Simon Faithfull à Calais – Sous le niveau de la mer

Explorer l’Antarctique sur les traces des pionniers du début du siècle dernier, entreprendre une marche au fond de la mer, suivre le trajet d’une chaise propulsée vers l’Espace sont quelques-uns des projets pour le moins atypiques menés par Simon Faithfull ces dix dernières années. Après avoir participé à plusieurs expositions collectives, l’artiste britannique investit le Musée des beaux-arts de Calais, jusqu’au 22 juin, pour le second épisode – le premier, Récif 1, s’est déroulé de décembre à mi-février au Frac Basse-Normandie de Caen – de sa première exposition monographique en France. Récif 2, une traversée, par ailleurs dernière étape du projet européen Time and Place, est une réflexion autour de la transformation des paysages. L’occasion de (re)découvrir une démarche originale et pluridisciplinaire mêlant dessin numérique, vidéo et installations.

Influencées par la pratique d’artistes du Land Art, à l’image notamment de feu l’Américain Robert Smithson, les œuvres de Simon Faithfull consacrent une large place aux paysages maritimes et littoraux. Des thématiques qui font largement écho à l’identité culturelle de la ville de Calais. Dans le hall du Musée des beaux-arts, l’artiste britannique choisit d’accueillir le visiteur avec Sea Level, une juxtaposition horizontale de peintures marines, piochées dans les collections anciennes de l’institution. Non loin de là, est présenté son projet le plus récent, Reef, œuvre principale de l’exposition. Là encore, la mer tient une place centrale. Au large de Wesmouth, au sud de l’Angleterre, l’artiste a fait couler un bateau et le filme en continu, grâce à des caméras sous-marines, depuis son naufrage au mois d’août dernier. Le tournage devrait durer jusqu’en juin prochain. Quelques secondes seulement auront suffi à l’embarcation pour disparaître totalement de la surface et rejoindre en silence le monde marin. Les vidéos tournées depuis permettent d’observer la vie sous-marine qui s’organise autour de l’épave, devenue récif artificiel. Dépollué avant d’entreprendre son dernier voyage, le Brioney Victoria devient le catalyseur d’un nouvel écosystème, loin du désastre écologique que son image peut évoquer. Le processus révèle ainsi l’étonnante contradiction entre un objet à l’agonie et les nouvelles formes de vie qui s’y épanouissent.

Simon Faithfull, photo Gavin Weber
REEF, Simon Faithfull, 2014
D’un récif à l’autre

En écho à l’exposition Récif2, le Musée des beaux-arts de Calais a invité le plasticien français Nicolas Floc’h en résidence jusqu’en août. A travers une pratique à mi-chemin entre sculpture et film documentaire, l’artiste s’intéresse depuis quelques années aux récifs artificiels, véritables sculptures vivantes à ses yeux, car destinés à être colonisés par la faune et la flore sous-marines. «  Dans le paysage sous-marin, il existe de véritables architectures avec leur règle d’urbanisme, souligne-t-il. (…) Couramment appelées “récifs artificiels”, ces constructions se sont développées depuis le XVIIe siècle, et particulièrement au Japon. Leurs formes sont très diverses et rappellent tantôt les habitats primitifs, tantôt des sculptures ou des architectures modernes et contemporaines. »

Nicolas Floc’h
Structure productive, récif artificiel, -24 m, Japon, Nicolas Floc’h, 2013
La nature reprenant ses droits sur les créations humaines est l’une des thématiques également traitées à travers Ice Blink, une série de trois vidéos tournées lors d’un périple en Antarctique. En 2004, une bourse du British Council permet à Simon Faithfull d’accompagner une équipe de scientifiques, en mission à bord du brise-glace RSS Ernest Shackleton. Ayant fait escale sur l’île de Stromness, l’artiste livre, dans la vidéo éponyme, la vision apocalyptique d’une ville fantôme, abandonnée depuis le début des années 1960. Les vestiges de cet ancien dépôt et atelier de réparation – servant de port pour la pêche à la baleine – sont aujourd’hui occupés par une colonie d’otaries. Les mammifères marins déambulent en toute quiétude au milieu des ruines, renvoyant le visiteur à l’image de ce que serait son environnement, s’il venait à disparaître. Durant les 44 jours que dure l’expédition, l’artiste filme par ailleurs, selon un cadrage fixe, les paysages défilant à travers le hublot de sa cabine  ; 44 extraits sont réunis dans la vidéo 44’, offrant au spectateur de découvrir toute la richesse et la variété des panoramas observés lors du voyage. Icebergs, terres et maisons se succèdent dans l’immensité de l’océan glacé. Dernière vidéo de la série, Falling est une boucle d’une minute filmée encore une fois depuis le brise-glace. On y distingue ce qui semble être un mur de glace, qui se fissure ça et là verticalement. Le sillon qui s’y creuse n’est autre que la faille provoquée par le bateau et qui lui permet de progresser à travers la banquise, bel et bien horizontale.

Simon Faithfull est aussi un dessinateur atypique. Depuis plus de dix ans, il parcourt le monde et a commencé par immortaliser ses souvenirs sur son Palm Pilot à l’aide de dessins pixelisés avant de développer Limbo. Cette application lui permet désormais de dessiner directement sur son iPhone et de partager ses expériences en temps réel. Pour son exposition calaisienne, il présente 58 dessins numériques réalisés en 2011, lors d’une résidence d’une semaine à bord d’un ferry faisant la navette entre Calais et Douvres. L’ensemble est consultable sur son site Internet, une façon pour le public de prolonger sa visite et de s’imprégner un peu plus de cet univers aussi étonnant que poétique.

Simon Faithfull
Falling, DVD (boucle d’une minute), Simon Faithfull, 2005

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