D’Anvers à Namur – Attractive Belgique

Anthea Hamilton, photo Andy Keate

La Belgique est une destination que les Français connaissent bien. Beaucoup ont même décidé de s’y installer. Les amateurs d’art, quant à eux, y sont toujours à la joie. Si l’on nous parle sans cesse des fameux collectionneurs belges, c’est qu’il y a matière à le devenir  ! Cet été, le programme des manifestations artistiques est fourni et alléchant. Inutile de citer l’une ou l’autre des expositions de notre sélection, toutes méritent votre pleine attention  !

Max Pinckers
Front Room (exposition The Belgian Six, à Bruxelles), Max Pinckers
Les maisons aux objets

Dans le Magasin aux foins, caractérisé par ses anciens murs en brique, sa charpente de toit en bois et une belle hauteur sous plafond, une rangée de maisons rappelle les alignements et le style de la cité minière toute proche. Le visiteur plongé dans la pénombre est invité à regarder par les fenêtres éclairées, les portes entrebâillées ou les trous de serrure. Il découvre alors les créations de Sofie Lachaert et Luc d’Hanis. Depuis plus de vingt ans, ces deux-là travaillent ensemble à l’élaboration d’une œuvre étonnante constituée d’objets, d’éléments de mobilier et d’installations qui transgressent et questionnent les frontières entre arts appliqués, artisanat et design. Au Grand-Hornu Images, situé près de Mons, chaque maisonnette abrite une mise en scène singulière qui accueille une pièce ou une série d’objets et qui justifie le titre de l’événement  : Tranches de vie. Chaises aux pieds entrelacés, bougeoir en pièces de monnaie, boîte de peintures… autant de points de départ pour des histoires à tiroirs dont le sens se dévoile à la force du regard. Deux autres expositions sont à découvrir sur le site  : Hors Pistes, jusqu’au 17 août et Linking Parts, jusqu’au 24 août. La première rend compte du projet créé par les deux designers françaises Marie Douel et Amandine David autour des notions d’héritage et de transmission, qui a réuni artisans, designers, photographes et graphistes de différentes cultures à Ouagadougou durant 45 jours en 2013. La seconde met en avant différents types de collaboration entre artistes, designers et scientifiques.

Tranches de vie, jusqu’au 17 août au Grand Hornu Images, à Hornu.

Sofie Lachaert + Luc d’Hanis, photo Joris Luyten
Crossed Legs, Sofie Lachaert + Luc d’Hanis
Les métaphores de Roger Ballen

En gros plan et en éventail, deux pieds tannés et abîmés encadrent trois doigts tenant un minuscule chiot. Outre un sujet inattendu et remarquablement mis en scène, la photo en noir et blanc restitue à merveille matières et lumière. Elle donne à voir un tableau composé comme une peinture. Roger Ballen est passé des paysages vides aux portraits puis, peu à peu, aux histoires et aux métaphores. Le photographe américain, qui vit à en Afrique du Sud depuis une trentaine d’années, est l’invité du Musée Dr Guislain, à Gand. Voyageur dans la psyché propose une sélection de séries réalisées durant les trois dernières décennies comme Platteland, Images from Rural South Africa (1994), Outland (2000), Shadow Chamber (2005) et Boarding House (2009). Avec la plus récente, Asylum of the Birds (2014), l’artiste impose au moyen de croquis, de peintures, de collages et de sculptures un étonnant décor à des figurants en partie remplacés par des photos, des poupées, ou présents à travers une main, un pied ou une bouche. Véritables images de curiosité, les photographies de Roger Ballen entraînent dans un univers de fantaisie étrange et parfois inquiétant. Des films réalisés par l’artiste sont également présentés.

Voyageur dans le psyché, jusqu’au 31 août au Museum Dr Guislain à Gand.

Roger Ballen
Puppy Between Feet, Roger Ballen, 1999
Avis de tempête sur le Musée Middelheim

Après Thomas Schütte, Antony Gormley et Folkert de Jong, le Musée Middelheim, à Anvers, reçoit le sculpteur flamand, installé à Paris, Johan Creten (né en 1963). The Storm réunit quelque 25 bronzes et céramiques, parmi lesquels certaines pièces ont été réalisées pour l’occasion. La tempête – storm en anglais – n’est pas ici météorologique mais appliquée à l’histoire de l’homme, privée ou collective. Un premier ensemble évoque les relations et les émotions, qui agitent chaque individu tout au long de son existence, ainsi que son destin imprévisible, incontrôlable. Derrière la maison, plusieurs œuvres viennent témoigner de la complexité du travail de l’artiste, imbriqué dans un réseau complexe de références allant d’Alexandre d’Antioche à Joseph Beuys. Entre développement de sujets graves, comme la déchéance, et ironie. Sur l’axe central du jardin, un groupe de sculptures monumentales propose une réflexion sur les événements du passé qui ont bouleversé notre société, par exemple la Grande Guerre. Puis les plans d’eau du jardin Rubens s’offrent en miroir à une dernière sélection. Vous y découvrirez Octo, inspirée par les ordinaires poissons séchés que les pêcheurs anversois du XVIIe siècle vendaient pour de la lotte de mer. La nature humaine, pas toujours glorieuse, est toujours objet de réflexion et d’œuvre pour Johan Creten.

The Storm, jusqu’au 14 septembre au Musée Middelheim à Anvers.

Susumu Endo
Space & Space / Glass, Susumu Endo, 1980
Un humour corrosif au service de l’être humain

Une main cherche à se saisir d’une corde au bout de laquelle est fixée la tête de son corps. Cet impressionnant bilboquet humain compte parmi les œuvres exposées au Musée des arts contemporains de la Fédération Wallonie-Bruxelles en 2008. Autant écrire que l’histoire entre le MAC’s, site du Grand-Hornu, et Patrick Guns ne date pas d’hier. Cynique dans sa manière de dénoncer la barbarie, l’absurde et le tragique de notre condition humaine, l’artiste belge produit depuis plus de 20 ans un art engagé mais sans idéologie. Humour noir en bandoulière, il pose un regard corrosif sur les sujets graves de notre monde, comme la guerre, la peine de mort, le colonialisme, le racisme ou l’immigration clandestine, pour nous inciter à un examen de conscience. Jeux de mots, associations d’idées et rapprochements d’images constituent une œuvre dont la poésie permet de dépasser morale et culpabilité. Patrick Guns rappelle avec une légèreté frappante que la préservation et le respect de la vie humaine ne sont pas encore des valeurs universelles.

I know a song to sing on this dark, dark, dark night, jusqu’au 21 septembre 2014 au MAC’s, à Hornu.

Patrick Guns
The Universal Museum, Patrick Guns, 2004
Allen Ruppersberg, fou de musique

Les apparences sont parfois trompeuses… Le Wiels, à Bruxelles, le prouve en exposant des photos de vieux disques, des écrans de projections portables et illustrés, des dessins punaisés, des notices nécrologiques de musiciens défunts, des cartons ornés de graphismes, le tout ne formant pas une sélection d’œuvres mais une seule et unique installation  ! No Time Left to Start Again/The B and D of R ‘n’ R de l’Américain Allen Ruppersberg compte parmi ses pièces les plus récentes. Elle retrace l’histoire de la musique vernaculaire américaine enregistrée, du folk au rock, en passant par le gospel et le blues. Le dispositif monumental est accompagné par une bande-son réalisée spécialement pour l’événement et composée d’une centaine de chansons populaires qui proviennent de la collection de l’artiste – plus de 4 000 disques 78 tours. Pour mieux appréhender la démarche de l’artiste, un ensemble d’œuvres plus anciennes est exposé, mettant ainsi en évidence la récurrence de certaines notions qui aiguillonnent Allen Ruppersberg, comme la mémoire, la collection et la transmission des savoirs. Une belle opportunité de découvrir le travail protéiforme de cet irrépressible collectionneur qui ne se lasse pas de mettre médias et société de consommation sur la sellette.

No Time Left to Start Again and Again, jusqu’au 17 août au Wiels, Centre d’art contemporain à Bruxelles.

Allen Ruppersberg, photo Sven Laurent
Vue d’installation de l’exposition@No Time Left to Start Again and Again, Allen Ruppersberg
Réflexion sur l’identité au M HKA

«  Don’t You Know Who I Am  ?  » «  Ne savez-vous pas qui je suis  ?  » Cette interrogation est le plus souvent un étonnement, un reproche, une injonction à reprendre vos esprits  ! Une tentative pour impressionner l’autre  : une pervenche en train de dresser un PV, l’agent de surveillance d’un lieu à la mode, un restaurateur récalcitrant… Elle peut être prononcée par des célébrités mais aussi par des gens plus ordinaires, du moment qu’ils exercent un pouvoir, même minime, ou qu’ils appartiennent à une communauté puissante. C’est à partir de cette question que le M HKA, à Anvers, a construit sa proposition estivale. L’Art après la politique de l’identité est une exposition de groupe, qui réunit trente artistes et se déploie sur les deux principaux étages du musée ainsi que dans divers lieux hors les murs. La manifestation est conçue comme une étude à grande échelle des modes et moyens de réflexion sur l’identité et l’identification à l’heure où certains groupes se sont définis sur des plans politiques, économiques ou sociaux tels que la race, l’ethnie, le genre ou l’orientation sexuelle afin d’accroître leur visibilité et de surmonter leur marginalisation. La réflexion menée par les invités de l’institution anversoise prend des formes plastiques les plus diverses. A noter que ces derniers appartiennent tous à la génération montante de la scène internationale de l’art contemporain.

Don’t You Know Who I Am ? L’Art après la Politique de l’Identité, jusqu’au 14 septembre au M HKA à Anvers.

Maria Safronova, courtesy Gallery Paperworks (Moscou)
The General Outlook Game : New Year, Maria Safronova, 2013
Entre le buffet et la porte d’un placard

Très actif, le MAC’s propose cet été, aux anciens Abattoirs de Mons, un accrochage consacré aux œuvres – peintures, dessins et vidéos – d’Angel Vergara Santiago, présentes dans sa collection. L’artiste peint et filme, en toute simplicité, avec aisance et sans préméditation. Il fait la connaissance de ses modèles et se glisse dans leur intérieur. Discrètement. Pour créer. Il «  travaille sans filet  ! Un pied, une caméra, trois pinceaux  : le minimum. Les contraintes, elles, sont multiples  : les lieux, les personnes et la lumière ambiante (belle lumière blanche, clair-obscur, lumière grise, crue ou tamisée…) se donnent le moment venu. L’imprévu est roi et l’atelier du peintre s’improvise, se plante où il peut, entre le buffet et la porte d’un placard, dans l’arrière-cour ou au salon  », écrivait France Hanin dans le catalogue de l’exposition Les voisins, nos amis organisée par le MAC’s en 2007.

El Pintor, jusqu’au 17 août aux Anciens Abattoirs de Mons.

Angel Vergara Santiago
Caroline et son Gypsi (capture d’écran), Angel Vergara Santiago, 2007
L’enfance de l’art brut

Le Musée art)&(marges est entièrement consacré aux œuvres qui font du hors-piste  ! De celles qui ne fréquentent que rarement les grandes institutions mais dont l’humanité profonde touche tous ceux qui les approchent. «  L’art brut, c’est quoi ?  » «  Et l’art, comment ça commence ?  » Deux interrogations auxquelles le lieu bruxellois a décidé de répondre par une seule et unique exposition  : Il était une fois l’art brut… Fictions des origines de l’art. Différentes notions y sont convoquées  : l’enfance, le primitif, le génie, le sauvage et l’enfermement. Auxquelles sont associées des couleurs – rose, noir, rouge, vert et gris – pour un parcours à la fois lisible et agréable.

Il était une fois l’art brut… Fictions des origines de l’art, jusqu’au 12 octobre au Musée art)&(marges, à Bruxelles.

Merveilles graphiques en provenance du Japon

Johan Creten, courtesy galerie Transit
Odore di Femmina – Basket (détail), Johan Creten, 2013
C’est à un superbe voyage au pays de l’estampe et du graphisme japonais que nous invite le Centre de la gravure et de l’image imprimée, à La Louvière. Made in Japan propose un panorama exemplaire qui débute dans la seconde moitié du XXe siècle et s’étend jusqu’à nos jours. A travers une sélection d’une centaine d’œuvres de 33 artistes, le visiteur est confronté tant aux traumatismes qu’aux bouleversements subis par la société japonaise depuis la Seconde Guerre mondiale. Il découvre l’influence du mouvement d’avant-garde Gutai –traduire par «  concret  » – sur la scène artistique internationale, fait la connaissance de ceux, comme Kengiro Azuma, Aki Kuroda et Takesada Matsutani, qui ont choisi de s’établir en France, aux Etats-Unis ou en Italie, se familiarise avec les différentes techniques de gravure, dont certaines exploitent largement les nouvelles technologies, et découvre la jeune scène graphique nippone incarnée par quatre participants au Tokyo Graphic Passport 2011 à Paris  : Kazunari Hattori, Atsuki Kikuchi, Masayoshi Kodaira et Hideki Nakajima. Un bel hommage à la puissance graphique et visuelle des créateurs japonais.

Made in Japan, jusqu’au 7 septembre au Centre de la gravure et de l’image imprimée, à La Louvière.

La sélection de Muriel de Crayencour

Dans le cadre d’un partenariat initié avec Mu in the City, blog consacré à l’actualité de l’art en Belgique, nous avons demandé à sa fondatrice, Muriel de Crayencour, d’établir une sélection d’expositions spécialement pour les lecteurs d’ArtsHebdo|Médias.

A Bruxelles.

Woman : The Feminist Avant-Garde of the 1970s et The Belgian Six, à Bozar. Jusqu’au 31 août.

(Lire aussi Les femmes en première ligne)

Entre deux chaises un livre à la Fondation Boghossian – Villa Empain. Jusqu’au 7 septembre.

Ecritures d’herbes. Pierre Alechinsky à la Maison d’Erasme. Jusqu’au 16 novembre.

Man in the Mirror – Collection Vanhaerents. Exceptionnel centre d’art privé  : chaque 1er samedi du mois entre 14 h et 17 h (s’inscrire en ligne). Fermé jusqu’au 18 août.

A Anvers. Plumes dans la mode au Musée de la mode (MoMu). Jusqu’au 24 août.

A Seneffe. Mauro Staccioli dans le parc du château de Seneffe. Accès gratuit. Jusqu’au 11 novembre.

A Namur. En route ! – Sur les traces des artistes belges en voyage au Musée Rops.Ainsi que la collection permanente, dans un ancien hôtel de maître, non loin de la maison natale de Félicien Rops.Jusqu’au 28 septembre.

A Gand. Genuine Conceptualism à la Herbert Foundation, centre d’art privé créé à partir de 40 années de collection par un couple belgo-français. Jusqu’au 8 novembre.

Retrouvez cet article et quelque 300 événements estivaux d’art contemporain, sélectionnés par notre rédaction en France et en Europe, dans le numéro spécial Eté 2014 de l’e-magazine pour tablettes numériques ArtsHebdo|Médias. Téléchargez à cet effet gratuitement notre application sur l’Appstore ou sur Google Play.

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