Marché de l’art – Dubaï n’a pas dit son dernier mot

L. Sansour courtesy La B.A.N.K

Six mois à peine après avoir frôlé la faillite, l’émirat semble avoir retrouvé ses marques. ArtDubaï, la foire d’art contemporain qui s’est déroulée en mars, a battu son record de visiteurs. Quant à Christie’s, sa vente d’art moderne et contemporain organisée le 27 avril a réalisé trois fois son estimation.

Après quelques sueurs froides, Dubaï retrouve peu à peu son statut de valeur montante. L’émirat qui a pourtant frôlé la faillite en novembre, s’impose progressivement comme la place de marché du Moyen-Orient en matière d’art contemporain.

La vente du soir organisée par Christie’s le 27 avril en témoigne. La maison britannique a empoché plus de 15 millions de dollars, soit trois fois plus que son estimation initiale (4,8 millions de dollars). Au menu de cette vente  : la dispersion de 25 pièces de la collection de Mohammed Said Farsi. Né en Arabie Saoudite, ce dernier a étudié l’architecture en Egypte. De retour au pays et devenu maire de Jeddah, il a transformé la deuxième ville d’Arabie Saoudite en une des plus grandes galeries à ciel ouvert grâce à de nombreuses sculptures monumentales. Mais sa collection est surtout reconnue comme l’une des plus complètes en matière d’art égyptien contemporain. Toutes les pièces proposées à la vente ont trouvé preneur. Le top des montants a été réalisé par une huile de Mahmoud Said, Les Chadoufs (1934), adjugée à 2,44 millions de dollars. Le prix le plus élevé jamais atteint pour un tableau d’un artiste arabe.

Cet engouement a créé une dynamique qui a profité à l’ensemble de la vente et aux artistes vivants. Grâce à cela «  d’autres artistes de la région ont atteint des prix remarquables. L’énergie dans la salle était palpable et cela restera une soirée dont tout le monde se souviendra pendant des années, chez Christie’s et dans la communauté des collectionneurs au Moyen-Orient  », affirme William Laurie, le directeur des ventes d’art contemporain au Moyen-Orient chez Christie’s. Les œuvres de Farhad Moshiri, Afshin Pirashemi et Parviz Tanavoli ont effectivement battu des records. Et pour la deuxième fois, une œuvre de l’artiste iranien Parviz Tanavoli a dépassé l’enchère millionnaire. Son bronze Un poète et une cage s’est adjugé à 1,022 million de dollars.

A. Pirashemi courtesy Christie’s
Rapture, Afshin Pirashemi, 2009

« Le monde de l’art international n’avait pas nécessairement accès à ces artistes auparavant. Christie’s met ces talents sur une plate-forme internationale accessible à tous. Le catalogue est envoyé aux 8 000 plus gros clients à travers le monde. Il est posté sur Internet. Les personnes intéressées peuvent participer à la vente en ligne ou par téléphone  », déclarait Isabelle de La Bruyère, directrice de Christie’s Moyen-Orient, dans une interview accordée au site du quotidien libanais L’Orient-Le jour en avril avant d’ajouter  : «  Ce marché grandit de 30  % par an. Et en 2009, 40  % des acheteurs étaient tout nouveaux chez Christie’s. Nos ventes sont estimées cette année à 8 millions de dollars  ». 

Auréolée de cette succession de records, la maison de ventes peut se vanter de récolter aujourd’hui les fruits de son pari. Elle a été la première à s’installer au Moyen-Orient, à Dubaï. Dès 2006, elle a misé sur cet ancien village de pêcheurs devenu le plus connu des sept émirats de l’union grâce à ses projets immobiliers pharaoniques, tant en termes d’architecture que de rentabilité. Une stratégie qui s’avère payante dans la mesure où la grande majorité des ventes est encore réalisée par des acteurs locaux, preuve qu’il existe un marché. En outre, de plus en plus d’acheteurs internationaux, notamment américains, font le déplacement.

A. Pirashemi courtesy Christie’s
Rapture, Afshin Pirashemi, 2009

Ainsi, malgré une conjoncture difficile, ArtDubaï a fait le plein de visiteurs pour sa quatrième édition qui s’est tenue du 17 au 20 mars. Avec 18 000 visiteurs, sa fréquentation est en hausse de 29  %. Et un nombre toujours croissant de galeries – 72 cette année – répond à l’appel. «  C’est la deuxième fois que nous participons à cette foire et nous prévoyons d’y retourner l’an prochain car à chaque fois cela nous apporte de très bons contacts dont certains viennent ensuite nous rendre visite à Paris. C’est une foire très dynamique  », témoigne Céline Brugnon, codirectrice de la galerie parisienne B.A.N.K. qui représente l’artiste plasticienne Zoulikha Bouabdellah, lauréate du prix Abraaj Capital à Dubaï en 2008 (un prix doté d’un montant de 200 000 dollars pour réaliser une pièce qui sera exposée à ArtDubai l’année suivante). Pour l’instant, peu de galeries françaises font le déplacement. Elles n’étaient que quatre cette année. Peut-être par mesure d’économie. «  Entre le coût du voyage et celui du stand, il faut compter environ 20 000 euros  », reconnaît Céline Brugnon. Un investissement non négligeable à mettre en perspective avec les ventes potentielles. Le communiqué de clôture de la foire mentionne une dizaine de ventes remarquables conclues lors de ces trois jours, dont les montants s’échelonnent de 20 000 à 200 000 dollars.

Reste maintenant à Dubaï de savoir gérer la concurrence. Sa voisine, Abu Dhabi, la capitale des Emirats Arabes Unis, a lancé l’an passé sa propre foire d’art contemporain.

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