Sur les traces de Brassaï – Flâneurs de nuit, arpenteurs du temps

 

A l’occasion de la sortie de la biographie de Brassaï, photographe, mais aussi dessinateur, peintre, sculpteur et écrivain français d’origine hongroise du siècle dernier, et dans le cadre du Mois de la photo off, la galerie parisienne le 6, Mandel accueille une exposition inédite et passionnante. Imaginée selon une idée originale de Serge Sanchez, auteur du livre Brassaï, Le promeneur de nuit, et en collaboration avec la galeriste chinonaise Nathalie Béreau, l’exposition rassemble deux plasticiens, dont Serge Sanchez lui-même, et cinq photographes contemporains. L’œuvre d’Emile Savitry, disparu en 1967, vingt ans avant Brassaï, est associée à l’événement avec trois photographies dont un portrait de son illustre aîné. A l’image de cet insatiable curieux et flâneur, qui arpentait notamment le Paris des années trente aux plus belles heures de la nuit, chaque artiste présent nous convie à le suivre au gré de sa propre balade créative, à partager quelques instants de son cheminement intérieur. Tous, à leur manière, sont conteurs. Ils racontent le monde et ses coulisses, font des petits riens du quotidien les héros d’une histoire sans fin, sans cesse renouvelée, qui est celle de chacun et de tous. Au fil de ses promenades, Florent Chopin recueille ainsi dans les bois comme sur les étals des brocantes les vestiges d’une vie animale, végétale ou humaine, objets multiples et témoins d’existences diverses et parfois révolues, qu’il assemble en d’étonnants collages venant titiller notre imaginaire particulier et collectif. 

Didier Gaillard puise pour sa part dans sa maîtrise subtile de la photographie et de la peinture les moyens de dérouter les sens, de perturber l’appréhension que le spectateur peut avoir de ces deux arts. Entremêlant l’un avec l’autre, il propose une lecture renouvelée de la nature morte, matrice inédite de paysages en devenir. Reporter de presse, puis photographe indépendant, Serge Hambourg s’est fait le témoin de nombre d’événements phares de nos sociétés depuis une soixantaine d’années. Il dévoile ici, à travers quelques prises de vue en noir et blanc, l’intimité de l’atelier de Brassaï saisie avec finesse et simplicité au lendemain de la mort du maître. Inlassable traqueur de signes et de traces, Dominique Marchès est lui aussi un promeneur, un glaneur pour qui un fragment de paysage, urbain ou bucolique, familier ou prélevé dans une contrée lointaine est l’occasion de lire et d’écrire du bout de l’objectif une nouvelle histoire, tendre ou drôle, mais toujours empreinte de poésie. Muriel Pierrot présente quant à elle des travaux inspirés par un séjour à Lasi, en Roumanie. Essentiellement consacrée au quotidien des étudiants de la cité universitaire de la ville, cette série en noir et blanc fut également pour elle une manière de retrouver la «  magie  » du développement du négatif, «  disparue avec la généralisation du numérique  ».

Didier Gaillard
Sans titre #8, image 14,5 x 12 cm, tirage argentique, Didier Gaillard, 2000-2010

Empruntant peut-être au surréalisme son ton pour le moins décalé et provocateur, Alain Prillard détourne les conventions, interroge au travers de ses travaux picturaux et photographiques le sens de l’image et de l’écrit, indissociables et indispensables éléments d’analyse, et parfois de compréhension, de la marche du monde. Journaliste et écrivain, Serge Sanchez aime également, et depuis longtemps, s’exprimer par le biais des arts plastiques. Peinture et collages sont pour lui «  une passion, ou une pulsion, de jeunesse  », sa «  première vocation  ». Il offre ici aux regards une série de bas-reliefs sur bois, assemblages singuliers sublimant avec force et simplicité tous ces détails qui nourrissent le quotidien. Un bien beau voyage à la frontière du réel et de l’imaginaire, territoire fertile et généreux où chacun d’entre nous évolue selon sa propre singularité.

Muriel Pierrot
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