Pierre Alechinsky à Saché – Au côté de Balzac

Pierre Alechinsky courtesy musée Balzac (Saché)

Au cœur de la Touraine, à Saché, le musée Balzac accueille jusqu’en septembre la très belle exposition Alechinsky et le traité des excitants modernes. Le peintre était présent pour son inauguration, livrant sur le vif quelques-unes de ses réflexions.

A Saché, bourgade de charme nichée au cœur de la luxuriante vallée de l’Indre, le musée Balzac accueille un invité de marque. Au cours d’une belle matinée de juin, Pierre Alechinsky apparaît discrètement, souriant et affable, dans ce splendide logis Renaissance bordé d’iris aux couleurs flamboyantes, marchant sur les pas d’Honoré de Balzac, qui aimait jadis s’y ressourcer et y écrire. Le peintre est venu présenter l’exposition Alechinsky et le traité des excitants modernes, organisée en collaboration avec la Maison Balzac, à Paris. Le public peut y découvrir pour la première fois tout le travail d’illustration réalisé par l’artiste dès la fin des années 1980 autour du Traité des excitants modernes, petit essai de Balzac publié en 1839, « peu connu, très drôle et courant quantité de lièvres », lui avait annoncé son éditeur « en guise d’appât ». L’illustration permet, de l’aveu même de l’artiste, « très mauvais élève à l’école », d’accroître sa culture : « Un type comme moi ne pourrait plus entrer sans diplôme dans une école d’art ; on m’avait dit : “ Vous avez deux possibilités, soit devenir boxeur, soit artiste peintre ” ! Il ne me restait que peu de solutions… Je ne m’en suis pas trop mal sorti, même si mes parents me voyaient médecin comme eux », s’amuse-t-il. Pour ce livre d’illustration publié en 1989, Pierre Alechinsky a réalisé quatorze linogravures et sept eaux-fortes, tirées sur les presses de Piero Crommelynck.

A Saché, on découvre aussi des œuvres inconnues jusqu’alors du public : des gravures accompagnées de splendides bordures aux couleurs éclatantes, produites « par de merveilleux pigments fabriqués en Angleterre », qui ne collent plus au texte de Balzac. « J’avais réalisé une soixantaine de gravures, dont certaines ont été refusées et autour desquelles j’ai donc pu travailler autre chose. Je suis antigaspillage ! Comme ces œuvres étaient imprimées sur un très beau papier de Chine, je trouvais dommage de ne pas les utiliser. »

Pierre Alechinsky, photo Xavier Renard

Réfléchissant à la fonction d’illustrateur, Pierre Alechinsky se défend d’avoir chercher à interpréter le texte de Balzac : « La morale m’interdisait de me frotter sans vergogne à des personnalités du passé : aveugles, sourdes, muettes ». Il a conçu un décor, habillé le texte de ses dessins et laissé vagabonder son imagination en allant puiser des mots ici et là dans le livre. « J’avais, par exemple, remarqué l’expression “fumer comme un remorqueur”. Ce dernier mot a donné naissance à l’une de ces linogravures ». Il s’est volontairement démarqué d’un autre travail autour d’un livre de Michel Butor, où il avait « pris pour principe d’illustrer les premier et dernier mots ». Cette prise de distance avec le texte d’origine fut simplifiée par le fait qu’au contraire du créateur de la Comédie humaine, il n’a presque jamais recours à ces « excitants modernes » (café, thé, tabac, alcool) pour stimuler son imaginaire. En fixant d’un regard amusé l’une de ses linogravures, il estime qu’elle dut être réalisée sous l’effet « d’une tasse de thé, tout au plus ». L’artiste ne fume plus depuis l’âge de 40 ans, ce qui lui permet « d’être encore là, à bientôt 86 ans, devant vous pour cette exposition ». Il croit que le processus de création et l’appréhension de la page blanche sont producteurs « d’une drogue que l’on se crée soi-même ». Chez lui, c’est la spontanéité du geste qui nourrit l’œuvre : « Tout réside dans l’instant précis où s’inscrit le trait sur la toile, lequel exprime librement à lui seul ce que l’on est à ce moment-là ».

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