Miniartextil à Montrouge – Maillage serré

Après Côme, en Italie, et avant Venise, Montrouge, aux portes sud de Paris, accueille pour la 9e année consécutive l’unique étape française de l’exposition internationale Miniartextil. Initiée il y a plus de vingt ans par les collectionneurs italiens Nazzarena Bortolaso et Mimmo Totaro, la manifestation a pour ambition de mettre en lumière le dynamisme et l’inventivité de l’art textile contemporain à travers des œuvres d’un format singulier, soit très modeste – ne devant pas excéder 20 cm3 –, soit monumental. Cette année, les quelque soixante artistes sélectionnés ont été invités à réfléchir sur le thème de l’agora dans son acception la plus large.

Dès son entrée, le visiteur se laisse volontiers envoûter par le ballet féérique donné, dans les airs comme au sol, par les mystérieux astéroïdes de papier rouge (Sun Being) déployés par le Roumain Martin Emilian Balint. Celui-ci emprunte à la technique de pliage japonaise dite du kusudama pour façonner un élément récurrent – savamment appelé icosaèdre – dont la multiplicité vient englober physiquement le spectateur, nouant avec lui une «  relation, un contact, à la fois spatial et métaphorique, essentiels  » à ses yeux. Le ton est donné d’une manifestation qui invite à vagabonder parmi les pièces, à tour à tour s’approcher et s’éloigner pour en appréhender toute la subtilité esthétique et expressive. Le curieux tourne ainsi autour du dessin en 3D, tracé dans l’espace à l’aide de fil de fer galvanisé par l’artiste portugais David Oliveira, pour y discerner les contours d’un visage, puis d’une main, avant de deviner, fasciné, l’esquisse d’un corps féminin (Extase). Convié, plus loin, à pénétrer un étrange labyrinthe aux parois tendues de nylon blanc soigneusement plissé (Division), il s’exécute, intrigué, pour en ressortir songeur, bercé par l’univers onirique du Japonais Kiyonori Shimada.

Le voyage se poursuit, guidé par un étrange planisphère (Epicentre), constitué de fines languettes de papier calque ou découpées dans des cartes routières avant d’être patiemment assemblées par Nathalie Boutté. En chemin, le visiteur aperçoit une créature fantastique, immobilisée en plein vol par quelque sortilège (Cloud Leopard) opéré par la Japonaise Nahoko Kojima, s’attarde devant l’installation réjouissante de la plasticienne allemande Irene Anton, faite d’un entrelacement de collants tendus et multicolores (Intervention invading network), laisse son regard se perdre dans les immenses volutes de papier du Britannique Richard Sweeney, avant de plonger dans le mythe de Médée revisité par Mahé Boissel. A la fois ludique et émouvante, son interprétation en cinq «  actes  » (Bella Donna, Mater, Médéa, Agora, La donna in abscencia) du personnage et de son parcours dramatique vient évoquer avec perspicacité la place de la femme dans notre société.

Martin Emilian Balint, photo S. Deman
Sun Being, Martin Emilian Balint
Mahé Boissel, photo S. Deman
Bella Donna, pièce de l’installation Médéa, Mahé Boissel
Outre une indéniable poésie, les travaux ici rassemblés partagent la réflexion menée par leurs auteurs respectifs autour du thème imposé, mais largement interprété, de l’agora. Place publique et lieu privilégié de l’expression démocratique chez les Grecs anciens, elle suggère aujourd’hui un espace tout à la fois concret et chargé de symbolique, qui constitue un enjeu architectural et urbanistique essentiel. Initiatrice et vecteur de liens, réseaux et autres maillages sociaux, économiques ou politiques, elle est le théâtre par excellence de toute activité citoyenne et se prête à merveille au jeu de la muse. En témoigne la cinquantaine d’œuvres de tout petit format – ne devant pas dépasser 20 cm de haut, de large et de profondeur – disposées sur piédestal en un large ovale occupant le centre de la salle d’exposition. Si certaines adressent les notions porteuses d’espoir de diversité et d’unité, à l’image de Public sphere, hémicycle stylisé et rayonnant réalisé par Mai Tabakian, ou de Babel, conçue par Marie-Claire Garnier, d’autres illustrent l’idée d’habiter ensemble la ville, l’aspiration à des lieux où se côtoient les différences et se nouent les liens formant la communauté. Parmi elles, la pièce aussi abstraite qu’évocatrice Exchange of ideas, tissage de soie composé de cercles colorés s’imbriquant les uns aux autres, de l’Allemande Manuela Conradt, ou encore News in Agora, figurant une poignée de petits personnages de coton, laine et lin partageant les nouvelles du jour, de l’artiste d’origine roumaine Miruna Hasegan. La liberté, le foisonnement intellectuel qu’offre une tribune, comme la communauté virtuelle que représente l’Internet, sont d’autres grands axes travaillés par des artistes qui rivalisent de méticulosité, de prouesses techniques et d’inventivité pour parvenir à respecter les contraintes du format tout en livrant des œuvres audacieuses, fortes et attachantes. Le visiteur ne s’y trompe pas, qui revient sur ses pas, pour le plaisir de laisser son imagination, quelques minutes encore, s’épanouir en si bonne compagnie.

Deuxième édition du prix Montrouge

Trois récompenses sont chaque année décernées dans le cadre de Miniartextil, parmi lesquelles le prix Arte&Arte et le prix Antonio Ratti, respectivement attribués pour 2012 à l’artiste suisse Laura Mengani, pour son œuvre mini-textile Trasparenza, et à la Japonaise Naoe Okamoto, pour A weed. Créé il y a deux ans, le prix Montrouge a pour sa part été remis à l’Italienne Flavia Eleonora Michelutti, saluant une pièce intitulée Primavera araba révolution, inspirée du Printemps arabe et des espoirs de démocratie qu’il a suscités.

Naoe Okamoto, photo S. Deman
A weed, Naoe Okamoto, 2012

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