Ayats et Oriach à Perpignan – Couleurs et sentiments

Le centre d’art perpignanais A cent mètres du centre du monde présente actuellement deux expositions  : Bleu de Georges Ayats et Cartographie picturale de Xavier Oriach. Deux univers proposés côte à côte, qui se transforment en une aventure pour le regard. Jusqu’au 23 mars.

Difficile de savoir ce que l’on ressent vraiment à voir se côtoyer ces deux manifestations de la peinture. D’un côté, un travail millimétré issu d’une science des couleurs et de la lumière, de l’autre une chair picturale qui traverse le XXe siècle pour s’immiscer sans heurts, mais avec force, dans l’espace artistique contemporain. Deux expositions, deux visions, deux pratiques  : Bleu de Georges Ayats et Cartographie picturale de Xavier Oriach. Chacune sur un versant et toutes deux passionnantes. Autant dire qu’il ne faut pas hésiter à faire le voyage. A regarder l’une et revenir s’imprégner de l’autre. Le saut entre elles est vertigineux et il faut le mesurer avec précision pour apprécier la pertinence de cette réunion au centre d’art perpignanais A cent mètres du centre du monde.

Georges Ayats
Perspective Bleue I, Georges Ayats, 1970

Bleu de Georges Ayats

Georges Ayats est un peintre de la couleur. Elle est le sujet et l’objet de sa recherche. Inutile d’insister sur les formes géométriques minutieusement peintes, à l’écouter elles ne sont pas l’essentiel de la toile. «  La géométrie est pour moi une grille dans laquelle la couleur se déplace  »*, explique-t-il. Pourtant, ce sont elles qui captent le regard et le canalise. La rigueur de leur précision vient buter sur les sentiments qui naissent de la profondeur des teintes. L’artiste sait tout de ce que la science nous apprend de la couleur et de la lumière. Il ne s’agit pas là d’une tournure littéraire mais bien d’un savoir et d’un geste. Comme certains possèdent l’oreille absolue, il semble que Georges Ayats soit doué d’un œil capable de voir l’invisible, si aiguisé qu’il perçoit la moindre vibration. Il déploie des champs chromatiques qui se répondent de toile en toile. Savoir qu’il a débuté aux Beaux-Arts dans l’atelier de Roger Chapelain-Midy – et avec lui, réalisé des décors pour l’opéra Garnier – et que sa peinture a été étudiée dans le laboratoire de colorimétrie du Louvre, indique que l’artiste est un phénomène. «  L’originalité de son œuvre, c’est d’avoir fait de la couleur, dans toute l’étendue de ses possibilités, une matière organisée, d’en avoir extrait des structures évolutives parfaitement manipulables intellectuellement et d’avoir fait de ce traitement rationnel de la couleur une source d’émotions et de libertés. Processus mental, émotion devant la nature, méditation et observation, développement rationnel et reconstruction mentale, son œuvre est tout cela à la fois  », écrit Christophe Duvivier, directeur des Musées de Pontoise. Rien à ajouter.

Georges Ayats
Perspective Bleue II, Georges Ayats, 1970
Georges Ayats
Triptyque Bleu 3, Georges Ayats, 2013

Cartographie picturale de Xavier Oriach

« Je ne fais pas une peinture avec des doctrines. Je m’efforce de peindre comme un jardinier harmonise son jardin, comme un paysan normand ordonne ses rangées de silex avec sagesse.  » Toutes les citations du monde, même les mieux choisies, ne permettront jamais d’apercevoir la peinture quand celle-ci vit au-delà du pinceau qui l’a vu naître. Cartographie picturale est une rétrospective, la plus complète de son œuvre, explique Xavier Oriach. Plusieurs dizaines de toiles témoignent de l’évolution de cette dernière de 1947 – le peintre avait 20 ans et était alors aux Beaux-Arts de Valence, en Espagne – à nos jours. Au fil des œuvres, le visiteur voit l’artiste intégrer le groupe valencien d’avant-garde Z, arriver à Paris en 1951, rencontrer Tàpies, entre autres, partir à la recherche de la forme, faire la connaissance de la galeriste parisienne Nane Stern, passer du paysage aux bateaux, aux animaux et aussi s’attaquer à la bête du Gévaudan  ! Cette expéditive et aléatoire succession de faits ne peut être qu’une incitation à en savoir plus. L’œuvre de Xavier Oriach enchante. L’esprit formé à l’histoire occidentale de la peinture y navigue sans avoir besoin de boussole. Il fraye en eaux limpides et ne se sent pas obligé de répondre aux sempiternelles questions de sens. Il se laisse abîmer dans la matière, accoste à une forme et s’ancre à une couleur. La lumière est affaire d’intimité. Elle vient de l’intérieur. Quel plaisir cette traversée  ! «  J’aime le métier de peintre  », affirme Xavier Oriach. Impossible d’en douter.

* Propos extraits de la vidéo réalisé par Patrick Noël pour l’exposition.

Xavier Oriach
Bête de Gévaudan, Xavier Oriach, 2013

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