Ori Levin à Paris – Comment j’ai tué ma mère…

La galerie Metropolis accueille, jusqu’au 25 mars à Paris, la première exposition en France de l’Israélienne Ori Levin. Née en 1982, l’artiste vit et travaille à Tel Aviv. A cette occasion, elle présente notamment un travail vidéo réalisé avec la complicité de sa mère – habituellement, c’est elle seule qu’elle met en scène –, dans lequel l’humour noir règne en maître. Une œuvre interactive à découvrir tablette ou smartphone en mains*  !

Ori Levin a une façon bien à elle d’explorer le dossier épineux des relations mère-fille. La pièce maîtresse de l’exposition, Dress Rehearsal #13 / Si je me suicide ma mère me tue, est constituée de treize photos qui solutionnent le problème de manière radicale. Sur chacune d’entre elles, le regardeur ne peut que constater qu’une femme est morte, sans doute de manière violente. Le sang a coulé, c’est évident. Il n’est pas besoin de faire appel à son imagination pour comprendre ce qui lui est arrivé. Grâce à une tablette, il est possible d’accéder au travail vidéo de l’artiste. Chacune des photos recèle en effet en son sein un petit film présenté en «  rewind  » – c’est-à-dire qui nous fait remonter dans le temps. On y découvre alors la mise en œuvre de ces scènes de crime, préparées à grand renfort de ketchup. Le procédé de réalité augmentée ajoute encore au comique de ces aventures sanguinaires. L’absurde, le non-sens et l’irrationnel sont au rendez-vous. Il ne faut cependant pas oublier que l’artiste participe à la mise à mort, même symbolique, de sa propre mère… Laquelle finit par se venger… d’ailleurs.

Les autres pièces exposées par la jeune femme se contentent, si l’on ose dire, de mettre à mal l’illusion d’une fusion mère-fille. Autrefois, les filles et les mères s’interdisaient d’échanger sur la beauté, la coquetterie, la sexualité. Chaque génération avait son territoire. Aujourd’hui, elles peuvent aussi bien écouter la même musique que porter des vêtements d’un style identique. Dans l’installation Ne me quitte pas, par exemple, l’artiste et sa mère sont quasiment interchangeables. Ori Levin se joue de cette relation puissante et toxique en reprenant des astuces classiques du cinéma burlesque, comme le gag de la tarte à la crème. Elle ne s’interdit pas, non plus, de régurgiter le lait «  maternel  » qu’elle a ingéré inconsciemment. Comme on dit qu’il faut tuer le père, l’artiste utilise les instruments du trucage et de l’illusion cinématographique pour tuer la mère. Ce qui ne fait pas d’elle un monstre pour autant.* Pour accéder à l’univers de réalité augmentée de chaque photo, il convient auparavant de télécharger sur son smartphone ou sa tablette l’application Aurasma. Ne pas hésiter à demander conseil aux galeristes  !

Ori Levin, courtesy galerie Metropolis
Série Dress Rehearsal, Ori Levin, 2013-2014

Sunday’s screening, douzième  !

Sous l’impulsion de la galerie Polaris, ses consœurs du Marais se sont unies pour proposer trois fois par an un «  sunday’s screening  »  : comprenez un dimanche consacré à l’art vidéo ! Ces rendez-vous sont une occasion pour les amateurs de se rencontrer autour d’œuvres d’artistes qui forgent la création actuelle en France et à l’international. Ce dimanche 8 février, neuf galeries – dont Metropolis – seront donc ouvertes de 14 h à 19 h pour la 12e édition de cette manifestation. Retrouvez tout le programme en un clic ! 

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