Laurent Mulot à Grenoble et Lyon – Rencontres improbables

Sculpteur de formation, Laurent Mulot utilise dans sa pratique artistique la photographie, la vidéo, le son et l’installation. Tel un arpenteur, il parcourt le monde pour y inscrire un geste artistique improbable où s’invite la poésie. Une démarche inédite qui prend forme, en 2001, avec Middle of Nowhere, une œuvre in progress, matrice de toutes celles à venir, que l’on retrouve de façon virtuelle sur le site internet de l’artiste. Son élément le plus récent, Thinkrotron, est le fruit d’une résidence menée récemment au Centre de culture scientifique, technique et industrielle de Grenoble (CCSTI). Un travail qui se décline sous forme de triptyque : Mnémosyne, exposée sur le Plateau de l’Hôtel de Région, à Lyon, La Chambre d’Echo, présentée au Muséum de Grenoble, et 844 m d’art, une performance proposée aux visiteurs dans différents musées d’art à travers le monde.

Middle of Nowhere est une œuvre générique, dont le principe consiste à implanter et fédérer des centres d’art fantômes en des lieux inattendus disséminés sur chaque continent, avec pour seul signalement un panneau et un couple de gardiens. Ces derniers, souvent source d’inspiration pour l’artiste, deviennent soudain acteurs et porteurs du projet. Dans cette quête sans fin, cette traque de l’invisible ou de l’absence, Laurent Mulot tente à sa manière de décrypter la marche du monde, sa magie et ses mystères et, de façon primordiale, la perception qu’en ont les hommes. Son œuvre, qui convoque l’imaginaire, se construit par ricochets au gré des rencontres de l’artiste et du hasard, comme en témoignent les récents développements évoqués ici.

Artshebdo|Médias. – Comment est né le projet Thinkroton ?

Laurent Mulot. – La notion de territoire est au cœur de ma démarche, et c’est à l’occasion d’une invitation du physicien Jean-Paul Martin au Cern (Organisation européenne pour la recherche nucléaire), en 2007, que j’ai découvert la recherche fondamentale. J’ai été frappé par les similitudes que l’on retrouve dans les approches du scientifique et celles de l’artiste, notamment dans les modes de représentation. Mais ce qui m’intéresse c’est la rencontre et les perspectives qu’ouvre le questionnement scientifique, les connexions ou leur absence, les télescopages, les croisements qui coexistent entre l’univers de la science et celui du public, au quotidien. L’œuvre Thinkrotron, dont le titre emprunte au Synchrotron (accélérateur de particules) européen, devient pour moi un accélérateur de pensée. Il s’agissait d’expérimenter un travail sur les représentations mentales et les attentes sociétales, liées au profond changement urbain en cours à Grenoble. L’œuvre se décline en un triptyque dont chaque volet questionne « la mémoire, l’histoire, l’oubli ».

Laurent Mulot, photo Ilan Ginzburg

Laurent Mulot

En quoi consiste le triptyque à travers lequel se décline cette œuvre ?

L’un des volets s’intitule La Chambre d’Echo. Exposé au Muséum de Grenoble, il prend source dans les collections « humides » – animaux conservés dans du formol – de l’institution. Certains des sujets ayant perdu leur mémoire – leur étiquette –, j’ai choisi le temps de l’exposition de la leur réattribuer de manière sonore et visuelle, notamment à l’aide de bandes-son, composées de la parole, parfois hésitante, d’habitants et de scientifiques sur ce thème de la mémoire, ou encore avec la vidéo d’un entretien réalisé avec le taxidermiste attitré des collections du Muséum.

Avec l’installation vidéo Mnémosyne, présentée sur le Plateau de l’Hôtel de Région à Lyon, à l’occasion de la biennale, j’infiltre la mémoire informatique du Synchrotron en insufflant au milieu des données scientifiques des poèmes de Jacques Réda et d’autres auteurs connus. La sélection de cette anthologie, confiée à Jean-François Duclos, s’est traduite par des fragments de poèmes formant des séries de 844 pieds, un clin d’œil aux 844 m de circonférence du Synchrotron.

Dernier volet de cette trilogie, 844 m d’art est une performance artistique réalisée par les visiteurs. Chaque microparticule parcourt 844 m pour faire le tour de l’anneau de vitesse Synchrotron. C’est la distance exacte que l’on demande au visiteur de couvrir, équipé d’un podomètre, dans un musée ou lieu d’art, partout dans le monde. Le « visiteur-performer » peut ensuite envoyer dans l’espace de l’Orangerie du Muséum le souvenir qu’il garde de son expérience, la photo de la première et de la dernière œuvre visitée, avec ou sans commentaire.

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