Bruce Clarke à Paris – Tout le monde a peur

Plus que quelques jours pour profiter de Who’s Afraid au musée des Arts derniers à Paris. Bruce Clarke y présente ses œuvres les plus récentes.

Who’s afraid  ? Qui a peur  ? Le boxeur aux gants rouges  ? L’adversaire qu’on lui devine  ? Nous  ? Bruce Clarke interpelle à coup de mots et de pinceaux. Sa peinture fonctionne comme un documentaire que l’on aurait déconstruit. Des personnages au regard pénétrant nous font face, d’autres nous ignorent. Les scènes se succèdent comme autant de morceaux d’actualité. Elles évoquent la tension de chaque catastrophe ou conflit vécu depuis des décennies par une Afrique aux plaies multiples. Ces visages graves, résignés ou révoltés, ne scrutent plus aucun horizon. La guerre, la famine, l’Apartheid… débordent des toiles de l’artiste qui nous invite à une plongée dans l’histoire contemporaine du continent noir. Ses parents, originaires d’Afrique du Sud, s’installent à Londres peu avant sa naissance. C’est aux Beaux-Arts de l’université de Leeds, dans les années 1980, qu’il s’initie au mouvement Art & Language animé par Michael Baldwin, David Bainbridge, Terry Atkinson et Harold Hurrell. Si les membres du groupe ont mis le langage au cœur de leur démarche artistique, c’est qu’ils le tiennent pour fondateur dans la construction des idées et des concepts. Ils répertorient et dissèquent les différentes définitions de l’art, analysent les mots qui apparaissent, disparaissent ou perdurent, jusqu’à déclarer qu’une hiérarchie existe entre eux. Bruce Clarke, lui, travaille avec les mots des journalistes. Installé en France, il expose pour la première fois en 1989. Résolument ancrée dans un courant de figuration critique, sa recherche plastique dénonce les appareils de pouvoir et toutes les formes d’injustice. L’artiste découpe les journaux, colle sur la toile des bribes de phrase et peint à l’aquarelle ses sujets. Les titres des œuvres reprennent l’expression la plus mise en valeur par la composition  : Le Koweït remercie les Nations Unies, La mémoire et ses ombres, Le goût du pain… Engagé dans la lutte contre l’Apartheid en Afrique du Sud, il participe activement à la mobilisation de l’opinion publique française contre le régime et, parallèlement, suit l’évolution de la guerre au Rwanda. Un reportage photo dans le pays, quelques semaines après le génocide des Tutsis, le confronte à l’horreur. Afrique du Sud, Rwanda mais aussi Libéria ou Palestine  : l’artiste témoigne. «  Il n’y a pas chez lui de volonté de retourner au sujet purement “esthétique”, mais au contraire celui d’allier l’individu et l’Histoire pour remonter aux racines même de l’inspiration, de la vie, du politique, de l’art  », déclare Olivier Sultan, directeur du musée des Arts derniers qui présente actuellement cinquante œuvres récentes de l’artiste. Pilier de la galerie, il fait partie de ceux qui y exposent depuis sa création en 2001. « Je venais de rentrer du Zimbabwe et Bruce participait à une exposition collective. Je lui ai proposé de faire partie de l’aventure et cela fait désormais dix ans. J’aime sa manière d’apprivoiser les sujets et celle qu’il a d’utiliser le collage et l’aquarelle en fines couches.  » L’œuvre de Bruce Clarke ne vaut pas seulement par son engagement mais aussi par ses qualités plastiques et esthétiques. Si le cru 2011 s’éloigne du politique, il n’en reste pas moins un observatoire des préoccupations humaines, une réflexion sur l’homme et ses combats. Who’s afraid  ? Tout le monde.[[double-v220:1,2]]

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