Du Sancy aux Alpilles – Démonstrations estivales

Aux quatre coins de l’Hexagone, municipalités, associations, institutions, galeries et collectifs d’artistes rivalisent d’inventivité et de dynamisme pour proposer des projets adaptés à un public toujours plus diversifié. Les amoureux de la nature traverseront avec émerveillement les paysages du Sancy comme les villages des Alpilles, pour découvrir des dizaines d’œuvres engagées dans un passionnant dialogue avec leur environnement. Sur le plateau de Millevaches, les artistes en résidence à La Pommerie proposent des journées-rencontres, tandis que Jean-Jacques Rullier a concocté une déambulation savante sur le site archéologique de Saint-Blaise !

Le land art en ses terres du Sancy

Qu’elles s’emparent d’un pont au détour d’une rivière, s’installent crânement au beau milieu d’un champ ou s’accrochent avec audace sur les pentes d’une colline, les installations disséminées au fil d’un parcours, sillonnant tout l’été le massif auvergnat du Sancy, ravissent l’imaginaire et séduisent tous les publics. Né en 2007 de la volonté des acteurs du territoire d’inventer de nouvelles manières de montrer leur patrimoine naturel, le rendez-vous Horizons-Arts Nature en Sancy propose chaque année de découvrir une dizaine d’œuvres éphémères, conçues par des artistes internationaux aux pratiques éclectiques, mêlant souvent architecture, arts plastiques, design et paysage. Soucieux d’engager un dialogue complice avec l’environnement choisi, ils livrent au regard des pièces à la fois poétiques et d’une grande technicité, souvent non dénuées d’humour. Jusqu’au 15 septembre.

Nari Ward, nouveau châtelain de Blandy-les-Tours

Nari Ward, courtesy galleria Continua
Bottle Messenger, Nari Ward, 2006.

« Mon travail est un mélange d’optimisme provocant, d’ambitions futiles et de solutions inventées en utilisant des références interculturelles, des codes de réglementation, des souvenirs personnels et le hasard. » Invité, dans le cadre de la sixième édition de Blandy Art Tour(s), à s’emparer du château de Blandy, en Seine-et-Marne, l’artiste new-yorkais d’origine jamaïcaine Nari Ward y présente une série d’œuvres « qui traitent des questions de pouvoir et d’identité », traçant ouvertement un parallèle entre sa propre histoire et celle de l’ancienne forteresse, qui marquait au Moyen Age l’entrée dans le domaine royal. Souvent monumentales, ses sculptures et installations sont majoritairement composées d’éléments de récupération et d’objets mis au rebut ; la mémoire, l’immigration, la pauvreté ou encore le consumérisme comptent parmi les thèmes qu’il affectionne plus particulièrement. Jusqu’au 27 octobre.

Le jeu du son et du hasard de Will Menter

Le musicien et plasticien Will Menter est l’invité cet été du château du Grand Jardin, à Joinville, en Haute-Marne. Ces installations in situ, faites de matériaux naturels comme des bouts de bois, des plaques d’ardoise, des feuilles ou des coquilles d’escargot, font naître des mélodies où le vent, la pluie ou le cours d’eau jouent leur rôle. Eléments insaisissables, ils viennent insuffler une dose d’improbable dans la composition de l’artiste, toujours à la recherche d’un équilibre entre « l’aléatoire et le programmé ». « Je souhaite que mon travail soit accessible d’une manière sensorielle, et qu’il soulève des interrogations sur les limites entre nature et art. Quelle est la différence entre une belle feuille et une belle mélodie ? A quel moment le rythme régulier des gouttes d’eau se transforme-t-il en battements et en cadences musicales ? » Autant de questions à méditer les pieds dans l’herbe du château. Jusqu’au 15 décembre.

A-part éveille les sens dans les Alpilles

Les plumes rouges, Francis Guerrier, 2013.
Les plumes rouges, Francis Guerrier, 2013.

« Réinventons notre nature par tous les sens. » Tel est le credo de la quatrième édition du festival a-part qui se déploie sur le territoire de huit communes des Alpilles : Les Baux-de-Provence, Eygalières, Mas-Blanc-des-Alpilles, Maussane-les-Alpilles, Mouriès, Saint-Etienne-du-Grès, Saint-Rémy-de-Provence, Tarascon. Une cinquantaine d’artistes et de collectifs aux pratiques diverses – du dessin à la vidéo, en passant par le Eat art, l’installation ou encore la performance – ont répondu présent avec des propositions s’articulant autour de quatre grands thèmes : Mutations de notre nature humaine, animale, végétale ou spirituelle ; Cadrages et décadrages de tous nos sens ; Manger et méditer sens dessus-dessous : des natures digestes et indigestes ; La nature réinventée par elle même : des sons et des formes. Des œuvres et projets artistiques à découvrir tout au long des mois de juillet et août, guidé par la topographie du festival relevée par le peintre Gérard Fromanger. Jusqu’au 25 août.

L’ar(t)chéologie de Jean-Jacques Rullier

Le site archéologique de Saint-Blaise, situé sur le vaste plateau de la forêt de Castillon entouré des étangs de Citis, du Pourra ou de Lavalduc, est un lieu chargé d’histoire. Les strates du temps y sont encore visibles : de l’oppidum gaulois au castrum médiéval de Castelveyre, en passant par la ville paléochrétienne d’Ugium. « On découvre au détour d’un chemin des pans de muraille surgissant du sol, l’emplacement d’un village, la structure d’une église, le travail comme laissé en suspens dans les pierres d’une carrière. J’ai souhaité intervenir en soulignant le plaisir propre à la promenade et à la découverte des lieux. Des vitrines disposées le long du parcours sont réparties comme une ponctuation relevant chacune un point précis. Chaque vitrine de par son thème et les objets présentés entrera en résonance avec un aspect particulier du site, sa constitution, son histoire et les méthodes de l’archéologie », explique Jean-Jacques Rullier. Dix vitrines, par exemple celles « des histoires racontées », « des mondes temporaires » ou « des limites protectrices », sont disséminées sur les lieux et abritent des dessins, des photographies, des objets, tous « fragments de la coexistence des mondes ». Avec ce travail, qui relève aussi de la démarche encyclopédique et de la recherche anthropologique, l’artiste nous amène à regarder le site archéologique autrement. Il nous conte le passage du temps, l’évolution et les travers de l’humanité, tout en laissant la part belle au hasard de la déambulation. Jusqu’au 13 octobre.

Retraite offensive sur le plateau de Millevaches

Activités Phoniques, Valentin Ferré et Capucine Vever.
Activités Phoniques, Valentin Ferré et Capucine Vever.

La Pommerie est un hameau situé au cœur du plateau de Millevaches. En 1995, y débarque Hubertus Nollen, historien d’art et galeriste hollandais, qui décide d’y rénover une grange afin de créer un lieu d’accueil pour les artistes. Ainsi naît l’association Appelboom. Durant dix ans, avec la complicité de Michèle Laveix, fondatrice de l’association Mouvance, il accueille plus de 200 artistes, plasticiens, musiciens, comédiens, danseurs… venus du monde entier. Depuis juillet 2007, une nouvelle équipe fidèle à l’esprit du lieu poursuit un programme de résidences, développe des ateliers de pratiques artistiques et organise régulièrement des événements musicaux ou performatifs. Valentin Ferré et Capucine Vever ont investi les lieux depuis le 15 juillet. Ils proposeront de partager leur travaux avec le public les samedis 3 août et 7 septembre. Activités phoniques est un dispositif d’exposition révélant une œuvre fragmentée entre le paysage du plateau de Millevaches et la grange de La Pommerie. A partir de déambulations à la fois physiques et historiques, les deux artistes tentent d’ausculter les caractéristiques sonores et visuelles d’espaces sélectionnés sur le Parc naturel régional. Ainsi, des actions in situ prenant la forme de concerts, d’installations ou de constructions sont les points de départ d’œuvres élaborées entre archive, sculpture, fragment, cartographie et projections mentales. Un assemblage à appréhender par le public autant dans le paysage que dans l’espace d’exposition. Une occasion d’en savoir plus sur le champ de recherche du collectif ultralocal auquel participe les deux artistes.

(Avec Samantha Deman)

Retrouvez cet article et quelque 300 événements estivaux d’art contemporain, sélectionnés par notre rédaction en France et en Europe, dans le numéro spécial Eté 2013 de l’e-magazine pour tablettes numériques ArtsHebdo|Médias. Téléchargez à cet effet gratuitement notre application sur l’Appstore ou sur Google Play.

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