Le Cabinet d’amateur – Les joyeuses commères de la Forge Royale

En ces temps de nomadisme planétaire où les passions s’échauffent, le climat aidant, où la tentation de repli sur soi et la peur de l’Autre se mettent en ménage, où la bannière des Croyants flotte le plus souvent au vent de l’intolérance et que des colporteurs nous vantent les valeurs éternelles de notre modeste Hexagone pour mieux vendre leur élixir à votation. Où d’aucuns nous prédisent d’insupportables invasions venues du sud de la Méditerranée, où, enfin, beaucoup s’affolent au vent du changement au lieu de fêter la conquête d’une liberté et d’une dignité retrouvées, trois joyeuses commères décochent leurs flèches avec une belle liberté. Pour emprunter des chemins différents, elles ont en commun ce ton effronté et libertaire qui sied à de sales gamines qui se moquent allègrement de leur alter ego masculin et en oublient surtout de se prendre au sérieux.

Cathy Burghi, Dominique Cozette et Céline Guichard nous parlent avec une belle tendresse teintée d’ironie, d’elles, de l’amour, du sexe, à peine des hommes sinon de façon allusive au détour d’une phrase inscrite sur fond de tableau : « La jouissance des femmes fait peur ; Je n’ouvre pas le dimanche, reviens lundi »… La transgression, le rêve, le fantasme leur appartiennent. Emouvantes ou grotesques, parfois femmes anthropomorphes, mi-animal, mi-végétal, toutes témoignent de cette légèreté d’être qu’autorisent l’humour et l’autodérision. Mais sous l’anecdote apparente percent la gravité du propos : les rapports conflictuels, les malentendus, les angoisses existentielles ou la confusion des sentiments. Références littéraires ou picturales, expériences personnelles et enracinement profond émaillent ces diables de tableaux qui appellent au sourire. Et ce n’est pas une des moindres qualités de l’exposition que d’avoir su ou eu l’intuition de réunir ces trois artistes qu’un même esprit rassemble et qui dévident à l’unisson leur pelote, tel l’écheveau du temps, telles d’aimables femmes au foyer, mais dont le fil nous entraîne dans un singulier dédale où l’on a envie de s’égarer.

Cathy Burghi courtesy Le Cabinet d’amateur
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