Christian Berst – Le chant des limbes

galerie Christian Berst

« Il faut avoir la foi et toujours rêver. » La voix roule doucement les « r » et le sourire est radieux. Henriette Zéphir vient de raconter son art, d’expliquer comment ses « guides », depuis 1961, dirigent sa main. Ce soir de vernissage, le galeriste est heureux. Les amateurs se pressent en nombre et pour cause… Artiste médiumnique* de 91 ans, Henriette Zéphir n’a accepté que récemment d’exposer son travail. C’est donc une figure  historique  de l’art brut que Christian Berst peut s’enorgueillir d’exposer.

Un jour, par le plus grand des hasards, le futur galeriste tombe sur un ouvrage consacré  à Adolf Wölfli, schizophrène et créateur prolixe interné pendant 35 ans. Puis il découvre les textes fondateurs de l’art brut de Jean Dubuffet. « Je n’étais pas sûr de comprendre de quoi il parlait, mais j’aimais le ton du bonhomme. » La suite du parcours s’inscrit alors comme celle d’un amateur éclairé. Christian Berst se constitue une riche bibliothèque, puis commence à  collectionner. «  Des amis vont même fonder une association et organiser des expositions dans mon bureau ! La programmation rejoignait plutôt l’art singulier, « hors les normes ». Et le public a répondu présent. »

Quand l’aventure s’arrête, la douce manie du collectionneur s’est transformée en passion éclairée. Christian Berst devient alors marchand et ouvre sa galerie en 2005. «  Depuis je travaille 6 jours sur 7 et j’écris la nuit. » Sa première exposition – « de transition  » précise-t-il – sera consacrée à Chris Hipkiss, un artiste « à la frontière de l’art brut et de l’art singulier  ».

C’est le moment de tenter de préciser cette fameuse frontière si difficile à appréhender et de revenir sur le terme « art brut », source de nombreux malentendus. « Dans l’esprit de Dubuffet, il s’agissait d’un diamant non taillé.  Après l’art des fous – je préfère d’ailleurs le terme d’altérité mentale –, et l’art des médiums, Jean Dubuffet a élargi le périmètre à «  l’homme du commun », celui qui sans avoir étudié l’art, ne peut résister à la pulsion créatrice. Le trait commun de ces artistes est le besoin de créer, pas de devenir un artiste. J’en profite pour préciser que l’art brut n’a rien de désespéré. A côtoyer ces artistes, je reçois aussi une leçon de vie. Quand je  rends visite à Josef Hofer dans l’institution où il vit, je peux rester des heures à le regarder dessiner. On se situe là aux confins de l’intime et au cœur de l’art brut, si essentiel qu’il se passe de mots. »

Comment dès lors représenter des artistes débarrassés du désir de plaire, voire de l’idée même d’exposer leur travail ? Plus que marchand, Christian Berst se veut guetteur, veilleur et accompagnateur. Il est patient. Dans ses découvertes, il lui arrive d’essuyer quelques refus. «  Bien sûr, il m’arrive d’être très déçu. Mais au fond, je crois que je suis également très heureux de voir que de telles personnes existent encore. »

Dans cet art si intimement lié à l’histoire de ceux qui l’expriment, Christian Berst voit se forger un nouvel humanisme. « On a envie de parler d’artiste naturel comme on parle d’homme naturel. L’art brut est incarné. Mon ambition est d’apporter une pierre de plus à la compréhension de ce domaine. Le propre de l’idéal étant de ne pas être atteint, je veux continuer à me poser des questions.  »  Un désir encore pour ce professionnel passionné : «  Organiser un jour une exposition Adolf Wölfli. » Et une certitude : « Je vais recentrer de plus en plus mon propos. » * Les artistes médiumniques se considèrent comme des intermédiaires. A travers eux s’expriment des forces ou des esprits. Henriette Zéphir les nomme ses « guides ».

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