James Rielly à Paris – Une efficacité troublante

Le cabinet Jean Bonna accueille, jusqu’au 17 juillet, les travaux de James Rielly, professeur aux Beaux-Arts. Au programme, une série de dessins abordant notamment le thème de l’enfance. L’artiste déploie un univers dans lequel les maisons ont des yeux et les gamins une taille plus haute que le clocher des églises.

C’est son tour  ! James Rielly, professeur aux Beaux-Arts de Paris, a confié 34 œuvres au Cabinet Jean Bonna, situé dans l’école. Une proposition en accord avec les habitudes de l’institution  : chaque année, elle promeut les travaux de ceux qui transmettent tous les jours leur passion aux étudiants. Dans cet espace réduit qui oblige l’artiste à sélectionner méthodiquement ses pièces, une écrasante majorité d’aquarelles sur papier est accompagnée de deux animations vidéo. De quoi pénétrer dans un univers à la fois enfantin et saisissant. Pour l’occasion, le natif du Pays de Galles propose de porter une attention particulière à l’enfance et nous plonge dans une atmosphère étrange. Des teintes douces et un traitement presque naïf des sujets donnent aux œuvres une apparence paisible. Des gamins aux yeux recouverts des couleurs de l’arc-en-ciel s’offrent à notre regard. Pourtant, plus loin, des détails viennent troubler cette apparente quiétude  : un marteau à la main, ou encore une cigarette à la bouche rappellent cruellement la finesse de la frontière entre rêve et cauchemar. Matérialisée par ce squelette juvénile, tête baissée, traînant un cartable (No Home) ou ces jeunes personnages aux regards souvent fixes, aussi innocents qu’accablants. Cette navigation entre deux eaux se manifeste également par les masques, voiles et autres draps venant couvrir tout ou partie des corps mis en scène. Des dissimulations qui nous invitent à rechercher le sens «  caché  » du message, ainsi que ses contradictions. Un aspect que l’on retrouve dans Boy with Shadow, laissant simplement apparaître un garçon nu et son ombre. L’artiste joue également de paradoxes, plaçant des enfants dans des situations habituellement réservées aux adultes – une tendance de longue date. Il s’amuse des proportions, dessine successivement une fillette s’agrippant à une jambe trop immense, puis un enfant plus grand qu’une église (A Place to Hide)  ! Le cadre de vie devient un personnage, comme cette maison représentée avec des yeux (St Cwyfan). L’artiste se plaît également à multiplier les mêmes motifs, représentant des protagonistes avec six yeux ou plusieurs paires de bras. Un procédé qui évoque l’iconographie hindouiste que James Rielly a observé lors de séjours en Inde. Ce jeu de répétition se retrouve dans une animation vidéo, exposant un garçon regardant inlassablement de droite à gauche. Enfin, la seconde animation montre en boucle deux scènes successives  : un enfant sur le dos agite ses membres, puis une mouche dans la même position répète un geste similaire. Un regard décalé au service d’une maîtrise technique, voilà le secret de l’efficacité troublante de James Rielly.

James Rielly
No Home, aquarelle sur papier@(77 x 57 cm), James Rielly, 2014
James Rielly
Three Times, aquarelle sur papier@(28 x 38 cm), James Rielly, 2014
James Rielly
Boy with Shadow, aquarelle sur papier@(76 x 56.5 cm), James Rielly, 2012
James Rielly
Small Ghost, aquarelle sur papier@(28 x 38 cm), James Rielly, 2014
James Rielly
A Place to Hide, aquarelle sur papier@(38 x 28.5 cm), James Rielly, 2014
James Rielly
Breakfast, aquarelle sur papier@(29 x 38 cm), James Rielly, 2014

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