Federico Lombardo – Visage à la peinture libre

Federico Lombardo courtesy galleria De Crescenzo e Viesti

En digne héritier des maîtres de la Renaissance italienne, le peintre, installé près de Naples, cherche le point d’équilibre entre les formes et les couleurs. Pour lui, figuration et abstraction sont les deux expressions d’une même recherche. Depuis peu, il a abandonné les pinceaux pour se saisir des outils numériques. Sa peinture devenue digitale poursuit une quête de «  dématérialisation  » de ses modèles. «  Désormais, je délaisse l’aquarelle pour mieux exacerber l’ambiguïté de la nature de mes œuvres et de celle de mes sujets  », explique-t-il. A l’occasion de ce grand chamboulement dans sa pratique artistique, ArtsHebdo médias met en ligne l’article qui lui a été consacré dans Cimaise (287). Federico Lombardo participe actuellement à une exposition collective à la galerie d’art contemporain de Termoli en Italie.

Les visages semblent surgir de partout et de nulle part. Ils sont accrochés aux murs, envahissent les tables, jonchent le sol. Autant de regards qui obstinément s’accrochent à vous en une muette supplique. Graves, yeux grands ouverts sur le mystère de leur insondable présence, ils sont les anges gardiens de la maison-atelier de Federico Lombardo. Le peintre vit à la campagne, à quelques kilomètres de Naples, où il jouit d’une vue imprenable sur le Vésuve. « Ici je travaille à l’air libre mes aquarelles avec pour seule musique le chant des oiseaux. Ma maison est une galerie permanente qui change d’aspect constamment. Quand je peins à l’huile et que je dois porter un masque pour me protéger des produits dangereux, je m’installe dans la serre. » En héritier des maîtres de la Renaissance italienne, et notamment du Quattrocento, il réfute toute différence fondamentale entre abstraction et figuratif. « J’ai compris ou interprété la peinture comme une recherche purement abstraite sur les formes figuratives. Je pense que le narratif est désormais une prérogative de la photographie et du cinéma. En contemplant la nature, je ne me sens pas de la reproduire fidèlement. »

Sa passion pour les femmes et les adolescents, pour les corps androgynes, témoigne de sa recherche quasi obsessionnelle de la pureté du visage, de l’œil. « Ce qui m’intéresse, dit-il, c’est de montrer des visages doux et purs en apparence, mais où affleurent des pensées bien différentes. Et instiller le doute. J’ai commencé à peindre sérieusement en 1991, à vingt et un ans ; mon style était bien différent de celui d’aujourd’hui. En effet, j’appréciais les représentants de l’école de Vienne comme Klimt ou Schiele, ou encore un certain type de peinture onirique comme celle de Graham Sutherland. Je me souviens aussi de la stupeur provoquée par la puissance avec laquelle Bacon a su exprimer l’angoisse. Mais la délicatesse et la force de la période rose de Picasso m’ont également beaucoup fasciné. » Et contrairement à ce qu’on serait tenté d’imaginer, c’est en revenant aux maîtres toscans, à la sculpture d’un Pisano, aux fresques de Piero della Francesca, aux XVe et XVIe siècles que l’artiste découvre les affinités qui le relient aux portraits de Vélasquez dans la manière d’étaler la couleur. « Mon intérêt pour la peinture figurative peut faire illusion, ajoute-t-il, en réalité elle ne m’intéresse pas en tant que telle. En observant avec attention une œuvre de Piero della Francesca, j’ai compris que l’abstraction l’intéressait plus qu’on ne l’imagine. Et devant les étonnantes fresques de La Légende de la Vraie Croix, ce qui m’a émerveillé, c’est cet équilibre entre les formes, les couleurs, les tensions qui s’instaurent. Tout ici est pure abstraction ! Le sujet n’est qu’un prétexte pour exprimer une peinture libre ! »

Le visage miroir de l’âme

« Je réfléchis sur la géométrie du visage, explique Federico Lombardo, parce qu’elle est considérée par tous comme le miroir de l’âme, qu’elle transmet des sentiments profonds et aussi parce que la forme même de l’œil recèle quelque chose de mystérieux. Et surtout : c’est la partie de notre corps que tout le monde voit ! Je pourrais dire que le visage est pour moi la preuve que Dieu existe et qu’un dessein universel veille et préside à l’équilibre de l’univers. »

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