Le chai Couly à Chinon – Mignonne, allons voir si la rose…

Valérie Belmokhtar, courtesy Nathalie Béreau

S’inspirant de la création d’une rose au nom de la ville de Chinon et du programme culturel de la municipalité placé sous le signe de la couleur, Nathalie Béreau a imaginé une exposition collective intitulée La vi(ll)e en rose. L’occasion d’une conversation inédite entre huit artistes dans un lieu atypique : le chai Couly.

Elle était la fleur d’Aphrodite chez les Grecs, de Vénus chez les Romains, et symbolise encore aujourd’hui la force du sentiment amoureux. Bien ancrée dans la symbolique et l’imaginaire collectifs, source inaltérable d’inspiration poétique et artistique, la rose n’est pas là d’abdiquer son statut de reine des fleurs. L’une de ses innombrables variétés a récemment vu le jour à Chinon, en Indre-et-Loire : créé l’année dernière pour la ville par la botaniste Elsie de Raedt, le Rosa Chinon est un rosier grimpant, aux fleurs rose clair et au feuillage vert tendre.

«  En février 2010, j’ai pu installer un de ces rosiers devant ma galerie(1), se souvient Nathalie Béreau, commissaire de l’exposition. Un an plus tard, j’ai eu envie de fêter son premier anniversaire. Dans le même temps, la direction culturelle de la municipalité avait placé son programme 2011 d’expositions sous le signe du dialogue entre création contemporaine, culture et patrimoine autour du thème “Prenez des couleurs”. J’ai alors fait le parallèle entre rose-fleur et rose-couleur et proposé l’idée de la manifestation au chai Couly. J’aime tout particulièrement travailler sur une thématique, puis la soumettre aux artistes ou réfléchir aux travaux qui pourraient s’inscrire dans son cadre. C’est stimulant intellectuellement et cela permet souvent de découvrir d’autres facettes des œuvres.  »

Huit peintres, graveurs, sculpteurs et plasticiens ont ainsi été réunis selon une sélection à la fois ciblée et très ouverte : «  C’était l’occasion d’exposer des artistes avec lesquels je commence à travailler, tels Florent Chopin et Valérie Belmokhtar, mais aussi de permettre aux amateurs et collectionneurs de “suivre” l’évolution de démarches singulières – comme celles d’Arnaud Franc et de Maryline Pomian –, appréhendées lors d’expositions antérieures. Il s’agissait, par ailleurs, de déterminer les croisements et correspondances possibles entre eux ou d’une œuvre à l’autre. Enfin, je me suis fiée à mes coups de cœur ressentis dans l’atelier à la vue d’une pièce qui s’inscrivait dans le thème, comme par enchantement !  »

Abordant avec une même curiosité la peinture, le dessin, la gravure, l’illustration, le collage ou le photomontage, Valérie Belmokhtar puise son inspiration dans l’observation de la nature, comme dans ses souvenirs d’enfance et l’intimité de ses rêveries, pour élaborer son univers onirique et poétique. Rosae, toile évoquant la robe fleurie de l’un de ses personnages féminins tout droit sortis d’un conte de fée, est l’une des pièces réalisées spécifiquement pour l’exposition.

Thierry Breton peint, lui aussi, avec autant d’aisance qu’il travaille le bronze. Le corps et le mouvement, «  révélateur de vie  », sont au cœur de ses recherches. Il y a deux ans, la terre cuite émaillée est venue enrichir son expression artistique, lui permettant notamment d’aborder plus avant la couleur. C’est avec elle qu’il a choisi de s’interroger sur le thème de la rose.

Florent Chopin, courtesy Nathalie Béreau
Lucie ou la carte des Oiseaux, assemblage matériaux divers, papier dans boîte en bois vitrée@(60 x 60 x 12 cm), Florent, 2009

A la fois plasticien et poète, Florent Chopin amasse au fil de ses balades d’improbables objets et images qu’il recycle, assemble, colle et peint en une multitude de tableaux-installations vifs et joyeux. Trois d’entre eux proposent ici au visiteur un voyage exploratoire au cœur de quotidiens oubliés, que l’artiste s’ingénie à faire ressurgir par bribes et avec force humour du tréfonds de nos mémoires.

Sur une photo en noir et blanc, un jeune Indien boit ce qui semble être un lassi(2). Debout, le regard perdu dans ses pensées, il porte, accrochée à l’une des boutonnières de sa chemise, une rose. L’imagination s’emballe, cherchant à interpréter la présence de la fleur. Cette scène de rue saisie à Jaipur par Jean-Pierre Favreau illustre de belle manière la démarche du photographe qui, depuis trente ans, observe à travers le monde l’homme dans son univers urbain, interceptant ces courts instants lors desquels un individu, en proie à un questionnement intérieur, échappe à son environnement.

Arnaud Franc poursuit sa transcription de l’âme et des émotions humaines à travers le dialogue, dynamique, complice et nécessaire, que nouent le trait et la couleur. Son dessin, dont émergent les lignes énergiques d’un corps imposant, s’intitule Château branlant, comme si la douceur du rose sur lequel évolue la silhouette venait mettre à mal la puissance du mouvement en cours.

C’est le thème de la couleur qui prévaut également dans Fearless, la gravure à l’eau-forte réalisée par Atsuko Ishii. De fait, le rose habille une jeune fille et ses rêveries, invitant le spectateur à vagabonder dans une atmosphère moins naïve qu’espiègle et malicieuse. Et à attraper au vol clins d’œil et tendres insinuations, distillés par l’artiste au fil de ses travaux.

La feuille de papier de cigarette est son matériau de prédilection. Maryline Pomian le manie avec virtuosité, jouant avec lui jusqu’à en matérialiser toute la légèreté, donnant corps à sa douce fragilité et l’extirpant de son éphémère condition. Installations, sculptures et tableaux-reliefs forment un monde d’une poésie infinie, que l’on n’ose effleurer tout en rêvant de s’y égarer.

Presque tout aussi fragiles sont les matières appréciées d’Isabelle Tournoud : monnaie du pape, graines de coquelicots, de lavande, et coquilles d’œuf sont parmi celles qui sous ses doigts prennent la forme de vêtements, chaussures et autres objets porteurs de traces, suggérant la présence révolue d’un corps dont chacun peut s’approprier l’histoire. Un travail sur le corps et la mémoire que l’artiste poursuit également à travers le dessin et dont elle propose ici un extrait d’une mystérieuse élégance.

Cet ensemble d’œuvres éclectiques est à découvrir aux portes de Chinon, dans le jeune et dynamique espace d’exposition du chai Couly. « Ma collaboration avec cette famille de viticulteurs est née de son envie de présenter de l’art contemporain dans un lieu contemporain, logique, mais important à souligner car la démarche n’est finalement pas toujours évidente, rappelle Nathalie Béreau. Cela témoigne également de l’ambition de cette petite ville d’inscrire de manière générale l’art d’aujourd’hui dans son espace public et pas seulement de montrer son patrimoine. De mon côté, après la fermeture de la galerie, je voulais continuer de montrer de l’art contemporain en “zone rurale”, en province et non uniquement à Paris.  » La Vi(ll)e en rose est la deuxième exposition organisée en 2011 en partenariat avec le chai. Un séduisant projet de Land art devrait voir le jour dès l’année prochaine.

(1) La galerie de Chinon a fermé ses portes en mars 2011 mais Nathalie Béreau poursuit ses activités de «  galeriste nomade  », organisant des expositions en Touraine et à Paris.

(2) Boisson traditionnelle indienne à base de yaourt.

Arnaud Franc, courtesy Nathalie Béreau
Château branlant, huile, aérosol, pastel gras, crayon lithographique, sur papier ?(65 x 50 cm), Arnaud Franc, 2011

Mats Bäcker pour la première fois en France

Le photographe suédois Mats Bäcker sera présenté par Nathalie Béreau en collaboration avec le 6, Mandel lors du salon Cutlog, du 20 au 23 octobre prochain à Paris. L’artiste est un habitué des coulisses des scènes musicales, théâtrales et de danse, et exposera, pour la première fois en France, une série inédite intitulée Contes de fées

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