Sarkis à Paris – L’œuvre au blanc

Sarkis courtesy galerie Natahlie Obadia, Paris/Bruxelles

Après avoir investi les 5 000 m2 d’un hangar à sous-marins à Rotterdam cet été, Sarkis est actuellement l’invité de la galerie Nathalie Obadia, à Paris. Cette exposition plus intime dévoile treize huiles sur papier, parmi les travaux les plus récents de l’artiste.

Le geste est précis. Sur la feuille Arches 300 g satinée, le noir en couches épaisses vient s’étaler. Il sort directement du tube, mué par la pression des doigts de l’artiste. En quelques passages assurés, la forme apparaît. Réincarnation d’une sculpture vaudoue exposée l’an dernier à la Fondation Cartier. «  C’est l’énergie de l’objet que j’essaie d’attraper  », commente Sarkis, invité de la galerie Nathalie Obadia, à Paris. Sur les murs, treize huiles sur papier témoignent d’un travail entrepris il y a plusieurs mois. «  J’ai commencé avec un détail d’une toile de Munch, un bol rempli de sang.  » Depuis, le vermillondu peintre norvégien ne cesse de ricocher. Grünewald, Beuys et Schönberg – «  Il n’était pas seulement musicien, mais dessinait et peignait aussi. Il a réalisé de nombreux autoportraits. Il savait rendre l’intensité des yeux.  » – fournissent également des prétextes à la poursuite de cette nouvelle réflexion sur les capacités intrinsèques des matériaux utilisés. Souvenons-nous des aquarelles dans l’eau. «  Alors que je filmais, j’ai pu observer la vitesse des couleurs. J’ai vu que le rouge utilisé allait beaucoup plus vite dans l’eau que le bleu, le vert ou le jaune. Ce n’était pas une démonstration, mais une création en direct. Il n’y a ni montage, ni coupes. Le spectateur voit tout.  »

Pour la série Aura, Sarkis ancre son œuvre dans une autre dimension, un autre temps. La peinture disposée sur le papier non apprêté est livrée à elle-même. «  Le corps est différent. Ici, c’est la matérialité de l’huile qui est éprouvée. Le travail suit son rythme. La figure née du geste ne peut être contrôlée que jusqu’à un certain point.  »«  Je charge la figure  »

Installée dans un séchoir à papier, grand meuble à tiroirs utilisé habituellement pour les lithographies, elle laisse échapper de son cœur un halo d’huile. De cette alchimie provoquée par l’oxygène de l’air s’élève petit à petit l’aura de la peinture. Spiritualisation du corps, œuvre au blanc selon Sarkis. Jour après jour, il assiste à une sublimation de la forme qui la fait léviter dans l’espace de la feuille. Un souvenir s’impose alors à lui : «  A l’occasion d’une intervention au Musée national des arts d’Afrique et d’Océanie, installé à l’époque porte de Dorée à Paris, j’ai observé dans une vitrine deux sculptures qui suintaient. Interrogé sur ce phénomène, le conservateur m’a appris qu’il s’agissait de statuettes fangs. Enduites d’huile de palme, elles exsudaient par période.  » Destinée à protéger le bois, cette dernière rendait également les personnages luisants et plus visibles dans la pénombre, leur permettant ainsi de remplir pleinement leur rôle de gardien auprès des reliques généralement disposées à leurs pieds. Quinze ans plus tard, une impulsion découvrait son origine. Dans l’incapacité de retrouver les sculptures fangs, Sarkis décide d’évoquer d’autres trésors, ceux du Vaudou. Ils ont en commun la force du rituel et l’énergie primordiale des objets sacrés. Dans l’atelier, l’artiste provoque le papier. «  Je charge la figure  ». Dessinant ainsi les contours d’une œuvre nouvelle sans rien abandonner de ses préoccupations essentielles, de celles qui relient entre elles époques et civilisations et rendent leur souffle aux pièces de musée. L’aura vibre comme une note de musique. Vivante et libre à la fois. Le visiteur ne se retourne pas. Il emporte avec lui le souvenir de ces corps glorieux dont il a l’intime conviction qu’ils ne sont qu’au début du voyage.

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