Lille Art Fair – Hervé Di Rosa, le chercheur

Pour sa 6e édition, Lille Art Fair met à l’honneur l’œuvre d’Hervé Di Rosa. La Mazel galerie y présentera ses dessins, la AD galerie ses peintures, la Art To Be gallery ses sculptures et l’association Ateliers d’Editions Populaires, créée par Alain Buyse, ses sérigraphies. L’artiste globe-trotter a quitté provisoirement ses quartiers du sud de l’Espagne pour être présent sur la foire les 6 et 7 mars, et à Bruxelles le 8, où il inaugurera une exposition en compagnie du dessinateur Philippe Druillet, à la galerie Petits Papiers Sablon.

Si son nom ne le trahissait pas, son accent chantant le ferait  : Hervé Di Rosa est un homme du Sud. A peine prononce-t-il quelques mots à l’autre bout de la ligne, que l’atmosphère se réchauffe. L’artiste est dans son atelier à Séville, où il vit actuellement. «  En arrivant ici, j’avais envie de travailler sur l’imagerie religieuse  », précise-t-il. «  Je ne m’attaque pas à la spiritualité, mais aux images nées de la religion. Avec beaucoup de matière  », commente-t-il avant d’évoquer la peinture de Tàpies ou encore celle de Barceló. Co-fondateur de la Figuration libre, il trace depuis un peu plus de trente ans un chemin singulier à travers le paysage de l’art contemporain. Exposé partout dans le monde très tôt, recevant des signes de reconnaissance enviables dès les débuts de son aventure artistique, il explique que de ce succès est née la liberté de suivre ses envies, de créer sans chercher à plaire. Fondateur du Musée international des arts modestes (Miam) à Sète, il se bat pour les «  classements horizontaux  », passages d’un art à l’autre, d’un matériau à l’autre, d’une technique à l’autre. Depuis 1989 et la réalisation, à Tunis, de sérigraphies, Hervé Di Rosa a pris l’habitude de travailler à l’étranger avec des artisans locaux. «  Je vais à la rencontre des autres, au Mexique, au Vietnam, au Cameroun, en Ethiopie, à Paris, à Miami ou en Corse. J’emprunte la manière de faire, l’alphabet esthétique formel des artisans que je côtoie.  » Si l’artiste prend soin d’intégrer dans son périple des destinations comme la capitale française ou l’île de Beauté, c’est qu’il ne veut pas qu’on l’imagine attiré par un exotisme quel qu’il soit. Son intérêt va aux procédés spécifiques développés dans tous les coins du monde. «  L’artisan reproduit un savoir-faire de génération en génération, l’artiste amène la nouveauté.  »

Hervé Di Rosa, courtesy Mazel galerie
L’arbre aux squelettes, acrylique sur papier (153 x 103 cm), Hervé Di Rosa, 1990
Hervé Di Rosa, courtesy Mazel galerie
Dirosaland, gouache et aquarelle sur papier@(fond lithographique), 150 x 118 cm, Hervé Di Rosa, 1985
C’est ainsi que, de collaboration en collaboration, l’œuvre d’Hervé Di Rosa s’hybride. Elle puise dans le métissage et offre une autre vision de l’art à l’échelle de la planète. Preuve que «  la mondialisation est aussi aux mains des artistes  », aime-t-il avancer. Avec ce tour du monde, le compagnon Di Rosa poursuit son apprentissage. Attentif au moindre tour de main, il enrichit sa pratique. «  L’objet dépend beaucoup de la technique utilisée pour le réaliser. Chaque nouvelle manière de faire oblige à concevoir différemment.  » Dans cette quête de la pièce «  universelle  », celle qui réunirait l’ensemble des connaissances acquises sur tous les continents, l’objet n’est pas le plus important. Seul le parcours compte vraiment. «  Les œuvres ne sont que les scories du vrai travail.  » Elles ne sont que les conséquences d’une rencontre, d’un partage et d’une relation menée parfois pendant plusieurs années. Là, est le trésor d’Hervé Di Rosa.

Son essentiel «  consiste à produire du sens, des points d’ancrage entre des cultures différentes.  » A Sofia,il réalise les Dirosaicônes, utilisant la technique traditionnelle des icônes bulgares. A Kumasi, au Ghana, il entreprend une série dans la tradition des peintres d’enseignes de magasin de coiffure. Au Vietnam, il peint un ensemble de panneaux de laque. Au Cameroun, il façonne des sculptures à la cire perdue avec des artisans Bamouns, peuple d’Afrique centrale établi à l’ouest du pays. Les projets se chevauchent et durent parfois plusieurs années, à raison de quelques semaines ou mois par an. Partout, Hervé Di Rosa cherche une énergie. Lui, dont le pire cauchemar l’oblige à répéter toute sa vie la même image, n’a de cesse de trouver de nouvelles sources d’exaltation. «  J’ai un esprit de chercheur  », serait-il tenté de conclure si la joie de la discussion n’était pas la plus forte.

Il enchaîne et raconte combien les pays au-dessus de la Loire sont des terres difficiles pour l’enfant du soleil qu’il est. Pourtant, cette invitation de Lille Art Fair, il l’a acceptée avec enthousiasme pour la chaleur du cœur qu’il connaît aux gens du Nord. Et puis, il y a un peintre de là-bas dans son panthéon. «  Eugène Leroy est un artiste très important pour moi.  » De là, la conversation s’évade. Il y est question de lumière, celle qui nimbe les toiles de certains grands maîtres. Et puis, l’heure de raccrocher arrive, non sans avoir auparavant évoqué Cosmos, exposition qui sera inaugurée le 8 mars à Bruxelles. Une occasion de partager les cimaises avec un dessinateur qu’il admire et avec lequel il partage nombre de sources d’inspiration  : Philippe Druillet. En attendant, à Lille, les stands se montent et dès ce soir, c’est de vive voix que la conversation avec Hervé Di Rosa se poursuivra.

Hervé Di Rosa, courtesy Mazel galerie
La tempête, encre et gouache sur papier@(157 x 223 cm), Hervé Di Rosa, 1982

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