Miles Hall – La douceur à l’état brut

Miles Hall courtesy Ray Hughes gallery

« Donner une durée et une singularité aux formes par la modification du support, de l’échelle et de la matérialité afin d’élargir les conditions de perception ». Tel est l’objectif poursuivi par l’Australien Miles Hall, à travers une démarche picturale abstraite tout entière vouée au dialogue entre matière et support, qu’il « manipule » avec subtilité et adresse.

Sensible à la dimension industrielle de certains matériaux, l’artiste affectionne particulièrement ceux qui offrent à la fois un aspect brut, authentique et malléable ; la seule préparation du support fait déjà partie de l’œuvre en gestation. Le choix du médium, lui, est essentiel, responsable de la profondeur et de la stabilité de l’œuvre. S’il vient, lors d’une récente exposition à Sydney, de faire un détour par la toile, Miles Hall reste très attiré par les qualités et le potentiel de l’aluminium, matériau capable d’assumer un bain de couleur, tout en restant garant de la force et de la justesse du dessin ; matériau qu’il exploite selon divers formats allant jusqu’à des formes oblongues quelque peu insolites. Il aime aussi jouer de la dense tendreté du fusain et troubler sa surface froide de sombres volutes et aplats « qui la rendent intéressante et vivante ».

Le papier de verre, autre complice atypique, lui permet une approche encore différente grâce à une peinture à base d’huile organique. Un médium qui vient avec élégance épouser la surface industrielle, initiant un nouvel échange entre le granuleux et l’âpreté de la surface destinée à accueillir le dessin.

Atypique aussi cette technique du « bain », qui consiste à plonger le bas de ses œuvres dans des bacs de couleur. Il en résulte des aplats vifs, nets et lisses, qui viennent confronter la dynamique obscure et mystérieuse des coups de fusain. Le bain, c’est en quelque sorte un moyen de recadrer l’image, « un peu comme avec Photoshop », mais c’est aussi une technique onéreuse. Quand son budget ne lui permet pas d’acquérir suffisamment de peinture pour produire une série homogène, il intitule celle-ci Poverty Lines, métaphore des difficultés économiques bien souvent inhérentes à la condition d’artiste.

Miles Hall affirme ne pas savoir à l’avance ce qu’il va dessiner. Il décrit son dessin comme un être « impulsif » ; en confiance, il se laisse guider par sa main qui caresse le papier, apprivoise la matière et danse au rythme du pinceau ou du fusain. Les tracés se croisent, s’affrontent, se dérobent et reviennent à la charge, abandonnant çà et là d’indéfectibles traces de leur histoire comme de l’intimité de leur auteur. L’artiste dit tenter de « mettre en valeur la réalité physique et tactile de l’œuvre ». C’est elle qui devra prendre le relais et se faire passeuse, conteuse d’un récit dont elle détient les clés, « donnant à voir ce qui la met au jour ».

Le peintre aime aussi ponctuer sa démarche créatrice et exploratoire de temps de réflexion et de lecture, une façon pour lui de confirmer le bien-fondé de la direction suivie mais également de poser des limites à son travail, sans lesquelles, selon lui, l’art s’éparpille et se permet trop d’illégalités. Admirateur de Rothko, pour la tension et le jeu entrepris entre la figure et le fond, comme de Goya, Miles Hall dit simplement mais fermement chercher à rester fidèle au caractère informel de l’art pour ne pas risquer de ternir l’imagination.

Miles Hall courtesy Ray Hughes gallery
Norton P150 #3, huile sur papier de verre Norton, Miles Hall, 2007

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