Fabien Mérelle – Ces êtres voués à transcender le temps

Fabien Merelle

L’homme gît sur le dos, abandonné  : son visage côtoie un crâne délicatement posé sur le sol. Sa chemise remontée expose son ventre livré sans défense, et ses yeux fermés ne laissent que peu de choix  : l’abandon serein à Morphée ou le «  grand sommeil  ». Derrière lui, un amoncellement de hardes, de misère itinérante, ancre la scène dans notre temps. Pourtant, dans le ciel d’un blanc incertain, couleur de papier à dessin, un corbeau lâche… une pierre pour les uns, un pain pour les autres  : ceux qui ont découvert la vie de saint Paul de Thèbes sous la plume de Jacques de Voragine, chroniqueur du Moyen Age. Tout droit sorti de sa légende dorée, – ouvrage du XIIIe siècle qu’il a consacré à la vie des saints –, cet épisode évoque comment chaque jour Dieu servait son repas à l’ermite qui soixante ans durant vécut dans une grotte en plein désert. A quelques mètres de là, d’autres saints racontent l’histoire de ceux qui cherchent dans le dénuement, le renoncement et l’intériorité à sonder les tréfonds de leur âme et de leur cœur. François, Antoine, Jérôme, autant de prénoms qui pendant des siècles ont montré une voie de sagesse. Fabien Mérelle, de son trait virtuose, leur prête un corps et un décor d’aujourd’hui et s’interroge  : comment seraient-ils considérés par notre société  ? «  Chaque personnage a les attributs d’un saint. Chacun d’entre eux était perçu, en son temps, comme proche de Dieu parce que dépouillé de biens matériels. Le spectateur d’aujourd’hui ne verra peut-être, dans ces images, que des sans-abri, des gens en déshérence. Ils sont cela, mais pas seulement  », explique l’artiste. De dessin en dessin, il approfondit sa réflexion sur l’exemplarité et compare le regard des hommes du passé à celui de ses contemporains. «  Je veux montrer ces icônes déchues, et à travers elles, le décalage entre notre perception et celle qui a eu cours durant des siècles et qui considérait la pauvreté comme la voie royale vers le paradis. Une idée développée à travers l’art, dans chaque église, dans les missels des riches comme dans l’enseignement aux pauvres. Notre société ne verrait en de pareils hommes partis vivre dans le désert que des marginaux, des fous. Les héros de notre civilisation sont ceux qui à eux seuls possèdent le PIB d’un pays  !  »
Fabien Merelle
Paul d’Aubervilliers, Fabien Merelle, 2010
A la suite des enlumineurs des siècles passés, mais aussi des Masaccio, Mantegna ou Fra Angelico, Fabien Mérelle, avec la rigueur des maîtres anciens, insuffle à son œuvre l’inspiration qui lui est propre. L’esprit est tout à la fois attiré par des détails qui l’accrochent au trait et à la réalité du monde et propulsé par l’ensemble dans des contrées reculées où émotion et réflexion font bloc pour nous entraîner dans la fable, édifiante ou indignée de l’artiste. Ses «  dérives iconographiques  » comme il les appelle se poursuivent aujourd’hui à travers d’autres sources d’inspiration  : «  Je travaille actuellement sur les mythes, comme la rencontre de Thétis et de Pelée.  » La couleur qui a fait depuis peu son apparition dans l’œuvre de l’artiste a été source de nombreux doutes. «  Je me suis beaucoup cherché ces derniers mois, la couleur ça n’allait pas. Je crois que c’est mieux. Je tire un fil…  », confie-t-il. Dans le labyrinthe de cette œuvre complexe et cette forêt de symboles, Ariane, elle, toujours veille.

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