Christophe Miralles à Paris – A la recherche d’une peinture amoureuse

Sur la toile, les silhouettes évoquent des ombres plus que des corps. Mais à mesure que la scène se met en place, elles s’imposent avec force. Christophe Miralles peint les âmes nues qui en nous tressaillent. Nous avons rencontré l’artiste à l’occasion de sa nouvelle exposition à la galerie Marie Vitoux, à Paris.

ArtsHebdo médias. – Lors de notre rencontre en mai dernier, vous évoquiez dans votre travail une tendance qui peut sembler assez paradoxale, à savoir une renaissance de l’abstraction conjuguée à un propos plus narratif. Qu’en est-il des œuvres présentées ici ?

Christophe Miralles. – L’abstraction s’impose à nouveau mais une abstraction très habitée. Des masses émergent, apparaissent… En fait, on peut parler d’abstraction sur la facture plus que sur le résultat. La construction et la composition amènent la narration.

Le dessin a tenu une place très importante dans votre œuvre. Est-ce toujours le cas ?

Je le fuis, mais il me rattrape ! Une toile sans dessin préalable porte une tension particulière. Mais il peut aussi arriver au milieu d’une œuvre, il n’y a pas de règle. Une seule chose est sûre : je recherche toujours plus de liberté. D’une manière générale, mon travail est de moins en moins linéaire et j’ai renoncé à une certaine méthodologie. Les toiles les plus adroites ne sont pas les plus émotionnelles. J’ai envie de plus de sincérité, d’être plus juste. Je me laisse porter. Je suis à la recherche d’une peinture amoureuse, dans un mouvement réciproque entre elle et moi. La peinture est un média de sensation pour soi, pour les autres. Si le spectateur ressent un léger déséquilibre devant la toile, un appel, c’est gagné  ! C’est d’ailleurs assez amusant à observer lors des vernissages : chacun va vers une toile différente, chacun continue son histoire à travers l’une de mes toiles.

Les titres de vos œuvres sont souvent très travaillés. Est-ce important ?

J’emprunte les titres à des poésies. Ils sont en effet importants pour donner à chaque toile un prénom, plus précisément une identité. Et ce n’est pas un hasard. Depuis toujours, dans mon travail, je me bats autour de cette recherche d’identité. Savoir qui on est reste une question essentielle ; la seule singularité qui vaille est d’être au plus proche de soi.

Les toiles noires détonent et surprennent…

Elles sont arrivées par un bel hasard. J’ai tout de suite aimé ce rendu photographique, ces masses vaporeuses et spectrales, même si c’est assez déstabilisant.

La déstabilisation vous est-elle nécessaire ?

Je travaille beaucoup l’accident – dans le bon sens du terme – pour combattre mon savoir-faire. Je cherche à introduire des fractures qui m’amènent vers d’autres routes, vers autre chose… J’essaie d’affiner mes fonds, de tendre vers l’essentiel. Mais c’est de plus en plus difficile. Je mets de plus en plus de temps à peindre mes toiles et je suis de moins en moins satisfait. Au fond, il n’y a pas d’acquis et plus je suis exigeant, plus je suis déçu. Je me laisse porter par la peinture mais elle lutte, elle ne se laisse pas faire…

Qu’est-ce qui vous pousse alors à continuer ?

La peinture, c’est comme boire ou manger. Elle est très proche du quotidien et dans le même temps elle sert à s’en extraire. Je continue afin de vivre encore ces instants de grâce qui, parfois, surgissent. Ce moment où je deviens aveugle à tout ce qui n’est pas la peinture. J’attends de sentir une tendresse, un éclat amoureux, quelque chose qui enveloppe. De toucher à l’indicible…

Christophe Miralles
Christophe Miralles, 2011

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