus un réel danger, rappelons que la France compte chaque année quelque 7 000 nouvelles contaminations et que plusieurs dizaines de milliers de personnes ignorent encore qu’elles sont infectées par ce virus. Pour la deuxième année consécutive, la maison de vente aux enchères parisienne Piasa accueille Art is Hope, une exposition-vente en faveur de l’association Aides. 120 œuvres ont été généreusement données par des artistes de 25 nationalités différentes. Le fonds de dotation Link, qui est à l’origine de cet événement, organise également un dîner de soutien, ce soir, qui réunira nombre de professionnels de l’art et de collectionneurs. A l’occasion de cette sixième édition, ArtsHebdoMédias a rencontré son organisateur, René-Julien Praz.

ArtsHebdoMédias. – Parlez-nous de l’édition 2015 d’Art is Hope.

René-Julien Praz. – Pour les précédentes éditions, j’avais majoritairement sélectionné des artistes issus des scènes américaines, anglaises et allemandes. L’an dernier, l’accent avait été mis sur ceux de Los Angeles et de New York. En 2015, c’est la scène émergente française qui est à l’honneur. J’ai été très heureux de constater qu’il y a ici une énergie et une créativité incroyables. Je dois faire mon mea culpa si j’ose dire car, spécialiste de la création née outre-Atlantique, j’ai toujours un peu délaissé celle de l’Hexagone et en particulier celle de Paris. Mais récemment, j’ai découvert un nombre d’artistes conséquent aux capacités créatives aussi intéressantes et puissantes que celles de leurs collègues américains. Il faut donc les défendre et faire en sorte que les collectionneurs jouent également le jeu.

Quelques exemples d’artistes sélectionnés…

Citons, Raphaël Barontini, qui met sa peinture au service d’un discours engagé, poétique et audacieux. C’est un travail sur l’ouverture, le métissage, la créolisation  ; d’une réelle acuité face à notre quotidien. Il y a également Benjamin Renoux et ses œuvres hybrides qui questionnent notre rapport à l’image, à l’identité et au temps qui passe. Laurent Pernot compte également parmi mes coups de cœur, un poète à l’état pur. Son travail autour des notions de visible et d’invisible est vraiment étonnant, toujours juste. Celui de Florian Bézu est totalement innovant et inattendu. Même si je le connais depuis plus longtemps, je terminerai cette petite sélection de garçons par Fabien Mérelle. Je défends son œuvre depuis plusieurs années maintenant. La maturité, la maîtrise, l’humour, l’absurdité et, parfois, la cruauté de son dessin nous plongent dans un monde où le rêve côtoie le cauchemar. Côté filles, je ne résiste pas à Giulia Andreani, ses dessins, son toucher et son expression.

Il y a un peu moins de pièces à la vente pour cette édition que pour celle de l’an dernier.

Effectivement. J’ai volontairement limité leur nombre. Nous sommes passés de 140 à 120. Il faut avoir le souci de la rentabilité de l’action. Même si les artistes ont la générosité d’offrir une œuvre, les frais existent  : transports, encadrements, assurances, personnel pour gérer le montage, le décrochage… Il faut donc faire attention à ne pas trop dépenser pour être en capacité d’offrir un maximum d’argent à l’association Aides. Les prix cette année vont de 500 à 10 000 euros. Leur moyenne reste donc modeste. Nous ne sommes pas aux Etats-Unis où certaines ventes de charité proposent des œuvres à plusieurs centaines de milliers de dollars  !

Giulia Andreani courtesy Art is Hope
La souris, Giulia Andreani, 2013
Raphaël Barontini courtesy Art is Hope
Flag Mask, Raphaël Barontini, 2013

Le dîner de soutien Link pour Aides est l’autre événement que vous organisez en faveur de l’association. Avec Art is Hope, combien avez-vous réussi à donner à Aides l’an dernier  ?

Le dîner est une autre source de revenus et aussi de dépenses. Cet événement et Art is Hope ont le même objectif  : lever des fonds pour Aides, qui lutte contre le sida. En 2014, les deux opérations ont contribué aux actions de l’association à hauteur de 600 000 euros. A titre personnel, l’organisation de l’ensemble me mobilise dix mois par an. Faire participer à une telle initiative n’est pas naturel en France. Il faut beaucoup communiquer, échanger, convaincre. C’est difficile de trouver des bonnes volontés pour recueillir de l’argent. Par ailleurs, même si les incitations fiscales existent, elles demeurent encore trop modestes. Ayant eu la chance de vivre dans des pays anglo-saxons, je pense y avoir acquis cette culture du don. J’aimerais la partager et convaincre tout le monde que c’est formidable de ne pas avoir l’air de perdre sa vie à la gagner.

A quoi sert cet argent  ?

En France, les pouvoirs publics sont en sérieux retrait pour ce qui concerne l’information sur les risques liés au sida et aussi pour ce qui est du test rapide au VIH. Ces manquements ont obligé les associations à prendre le relais sur l’information, la prévention et la détection. L’argent que nous collectons pour Aides permet de mener des actions dans chacun de ces domaines. De nombreuses informations à ce sujet sont disponibles sur son site (www.aides.org). Même si les dernières déclarations de la ministre de la Santé vont dans le bon sens et augurent peut-être de quelques avancées, cette année encore les sommes recueillies seront utilisées pour informer, prévenir et détecter.

Envisagez-vous des actions avec d’autres associations  ?

Nous avons des projets. Aides a des relais à l’étranger tant en Europe, qu’en Afrique et, de mon côté, j’ai tissé des liens avec des associations à New York et à Los Angeles. Il est donc possible que, dans les prochaines années, nous soyons en mesure d’officialiser ces liens. Ensuite seulement, nous pourrons imaginer des opérations conjointes. C’est dans cette idée, que j’ai demandé à Stewart Shining, le président d’Acria – importante ONG consacrée à la lutte contre le sida installée à New York – de compter parmi les invités d’honneur du dîner de soutien Link pour Aides. Ce très réputé photographe de mode est également aussi l’un des administrateurs de la Fondation Mapplethorpe. Il est un relais extraordinaire outre-Atlantique.

Quelques mots sur ce qui se passera l’an prochain  ?

L’appellation «  Art is Hope  » a si bien été adoptée par la communauté artistique, en France comme en dehors des frontières, que l’an prochain nous réunirons les deux événements sous ce même nom. L’exposition-vente et le dîner auront alors pour ambition de mobiliser l’ensemble des partenaires acteurs du monde de l’art, tant hexagonaux qu’étrangers, à l’image du dîner de la mode présidé par Pierre Bergé, qui lui aussi lève des fonds pour la lutte contre le sida. Il nous a semblé important, étant donné l’intérêt des artistes pour cette cause, de réfléchir à une seule et unique opération qui serait également l’occasion de rendre hommage à la création contemporaine. Elle aura toujours lieu en décembre, mais un peu plus tard. Une décision prise pour cesser de nous priver des nombreux artistes et collectionneurs qui se rendent chaque année à Art Basel Miami. Sans oublier ceux qui souhaitent être aux Etats-Unis pour Thanksgiving  ! Art is Hope sera donc repoussé d’une semaine pour débuter autour du 12 décembre. J’aimerais signaler, par ailleurs, qu’il me paraît important que ces événements soient aussi l’occasion de mettre en avant la création contemporaine. Dès cette année, plusieurs artistes sont invités d’honneur  : Eva & Adele, Farah Atassi et Tatiana Trouvé.

Pour consulter le catalogue de la vente, cliquez  !

Fabien Mérelle courtesy Art is Hope
Murmuration (étude), Fabien Mérelle, 2015

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