Ivan Messac à Paris – Remise à plat

Parallèlement à la vaste exposition dédiée à son œuvre des dix dernières années, organisée par la Villa Tamaris à la Seyne-sur-Mer, la galerie parisienne Baudoin Lebon accueille, jusqu’au 8 mars, les récents travaux d’Ivan Messac. L’artiste poursuit ici sa réflexion plastique où s’entremêlent, plus que jamais, peinture et sculpture, qui revisitent de concert la notion de bidimensionnalité. Formes et couleurs occupent le devant de la scène ; humour et jeux de langage emplissent gaiement les coulisses.

Ivan Messac, courtesy galerie Baudoin Lebon
Roulis, gîte & tangage, aluminium peint (143 x 122 cm), Ivan Messac, 2013.

Sur le mur du fond, trois hautes silhouettes féminines se dessinent, toutes auréolées de bleu ; quelque chose de familier en émane, comme de chacune de la dizaine de pièces accrochées aux cimaises de la galerie Baudoin Lebon. Les plus attentifs reconnaîtrons Les Trois Grâces de Besnier (d’après le tableau de François Boucher), l’Hermès de Pigalle ou encore le David du Bernin. Aucun cartel pour voler au secours d’une mémoire défaillante, ou de l’amateur modestement instruit en sculpture classique – chaque sujet représenté appartient à l’histoire de l’art. Qu’importe, finalement ; ce n’est pas à une partie de devinettes à laquelle nous convie Ivan Messac, mais simplement à un moment de partage, d’écoute de résonances intemporelles, au gré de l’une des innombrables étapes de son cheminement intellectuel et artistique.

2 temps, 2D présente ainsi un extrait d’un travail entamé en 2011, après de long mois de recherches sur la matière. « La préoccupation générale, c’était de trouver un matériau pour retourner à la sculpture*, sans en avoir tous les inconvénients, comme le poids, l’encombrement ou encore la mobilité », rappelle-t-il. Les pièces, plates, sont toutes peintes sur un support en aluminium composite, découpé numériquement selon une forme suggérée par le motif. « C’est la peinture qui confère à l’œuvre son statut de sculpture ; par le biais, tout d’abord, de l’image produite et de la référence à des pièces classiques. J’ai toujours pensé, par ailleurs, que la sculpture était comme une peau, que sa surface soit polie, martelée, grumeleuse ou teintée. Au fond, c’est son apparence qui la constitue. C’est pour cela que je dis que ce qui est appliqué dessus – en l’occurrence la peinture –, participe à en faire quelque chose de sculptural… »

Ivan Messac, courtesy galerie Baudoin Lebon
Hermès a loué un costume Mongol, aluminium peint, Ivan Messac, 2013.

Chez Ivan Messac, la notion de frontière entre peinture et sculpture est nulle et non avenue. « De manière générale, c’est sans doute aussi stupide, comme débat, que celui entre l’art abstrait et l’art figuratif… Quant à moi, peut-être que l’une ne m’est pas plus nécessaire que l’autre, mais leur dialogue est une préoccupation très signifiante à mes yeux. Je n’en tire pas pour autant de conclusion. Demain, peut-être que les gens diront : “J’ai vu les tableaux d’Ivan”. Et je ne leur en voudrai pas », confie-t-il dans un sourire.
Pour développer ce pan de son travail, l’artiste a été amené à entrer dans l’univers des nouvelles technologies. « Il a fallu que j’apprenne à me servir du vectoriel pour pouvoir préparer la découpe ; c’était très intéressant », l’idée du « faire » restant essentielle. « Evidemment, se pose aussi la question du devenir, car ça pourrait tendre à une forme de procédé… Mais, je me fais confiance pour m’inventer autre chose ! » Dans l’intimité de l’atelier, il poursuit d’ailleurs actuellement une activité picturale : « Je développe des tableaux autour de l’idée de déconstruction », travaillant la couleur pour obtenir des effets de profondeur, d’espace et se rapprocher ainsi d’une tridimensionnalité. « Ce type de jeu me suffit à continuer à travailler. »

* Au début des années 2000, Ivan Messac doit renoncer à l’utilisation de matériaux lourds, dont son épaule a souffert. Il renoue dès lors peu à peu avec la peinture.

Histoires de titres

Ivan Messac, courtesy galerie Baudoin Lebon
A Nîmes on a bonne mine, aluminium peint (144 x 148 cm), Ivan Messac, 2013.

A Nîmes on a bonne mineHermès a loué un costume de MongolPlutôt fronder que d’être berné, sont quelques-uns des titres à l’intrigante fantaisie, consignés – absence de cartels oblige –, dans un livret mis à la disposition du visiteur. Tous sont le fruit de jeux de correspondances et de langage dont seul Ivan Messac a le secret. « Cela m’amuse, m’évite de me prendre trop au sérieux, mais le titre n’indique rien quant au sens de la sculpture elle-même, il nous raconte une autre histoire », précise-t-il. « Neptune, par exemple, m’a fait penser au mot thune, mais aussi à un grand tableau sur le thème de la pêche de Salvador Dali ; c’est devenu La pêche aux Thunes. Les deux personnages de Canova – Cupidon et Psyché – ont quelque chose de tendre, mais surtout de mièvre, il faut bien le reconnaître ; les couleurs aidant, soit le vert et le violet, ils sont devenus Aubergine et Cornichon ! »

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