Jean-François Spricigo – « Qui sait si l’âme des bêtes va en bas ? »

Les bêtes ont un nouvel ami : Jean-François Spricigo, à qui l’Académie des beaux-arts vient de décerner le Prix de photographie 2009 pour une série d’une cinquantaine d’images en noir et blanc, réalisées au cours d’une année de recherches et de promenades nocturnes en France. Ce n’est pas un candide jeu de mots, si le jeune photographe belge a baptisé cette exposition « Anima » – l’âme en latin, souffle, vie. Ni si l’anima désigne, dans la psychologie de Carl Gustav Jung, l’archétype féminin chez l’homme, « qu’il dissimule aux autres et à lui-même et dont l’état est quelquefois déplorable », ainsi que le notait sans malice l’analyste suisse. Ne vous attendez donc pas à voir le « bestiaire photographique » d’un novice – l’artiste est représenté en galerie par Contretype à Bruxelles, Agathe Gaillard à Paris, et la Simonis Gallery à Varsovie –, encore moins à feuilleter un calendrier de la SPA visant à promouvoir l’adoption de bêtes abandonnées, traumatisées. Sans pathos ni esbroufe, Jean-François Spricigo saisit sur le vif ses face à face avec le monde animal, tantôt lumineux, tantôt obscurs, avec une belle manière que ne masquent pas les perceptions brutes et l’affect qui l’habitent. Fidèle au noir profond des terrils de son univers onirique et aux mouvements qu’accentuent les prises tremblées du cinéaste qu’il est aussi, l’artiste nous livre sa vision sans chercher à démontrer : jeux de miroir où il prend le spectateur à témoin. Sur les cimaises, chiens, chats, pigeons, mènent joyeuse sarabande, à côté d’un baudet distrait, de chèvres souriantes, de vaches et de phoques surpris, tel ce couple de léopards en pleine scène de ménage. Par-delà les intentions humaines qu’on leur prête, toutes ces bêtes, sauvages ou domestiques, nous rappellent que, sans elles, l’homme serait orphelin de lui-même. Avec élégance et tendresse, Jean-François Spricigo met son âme à nu en même temps qu’il laisse deviner que si nous faisons tous partie de la grande famille du vivant, le degré d’humanité d’une civilisation se mesure à l’aune des relations qu’elle entretient avec les animaux. Plus qu’une défense respectueuse, c’est une vraie déclaration d’amour.

Jean-François Spricigo
Sans titre, Jean-François Spricigo

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