Cédric Arnold à Paris – Les tatouages du tigre

Cédric Arnold a débuté sa carrière de photoreporter entre Londres et Belfast pour l’agence Sygma, avant de s’installer en Thaïlande où il vit depuis une douzaine d’années. ?En 2004, une série en noir et blanc consacrée ?à un sport traditionnel thaïlandais nommé takraw – sorte de volley-ball au pied – lui ouvre une autre voie. Sa présentation à l’Institut français de Bangkok initie une longue liste d’expositions destinées aux amateurs d’art. La dernière en date est le fruit d’une initiative de la galerie ?Olivier Waltman, à Paris, qui vient faire écho à l’exposition Tatoueurs, tatoués proposée par le Musée du Quai Branly. Voici, à cette occasion, le commentaire de l’artiste ? recueilli au sujet de la série Sacred Ink.

«  En Thaïlande, le niveau de superstition dans la société est très élevé. Je souhaitais depuis longtemps trouver un angle intéressant pour traiter ce sujet. Il s’est présenté un beau jour au port de Bangkok : l’homme avait le corps entièrement recouvert de tatouages talismaniques, nuque et tête comprises. Il a accepté que je le photographie. Ce fut le déclic. Par la suite, j’ai multiplié les prises de vue explorant cette tradition sous tous les angles. Ces tatouages ont un caractère religieux et superstitieux, ils protègent les individus qui les portent et sont les fruits du bouddhisme thaïlandais, mélange de bouddhisme, d’hindouisme, de brahmanisme et de pratiques animistes. Les textes sont en khom, langue khmère ancienne utilisée à l’époque de l’édification des temples d’Angkor. De nombreux animaux sont représentés, comme le gecko, ce petit lézard autochtone répété sur chacun des doigts. Lui, c’est un boxeur thaï dont le surnom est le tigre. Le fauve, très généreusement représenté sur son corps, symbolise la férocité et l’invincibilité. S’il est dessiné en train de sauter, il est, dit-on, capable d’arrêter les tirs de balle, les couteaux, etc. Pas étonnant qu’il soit très prisé par les policiers et les militaires  ! Tous ces motifs sont également utilisés au quotidien par les Thaïlandais, sur des tissus ou des amulettes visibles, par exemple, dans les taxis. Les maîtres tatoueurs, qui peuvent être des moines, savent ce qu’ils écrivent même s’il est possible de rencontrer ici ou là des charlatans. Il faut dire que le fait qu’Angelina Jolie porte deux tatouages traditionnels thaïs a provoqué un regain de popularité pour cette pratique, qui fut longtemps associée aux gangsters. ?A l’occasion des portraits, je pose beaucoup de questions. J’apprécie de travailler en profondeur et de prendre mon temps. L’appareil grand format – une vieille chambre 4 x 5 pouces en bois – posé sur un trépied en impose. Quand je me retrouve sous le tissu noir, la magie opère. Le modèle sent qu’il ne s’agit pas seulement d’une photo, mais d’un portrait. Le déclencheur à câble caché derrière l’appareil me permet de me concentrer sur ses yeux, d’être certain qu’ils regardent l’objectif pour un rendu naturel. J’ai décidé d’avoir le même fond pour tout le monde, que j’ai retravaillé directement sur le négatif avec de la chimie. Cela permet de provoquer un effet presque 3D, de se concentrer sur les visages.  »

Cédric Arnold, courtesy galerie Olivier Waltman
Portrait 6 (Muay Thai boxer), série Sacred Ink, impression pigmentaire (51 x 76 cm), Cédric Arnold
Cédric Arnold, courtesy galerie Olivier Waltman
Portrait 14 (Market Trader), série Sacred Ink, impression pigmentaire (51 x 76 cm), Cédric Arnold
Cédric Arnold, courtesy galerie Olivier Waltman
Untitled 23 (Details of tattoos on a man’s@neck and head), série Sacred Ink, impression pigmentaire (101 x 101 cm), Cédric Arnold
Cédric Arnold, courtesy galerie Olivier Waltman
Untitled 25 (Tatoo details on a man’s@hands arms and chest), série Sacred Ink, impression pigmentaire (61 x 61 cm), Cédric Arnold
Cédric Arnold, courtesy galerie Olivier Waltman
Portrait 3 (Buddhist monk), série Sacred Ink, impression pigmentaire (51 x 76 cm), Cédric Arnold

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